jeudi 13 décembre 2007

Il faut que ce puit m'appartienne

Mars 2005, Centre Georges Pompidou, Paris.
"Danse, danse, danse"

Je devrais désactiver les sous-titres de ma vie de temps en temps. Une amie m'a récemment fait remarquer que je pensais trop. Je ne crois pas qu'elle ait totalement tort. Je passe sans doute un peu trop de temps dans les pâles ténèbres de la réflexion. C'est un vrai problème. C'est mon problème et en l'écoutant parler, j'ai repensé à cet échange entre May Kasahara et le héros des Chroniques de l'Oiseau à Ressort...

"_ Mais tu sais, c'est à cause de ma rencontre avec toi que j'ai eu envie de retourner à l'école. C'est vrai, tu sais.

_ Mais pourquoi donc ?

_ Oui, pourquoi ? J'ai sans doute envie de retourner dans un monde un peu plus normal. Ecoute, j'ai trouvé ça très amusant d'être avec toi. Ce n'est pas une blague. Vois-tu, tu es toi-même très normal, mais tu fais des choses qui ne le sont pas. Comment dire... Tu es imprévisible. On ne s'ennuie jamais avec toi ! Et ça m'a beaucoup aidé. Ne pas s'ennuyer signifie qu'on n'a pas besoin de réfléchir aux choses inutiles, non ? Alors sur ce point, c'était vraiment bien que tu sois là, je crois. Mais franchement c'est pénible de temps en temps.

_ Dans quel sens ? He ben, quand je te regarde, j'ai parfois l'impression que tu te bats de toutes tes forces contre quelques choses pour moi. C'est bizarre, mais quand je pense à ça, je transpire à grosses gouttes en même temps que toi. Tu comprends ? Tu fais toujours celui qui n'est au courant de rien, comme si tout ce qui arrive n'avait rien à voir avec toi. Mais ce n'est pas la réalité. Tu te bats de toutes tes forces, mais à ta manière... (...) tu te bats sûrement pour Elle, mais au bout du compte, tu te bats également pour des tas d'autres personnes. Voilà pourquoi l'air d'un imbécile quelquefois. Mais écoute, quand je te vois ainsi, ça m'est pénible. Vraiment pénible. Car tu sembles navoir aucun espoir de gagner. Si je devais parier de l'argent sur ces deux possibilités, désolée, mais je parierais que tu vas perdre. Je t'aime bien, mais je n'ai pas envie de me ruiner.

_ Je comprends très bien.

_ Je ne veux pas te voir te détruire, et je ne veux pas suer davantage à grosse gouttes. Je voudrais donc retourner dans un monde un peu plus normal. Mais vois-tu, si je ne t'avais pas aperçu devant ta maison inoccupée, je ne serai sans doute pas ainsi. Je n'aurais jamais pensé retourner à l'école. je serais restée dans des endroits pas très normaux. Dans ce sens là, eh bien, c'est grâce à toi. Tu vois, tu n'es pas complètement inutile.
(...)
_ Au revoir répéta-t-elle de nouveau. Pourquoi n'es-tu pas parti ? Pourquoi n'as-tu pas fui cet endroit ?

_ Parce que je n'arrive pas à choisir le côté sur lequel je dois parier. "


Mes photos sont comme ma vie : elles s'acharnent à construire un univers en marge, où la capture des image flirte avec la beauté sans jamais divorcer d'avec son épouse : la réalité morne et sale. Elles sont trop conceptuelles, trop travaillées, mais pas assez pensées pour autant. Je n'ai jamais su quelle part de la création photo devait être dévolue à la réflexion, pas plus que je ne sais dans quelle mesure je peux autoriser l'introspection s'emparer de mes nuits.

Evidemment, c'est pénible. Les gens s'amusent un temps avec moi. C'est nouveau, c'est rafraichissant. Mais à la longue, c'est éreintant. Je suis le premier à en convenir. A la veille de mon départ pour le pays du soleil Levant, j'ai quelque envie de photos sans retenue, de photos sauvages et désordonnées : réduisons le temps de pose. Puisqu'il s'agit d'oublier un peu mes manies de penseur, voyons ce que donne la vie lorsqu'on attend rien... voyons ce que donne la vie lorsque l'on dort du sommeil allégé des réflexions... voyons ce que donne la vie lorsque l'insouciance et la patience remplacent les plans quinquennaux que l'esprit s'ingénie à confectionner.... voyons ce que donne la vie lorsqu'on la photographie nue.

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