jeudi 29 novembre 2007

C'est sur mes chaussettes qu'il y a un Mickey...

Paris, bar, le Kibélé,
Concert du 4 septembre 2007.

Il est beaucoup question de musique dans ma vie cette année. J'avoue que c'est un peu une surprise, sachant que pour une fois, j'espérais pouvoir mettre à profit les longues heures que je passe en ma compagnie pour pouvoir penser au calme. La musique n'a pas seulement pour effet de changer mon environnement de vie. Elle a aussi donné une inflexion à ma façon de shooter les gens. De la même façon qu'il existe plusieurs façon de lire ou relire un bouquin qu'on a aimé selon l'ambiance musicale qui nous entoure, il est assez intéressant de voir comment la musique appelle un certain type de capture d'image. Lorsqu'un ami que je ne nommerai pas, dont le groupe (Révolusonge) m'a fait savoir qu'il allaient se produire dans un caveau d'un bar reculé de mon domicile, j'ai pas mal fait la grimace : y aller par curiosité c'est bien, mais bon, je tiens difficilement plus de 10 minutes assis à écouter quelque chose ou quelqu'un. En revanche il m'arrive de rester comme un abruti des heures à guetter le moment où appuyer sur le déclencheur me paraîtra propice. J'ai donc chaussé mon vieux F et je suis parti avec deux pelloches de 1600 sous le bras.
En fait, le problème que je me contenterai d'évoquer est assez simple : nous croisons tous, dans la vie de tous les jours, des affiches publicitaires, des photos de concerts, des images tirés de productions musicales, des extraits visuels qui se chargent de vanter les mérites d'une manifestation sonore. Mais que voyons-nous réellement de ces images ? Placez vous derrière la caméra ou l'appareil pour prendre en photo un musicien qui joue ou répète et montrez-moi comment vous faites... j'attends de voir. Nan si je dis ça c'est parce que moi, avec les milliers d'images que je croyais avoir dans la tête de chanteurs, de couvertures de cd, d'album de célébrités musicales... ben je me suis retrouvé comme un couillon devant mon pote et sa guitare quand il s'est agit de savoir quel angle choisir, quel éclairage et quel ton donner à ma production. Essayez, ceux qui ricanent. Essayez un peu de prendre en photo un artiste en train de jouer sans avoir l'air du bon père de famille qui filme de manière amateur sa gamine au récital annuel de l'école de musique. C'EST VRAIMENT DUR. Surtout que j'y entrave pas grand chose aux genres musicaux. J'ai tiré, de cette humiliante soirée pour mon ego, trois principales remarques :

1/ La règle numéro 1 de l'éthique photographique (NE JAMAIS PRENDRE EN PHOTO UNE CREATION ex. : une représentation théâtrale), n'a aucune valeur dans le domaine de la photo musicale, parce que la photo , qui traduit par un impact visuel une émotion, est totalement impropre à rendre un son.

2/ Prendre en photo la musique, c'est donc prendre en photo le vecteur de l'émotion suscitée par cette musique : décors, objets, vêtements, luminosité, type de consommation alcoolisée qui forment un faisceau d'informations pour décrire le type de musique joué, retranscrire l'ambiance au moment de la perfomance musicale. C'est aussi prendre en photo les musiciens dont on cherchera aussi une expression du faciès, une tenue de l'instrument, une façon d'occuper l'espace sonore que la photo ne peut que suggérer. Bien sûr, ces codes (Jack Daniel's + guitare électrique = rock / Whisky + saxo = jazz etc etc. Et je rentre pas dans les subtilités) sont indispensables à connaître et l'on peut justement en jouer pour créer des illusions, des fausses pistes ou au contraire pousser jusqu'à la caricature.

3/Prendre en photo la musique est donc beaucoup moins compatible avec l'idée de la savourer au moment où on la photographie que ne se l'imagine certain. Le fan peut shooter son idole sur scène de son portable ou de son appareil, mais il n'aura qu'une image-souvenir propre à satisfaire son ego de groupie. Prendre en photo la musique suppose donc de renoncer à savourer cette musique puisque nécessairement il faut tourner autour de l'artiste, saisir avec son objectif des détails, des bribes de paroles, des regards, des éléments du décors qui déconstruisent profondément la continuité du son, base de la musique. La photo est un art sériel, hachuré, je crois l'avoir déjà dit. Elle n'a pas d'autre possibilité que de rompre le flux musical. C'est pourquoi, les meilleures photos se préparent à l'avance (pour l'angle choisi), n'ont rien de naturel, ni de spontané, et se passe presque toujours en coulisse ou pendant les répétitions.


Le premier cliché a été pris avec un Nikon F6, à la 1600 asa poussée 3200. Les conditions de luminosité étaient assez pénible dans la mesure où les spots, dirigés sur l'ami musicien, m'empêchaient de le prendre de dos, par dessus son épaule. J'ai du user d'un trois quart arrière à quasi bout-portant avec une vue en légère plongée pour éviter le contrejour. La couleur me semblait plus appropriée que le noir et blanc (la Kodak et l'Ilford en 3200 poussées donnent un grain qui n'aurait pas rendu les reflets sur le bois de l'instrument). Apparemment je suis resté assez discret pour que l'ami (qui est très susceptible lorsqu'il s'agit de musique) ne se sente pas gêné dans sa concentration.

Pour le concert lui-même, j'ai alterné avec de la Delta ILford 3200 et de la Fuji couleur 1600. J'ai surtout pris les moments de pause, de mouvement. Le genre de la musique n'était pas spécialement mouvementé, il me semblait plus intéressant de prendre les échanges discrets de regards, entre le chanteur et son bassiste, le tout en contre plongée pour signifier le charme du décors souterrain.



Paris, bar, le Kibélé,
Concert du 4 septembre 2007.


Enfin, je dois avouer, à ma décharge, que si la musique fait une entrée en force dans mon existence, c'est aussi sous l'influence d'une Jeune femme de l'autre bout du monde, dont la curiosité en matière musicale m'a séduit. Je me suis donc laissé convaincre (il n'a pas fallu beaucoup insister, autant être honnête) par sa proposition d'aller nous enfermer dans une boîte de Jazz tokyoïte le 24 au soir - une façon comme une autre de réveillonner me direz-vous. Plutôt déconstruit comme Noël, j'en conviens, mais l'absurde n'est jamais très éloigné du bonheur dans ma vision des choses. J'attends mon Noël blanc et jazzistique avec impatience... Merci Megchan pour l'invitation.

"Qu'est-ce que tu sais faire, à part lire beaucoup de romans et écouter beaucoup de musique ?
Sumire reposa calmement son couteau et sa fourchette sur son assiette et, tout en considérant l'espace anonyme au dessus de sa table, réfléchit à ses propres capacités.
_ J'irai plus vite à énumérer ce que je ne sais pas faire. Je ne sais pas cuisiner, ni faire le ménage. Je ne parviens pas à ranger mes affaires, je perds tout. J'aime la musique mais je chante comme une casserole. Je suis maladroite, incapable de planter un clou. Mon sens de l'orientation est catastrophique : impossible de distinguer ma gauche de ma droite. Quand je suis en colère, j'ai tendance à tout casser - la vaisselle, les stylos, mon réveil, ma montre. Après je le regrette, mais sur le moment, je ne peux pas m'en empêcher. Je n'ai pas le moindre sou devant moi, je suis timide sans raison, et je n'ai pratiquement pas d'amis.
Sumire reprit sa respiration avant de poursuivre :
_ Mais je peux écrire très vite sur mon ordinateur sans regarder les touches. je ne suis pas très sportive, pourtant je n'ai jamais été malade à part des rhumes. Curieusement, je suis très ponctuelle, je n'ai jamais été en retard à un rendez-vous. je mange de tout, je ne suis pas difficile. Je ne regarde jamais la télévision. Pafois je me vante sans raison, mais je ne suis pas du genre à me plaindre pour un rien. Une fois par mois environ, j'ai les épaules si tendues que ça m'empêche de dormir, mais sinon j'ai un sommeil plutôt régulier. Mes règles ne sont pas très abondantes, je n'ai pas une seule carie et je suis capable de parler espagnol."
Les Amants du Spoutnik. Murakami, H.

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