jeudi 31 janvier 2008

中国, 我马上去来。。。


I've just found back a small movie I recorded in Chengdu. Since my existence is pretty much dealing with China recently, I made the decision to put it online. When I see all I performed last summer, I cannot help thinking I belong to that country. I don't understand much things, but I feel close to them. Half crazy, half friendly, half savage, hard worker, unaware of the danger of their way to develop their economy. The Chinese people is so human in his imperfections... beyond the usual pictures and prejugees, beyond the monstruous manufactured landscape, beyond their reputation to be dirty and rude, beyond the atrocity they're inflicting to Tibet or Qinghai populations... I fell at home there. There's enough to occupy my mind, to fill up my stomach, to satisfy my curiosity, to spend my entire life, without getting bored. I hope I'll be able to go and stay there for a long time. If I have this opportunity, I'll do my best to shoot the childish awkwardness this people has.

lundi 28 janvier 2008

La révolution, oui, mais avec du sang alors.











Mars 2007,
Paris, France.
Petite leçon de bolchevisme en noir et blanc


Vous avez des amis photogéniques plus que d'autres ? plus que vous ? C'est pénible hein ? Bon bien sûr c'est très très pratique et franchement, à une époque où tout le monde s'énerve lorsqu'on braque un objectif sur lui ou elle, avoir un ou deux amis qui ne s'offusquent pas d'être pris en photo et qui, de surcroît, passent très bien sur les photos, c'est plutôt rare.

Seulement voilà, depuis un petit moment je me demandais si le caractère photogénique ne tenait pas non plus au don du photographe. Attention, je suis pas en train de dire que c'est toujours le génie du photographe qui fait tout. Je ne suis pas non plus en train de dire que je suis un bon photographe. Je me demande simplement si ce que nous appelons structurellement "être photogénique" ne serait pas en fait la résultante d'une somme de conditions purement conjoncturelles. Je m'explique. On peut "bien passer" sur les photos, comme on peut avoir un physique ingrat... mais finalement, est-ce que la réussite d'une photo auprès d'un public ne serait pas le résultat de cette équation très simple :

Photo appréciée = sujet mis en confiance + sujet intime + proximité de condition du sujet par rapport au public x sensibilité artistique dudit public ?

J'ai un ami coréen que nous surnommons "Le". "Le" passe bien sur les photos. C'en est presque décourageant... Le paradoxe absolu dans cet histoire, c'est que "Le" est d'un naturel plutôt réservé dans la vie quotidienne alors que devant l'objectif, il fixe toute l'attention du public. Je ne crois pas que cela tienne à un goût de la mise en scène ou à des qualités théâtrales propre à Le. Je ne pense pas non plus qu'il se métamorphose une fois qu'il sent un objectif pointé sur lui. En fait, je crois, d'une foi sincère, que le naturel, la réserve, sont des choses devenues tellement rares (nous qui sourions sur toutes les photos) qu'ils nous apparaissent plus percutant que de savantes mises en scène.
J'aime cette idée : celle qui veut que c'est dans l'effacement de soi en train de photographier, dans la capture d'image à l'arrachée que l'on réussit ses meilleurs portraits. J'aime à penser qu'un sujet n'est pas en confiance parce qu'on le fait parler ou oublier l'appareil, mais parce qu'il ne l'a tout simplement pas vu dès le départ. Les photos clandestines sont souvent ennivrantes : il s'en dégage un arrière goût de transgression, de culot, d'audace, de sans-gêne. Après tout, la censure et le travestissement de la réalité commencent avec l'autocensure que nous nous infligeons au nom de la morale, de la bienséance ou de nos scrupules humanistes. Mais pour qui croit que l'humanité est par essence imparfaite, qu'avons-nous à faire de ces scrupules ? Je préfère saisir la misère du monde sur mes rouleaux plutôt que d'en créer une de toute pièce qui s'ajoute à celle (réelle) du monde en donnant à voir mes photos de vacances.

Je crois que le portrait est une profession de foi : prendre en photo un être vivant doué d'une conscience et à qui l'on reconnaît une certaine dignité, c'est croire en l'homme, croire en ses capacités parce qu'on en connaît ses imperfections et ses limites. Je crois que le portrait est une dérobade, un vol à l'arraché de la réalité. Je crois qu'une photo réussie doit porter les marques du malaise de celui qui l'a prise, de sa compréhension de la situation, et de son irrepressible envie précipitée de dépasser ce mouvement d'hésitation. Voici 8 ans de cela, un vieux professeur de philo concluait son cours par ces mots "la vie, comme la révolution, ne souffre pas que l'on attende un filet de sûreté pour se lancer. Sauter, sans savoir ce qu'il y a dessous nos pied est un engagement. Ceux qui savent ou prétendent savoir, sont souvent des êtres dangereux". Alors la vie sans ses aspérités ? non. La photo sans tache, non. Photographier les trajectoires humaines sans noirceur ? non. Osons faire la révolution avec un objectif qui ne craigne pas les eclaboussures de sang.



Mais j'ai conscience que sans ces amis photogéniques, il est difficile de se lancer.
Merci DK, pour toutes ces fois où tu as accepté de te prêter à mes essais en photographie. Merci d'avoir joué le jeu et de m'avoir permis de prendre confiance en ma pratique du portrait. Merci d'avoir feint plus d'une fois l'indifférence lorsque je réglais l'exposition sous ton nez, lorsque je tentais de nouvelles choses en matière de cadrage ou de pellicules.

...........................................................................................................................................................................

Chuang Tzu and Hui Tzu were strolling along the dam of the Hao River when Chuang Tzu said, “See how the minnows [little fishes] come out and dart around where they please! That’s what fish really enjoy!”

Hui Tzu said, “ You’re not a fish – how do you know what fish enjoy?”


Chuang Tzu said, “You’re not I, so how do you know I don’t know what fish enjoy?”


Hui Tzu said, “ I’m not you, so I certainly don’t know what you know. On the other hand, you’re certainly not a fish – so that still proves you don’t know what fish enjoy!”


Chuang Tzu said, “Let’s go back to your original question, please. You asked me how I know what fish enjoy – so you already knew it when you asked the question. I know it by standing here beside the Hao.



dimanche 27 janvier 2008

Pour moi, tu as seulement l'air d'essayer d'enlever ton slip avant d'avoir enlevé ton pantalon avant, c'est tout...

Janvier 2008,
Kyoto, Kansai, Japon.
"hang' on there !"

Janvier 2008,
Kyoto, Kansai, Japon.
Photo Kimura M.

Nous avons chacun nos pays. Je ne pouvais le croire avant de faire la connaissance d'une femme qui photographiât les mêmes choses que moi, mais le regard de chacun est vraiment fascinant de différence.

Nous marchons dans les mêmes rues, voyons les mêmes choses, rencontrons les mêmes personnes. Et pourtant... mon Japon n'est pas le sien.

Pas seulement parce qu'elle y vit depuis toujours et que j'y suis un étranger.

Pas seulement parce qu'elle prend ses photos en couleurs et moi en noir et blanc...

Mes destinations sont fantomatiques, vaporeuses, réfléchissante, faites de jeux de lumières et de pénombres, de silhouettes furtives et de regards emprunts de tristesse. Ses parcours sont baignés de chaleur, de tentures colorées et des détails qui sont la vie même : son Japon est celui des accessoires de laque, des paysages apaisants et des trajectoires humaines exaltant sous le zénith.

En voyant mes tirages, j'ai longtemps hésité avant de laisser échapper un soupir : mon Japon ressemble à ma Chine, qui ressemble à s'y méprendre à mon Pérou... Dois-je en déduire que des réflexes issus de mon exigence personnelle se sont installés dans ma pratique à mon insu ? Serait-ce que j'ai trouvé mon style ? Suis-je obsédé par des leitmotiv obvis ?

Je m'effraie. Dans tous les cas, m'enfermer dans un style ou une façon me paraît aussi prématuré que présompteux. La photo est une activité récente dans mon existence : si mes habitudes et sujets de prédilection sont déjà si prégnant à ce stade, que sera-ce dans quelques années ?

Je suis content de voir qu'une certaine forme d'exigence m'a conduit rapidement à un résultat voulu (c'est la preuve qu'on peut lorsqu'on s'en donne les moyens)... Mais je vais devoir changer la corde à mon arc et reprendre le chemin des expériences éloignées de mon port habituel de mouillage : il faut savoir parfois sortir de ses propres sentiers battus pour eviter le risque d'un enlisement. La photo est comme la vie, elle récompense mal les pantouflards...



어느 맑은 봄날
바람에 이리저리 휘날리는 나뭇가지를 바라보며 제자가 물었다.
스승님 ! 저것은 나뭇가지가 움직이는 겁니까 바람이 움직이는 겁니까 ?
스승은 제자가 가르키는 것을 보지도 않은채 웃으며 말했다.
무릇 움직이는 것은 나뭇가지도 아니고 바람도 아니며 니 마음 뿐이다.

samedi 26 janvier 2008

외눈박이 물고기 처럼 살고 싶다...

Décembre 2007,
gera gera kissa cafe, Shinjuku, Tokyo Japon.
"Sleeping beauty"


I'm lacking of vitamin by now. Since I stop taking those pills of MngB6, I'm harvesting my crops in the tirement fields. That shouldn't take very long before I gain back my energy, but it's a fact : I'm not in shape. I wanna sleep for a long long time. I would like to lay down on the ground, charge my camera, close my eyes and get a good night sleep. When I think of it, it must have been 8 years since I didn't spend a normal night. I broke my sleep rythm when I started studying in Paris. I abandon every hope to rest when I came in prep' school. I didn't stop pasing contests, exams and worried night since that moment. For a long time, I thought that if I wasn't sleeping, I would become an adult quick... I thought the most intersting part of life was thoses moments during which most of the earth is sleeping.

There is no moment on earth during which I can be different : there's always a part of the world where what I'm doing is normal... that's somehow desperating.

Still, my dreams are mine. And I still can be original. I remember I read somewhere this answer of a wife to her husband, worried to fail his projects : "look honey, if a man's dream is to sleep a little bit longer on sunday morning, take twice of the apple pie dessert, and trust those he loves, then nobody, as powerful as he might be, can deprive him from fulfilling his dream". I already knew what I don't want, what I reject, what I hate. Since I'm living awake and sleeping badly, I think I'm starting to know a little bit more what I need, what I want.

Sometime it's when we create a loss, an emptyness, a lack of something, that all we wish appears in full light.

As I become aware of how tired I am, other lacks come to my mind.

Still, I don't want to rush : I don't want to know everything of my desires right now. Let's keep some surprises. I'm just happy to figure out a bit more what I need, what I'm looking for, what I love .

When I'll end up typing this post, I'll sit at my desk, take a piece of paper and start listing what I like. Before, I could only write stupid wish I would regret to have written two days after. Today I'm sure, at least of 2 things I want to write :
_ I need vitamin.
_ I'm looking for a life in China.

mercredi 23 janvier 2008

"On peut causer ? ", dit le Rat

Décembre 2007 - janvier 2008
Japon


Voici le fruit d'une récolte qui fut courte, intense et finalement assez satisfaisante (mais bon je me méfie : on aime toujours ce qu'on fait au début...). Pardon pour les titres assez cheap. Ce sont des lieux publics, des instants d'entre-deux, des entrebâillements de portes et des paysages à travers des vitres... preuves s'il en était encore besoin que j'ai vécu. La photo intercalaire dans la vie est aussi porteuse. Parfois, même les bon élèves laissent leur devoirs jusqu'à la veille de l'échéance... Pourtant, pour intercalaires qu'elles soient, ces photos n'auraient certainement pas cet éclat de vie qui appelle une suite si je n'avais pas eu mon petit guide de voyage.

"Sur le pouce"


"Slurpin' place"

"seeking good omen"

"who's playing what with who ?"

"Odjo-san, okawari"

"Protect me from what I want"

Watashino gawa

"Sen yen"

Super Hokuto Ltd express

Super Hakucho Ltd express

"Fishy resalers"

"Parasites stuck on the glass"

"playin' shrine-ground"

"Accident of thought"

"Burning shade"

"R.I.P. chalumeau-Kim"

"Train de sommeil"


"Help yourself... et le ciel..."


"Tu m'écoutes ?"

"Blowin' in da water"


"Noeuds de secrets"

"Pension des Mimosas"

"K : _ This castle IS impressive, jeez....
M : _ Grrrr.... my dad is such a jerk,
leavin' his own daughter get back when
it's cold and she's sick..."








Durant ces quelques temps passés loin de chez moi, je crois que j'ai changé. Je crois que j'ai commencé à apprendre la patience, comment prendre de la distance... un peu. Comment je le sais ? En relisant Hitsuji O Meguru Boken je me suis aperçu qu'il était un passage avec lequel j'étais devenu étrangement d'accord... Il y a quelques années, l'an dernier encore, la lecture de cette scène m'aurait plongé dans un désarroi et une tristesse sans nom. Aujourd'hui, je peux dire que j'en comprends un peu mieux les ressorts et réactions. Il n'y a pas là de quoi se désespérer. Je ne suis pas cynique, et il s'en faut de beaucoup. Je cherche juste à vivre heureux mes engagements tout en me protégeant. Même si le Japon n'a pas été le facteur déterminant dans ce changement, il en fut le lieu.... et c'est déjà beaucoup.


"Un mois s'était écoule depuis que j'avais consenti au divorce et qu'elle avait quitté l'appartement. Ce fut à peu de chose près un mois passé en vain. Un mois aux contours vagues, sans substance, comme de la gelée tiédie. Je fus incapable de me dire que quelque chose avait changé, car en vérité, rien n'avait changé.

Je me levais le matin à sept heures, préparais le café, grillais mes toasts, partait au travail ; le soir je mangeais dehors, buvais quelques verres, rentrais à la maison, lisais une heure dans mon lit, éteignais les lumières et m'endormais. Le samedi et le dimanche, le travail faisant défaut, pour tuer le temps, je faisais le tour des cinémas dès le matin. Après quoi, je dînais seul, buvais mon coup, lisais mon livre et m'endormais, fidèle à la routine. Ainsi ai-je vécu ce mois, un peu comme d'autres noircissent les unes après les autres les dates sur un calendrier.

Le sentiment me vint que sa disparition était en quelque sorte une affaire à classer. Ce qui avait eu lieu avait eu lieu, un point c'est tout. Quelle qu'ait été l'aisance avec laquelle nous avions mené ces quatre années, c'était désormais sans importance. Il en allait comme des albums aux photos arrachées.

De même qu'il avait été sans importance que longtemps et régulièrement elle ait couché avec un de mes amis, et qu'un beau jour, elle se soit installé chez lui. Ce sont des choses qui avaient toutes les chances de se produire, et qui se produisaient d'ailleurs fréquemment ; aussi avais-je été absolument incapable de voir dans ce qu'elle avait fait quelque événement particulier.

Reflexion faite, cela ne concernait qu'elle seule. Je le lui avais dit :
_ Tout ça ne concerne que toi, au fond.
C'était l'après midi d'un dimanche de juin, quand elle m'avait annoncé son intention de divorcer, et que moi je m'amusais à enfiler au bout du doigt la bague d'une boîte de bière.
_ Tu veux dire que ça t'est égal ? demanda-t-elle. Elle avait dit cela avec une extrême lenteur.
_ Ce n'est pas que ça me soit égal. Je dis seulement que c'est ton problème.
_ Si tu veux savoir la vérité, je n'ai pas envie de te quitter, me dit-elle quelques instants plus tard.
_ Ce n'est pas la peine de se séparer alors...
_ Oui, mais si je reste avec toi, je n'irai plus nulle part. (...) Tu aurais voulu avoir des enfants ?
_ Non, lui dis-je. Les enfants, très peu pour moi.
_ Moi, je me suis posé longtemps la question. Mais à la vue de ce qui s'est passé, c'était sans doute mieux ainsi. Quoique... On n'en serait peut-être pas là autrement.
_ Des couples qui ont des enfants et qui divorcent, c'est pas ce qui manque.
_ C'est vrai, dit-elle avant de jouer un moment avec mon briquet. Moi je t'aime encore, mais le problème n'est pas là, c'est entendu. Je le sais parfaitement.

Elle ne m'en dit pas plus, mais je crus comprendre ce dont elle voulait parler. J'allais avoir trente ans dans quelques mois. Elle allait en avoir vingt-six. A côté du vaste avenir qui nous attendait, ce que nous avions construit ensemble n'était vraiment que broutilles. C'était nul. Ces quatre années, on les avait vécues comme on dilapides des économies.

La responsabilité m'en incombait pour la plus grande part. Sans doute n'aurais-je jamais du me marier, que ce soit avec elle ou avec une autre, d'ailleurs. A tout le moins, elle n'aurait pas du m'épouser, elle.

Dès le début, elle considérait qu'elle était un être inadapté à la société et que j'étais le contraire. Et chacun remplissait relativement bien son rôle. Mais au moment où l'on pensait pouvoir continuer sur ce modèle, quelque chose se brisa. Quelque chose d'infime, sans doute, mais d'irréversible. On se retrouva das une impasse, une impasse tranquille, comme étirée en longueur. On était condamnés.

A ses yeux, j'étais déjà quelqu'un de perdu. Elle m'aimait peut être encore un peu, mais la question n'était plus là. Nous nous étions trop habitué à nos rôles respectifs. Je ne pouvais rien lui donner. Nous le savions, elle d'instinct, moi d'expérience. Dans tous les cas, c'était sans appel.

Ainsi donc disparut-elle à jamais de mes yeux, emportant ses quelques combinaisons. Il y a des choses qui s'en vont avec l'oubli, d'autres en se volatilisant, d'autres encore dans la mort. rien de tragique là-dedans, ou si peu."


H. Murakami, Hitsuji o meguru boken

lundi 21 janvier 2008

Tales me more...

Juillet 2007,
Changjiang river, Sichuan, China.

Have you ever tried to shoot your dreams ? I mean, did you ever try to reproduce the face of your dreams in pictures ? Dreams are made of reality. They're full of the world surrounding us when we're awake. It's not a very difficult excercice actually. The imposture of "dream pictures" comes from the fact we never remember clearly dreams... and it's even getting worse as we're aging. In fact, shooting dreams is just the expression of a simple will : make the sleeping time last longer... it's trying to live eyes wide shut.
So we contaminate the world with our visions, full of ours wills, ours desires, and poor ambitions. We give the world to see through the prism of ours dreams... But what do we know about our dreams ? What can we say about them once we're awake... ? In fact, we don't know nothing... and we need the public world to understand what is close to us, what is our nuke. It's painful to admit the most intimate things of our personality remains closed to our understanding... I hope someday the pictures I shot will be able to tell me more about this intimacy I'm hiding from myself.



"_ Que fais-tu d'habitude le dimanche ? me demanda Midori.
_ La lessive. Puis le repassage.
_ Tu n'as pas très envie de me parler de cette fille, n'est-ce pas ? Je veux dire, de ton amie.
_ C'est vrai. Je n'en ai pas très envie. C'est compliqué, et je ne sais pas si j'arriverai à t'expliquer facilement.
_ Ce n'est pas grave si tu ne m'expliques pas, dit elle. Mais est-ce que je peux essayer de te dire ce que j'imagine ?
_ Bien sûr. Cela m'amuserait de savoir ce que tu penses.
_ Je crois qu'elle est mariée.
_ Hum, fis-je.
_ C'est une belle femme riche de trente-deux ou trente-trois ans, qui porte des manteaux de fourrure, des chaussures Charles Jourdan et des sous-vêtements en soie et qui a en plus terriblement besoin de sexe. Et puis elle fait des choses très vicieuses. Elle te retrouve en fin d'après-midi pendant la semaine pour s'envoyer en l'air avec toi. Mais elle ne peut pas te voir le dimanche parce que son mari est là. Est-ce que je me trompe ?
_ C'est assez drôle comme interprétation.
_ Elle doit certainement se faire ligoter, un bandeau sur les yeux et se faire lécher le corps partout, jusque dans les moindres recoins. Et puis elle doit se mettre des trucs bizarres, prendre des poses acrobatiques, et photographier tout ça au polaroïd.
_ Cela semble très amusant.
_ Ca lui manque tellement qu'elle est prête à faire n'importe quoi. Elle y pense tout le temps. C'est qu'elle n'a rien d'autre à faire. Elle se dit que, la prochaine fois, elle va te faire voir, elle fera telle ou telle chose. Et, dès qu'elle est au lit, son avidité la pousse à jouir trois fois dans des positions différentes. APrès, elle te dit come ça : "alors, comment trouves-tu mon corps, il est extraordinaire n'est-ce pas ? Tu ne pourras plus jamais te satisfaire des jeunes filles, tu sais. Est-ce que tu crois qu'elles pourraient faire ce que je fais en ce moment ? Alors ça te plaît ? Tu sens quelque chose ? Mais arrêtons nous, sinon ça va recommencer."
_ Je crois que tu vois trop de film porno, lui dis-je.
Midori resta songeuse un instant.
_ peut être bien que oui. J'aime beaucoup ça, tu sais ? Tu ne veux pas m'y emmener la prochaine fois ? (...) tu sais ce que j'aime le plus dans les cinémas qui passent des films porno ?
_ Je n'en ai pas la moindre idée.
_ Eh bien, quand il y a des scènes de sexe, on entend les gens tout autour avaler bruyamment leur salive me dit-elle. J'aime beaucoup ce bruit de déglutition. C'est charmant."

dimanche 20 janvier 2008

Seuls les pensées et souvenirs incomplets peuvent venir se loger dans des phrases

Juillet 2005,
Quartier des Halles, Paris, France
"who cares ?"


Dans la série des essais effectués à Paris dans les premiers temps, j'ai consacré plusieurs rouleaux à prendre des photos de premiers plan flous. Il est souvent beaucoup plus facile de faire la mise au point sur un premier plan et de fermer un maximum le diaphragme pour obtenir une profondeur de champ monstrueuse. Dans ce cas, l'intégralité de la photo est nette.
En général, il arrive que l'on place un premier plan flou comme un pan d'arbre ou une touffe d'herbe, un rebord de mur ou de fenêtre, un morceau de silhouette en mouvement. Il est en revanche beaucoup plus rare de trouve un sujet potentiel de photo, intégralement cadré, qui obstrue le champs de vision du spectateur et bouche le sujet principal ou celui, à tout le moins, qui est montré comme tel.
Alors que je me désespérais sur comment trouver un style propre, je me suis mis, au cours de l'été 2005, à réaliser des séries de photos toutes plus absurdes que les autres, en essayant systématiquement de prendre le contrepied des règles habituelles et de ce que je connaissais de la production des grands maîtres.

Je crois avoir déjà posté un message concernant mes essais dans le domaine de la surimpression. Dans cette série, la problématique était sensiblement la même : comment réduire à un premier plan tous les éléments du décors ? comment signifier l'aplatissement de la profondeur et renverser les rôles ?
En rendant flou le premier plan cadré comme un sujet principal, en faisant le point sur un arrière-plan obstrué, en introduisant un jeu de reflet d'un élément situé sur le côté et sur mes arrières... enfin, en introduisant un contrast entre une ambiance (ici, atmosphère des Carnivals anglo-saxons) et le personnage central (en l'occurence un vieil homme fatigué et en pleine réflexion). Par cette série de correspondances et d'opposition, de renversements grotesques, je cherchais à faire surgir un malaise dans le regard égaré, perdu du spectateur. J'ignore si j'y suis arrivé, mais j'en retiens un point capital : le flou est la vie. Une photo sociale ou une photo en portrait n'a pas seulement besoin d'une échelle humaine : elle a besoin de respirer. Je crois d'une foi sincère que le flou, le manque de précision est un levier terriblement efficace et esthétique pour parler des imperfections qui nous caractérisent, du caractère brouillon de notre existence, du frémissement de la vie même et des sentiments.

Il m'arrive désormais beaucoup plus rarement de prendre de mélanger les éléments flous et les éléments nets. En revanche, j'essaie de flouter mes portraits : il me semble qu'il y a là un peu d'humanité qui n'est pas de trop pour rendre attachant la misère humaine ou tout simplement nous la donner à voir avec plus d'authenticité... qui n'aime pas parler ses malheurs comme d'une part de soi-même, une raison de s'enorgueillir ou une étape de sa vie ? Qui ?


*************************************************************************************


Juillet 2007,
Heading back to Xining, Qinghai Province, China
"Still lives, rushing existences"


Vivre... Avancer


"_ Mais maintenant, c'est arrangé, n'est-ce pas ?
Je penchais la tête d'un air perplexe parce que je n'avais pas très bien compris ce que signifiait ses paroles.
_ Vous voulez dire que les choses se sont arrangées parce que Naoko est morte ?
_ Mais non. Vous aviez pris votre décision avant la mort de Naoko, n'est-ce pas ? Vous disiez que vous ne pouviez pas abandonner cette Midori, que vous l'aimiez. Que Naoko soit morte ou vivante ne change rien. Vous avez choisi d'aimer Midori, et Naoko a choisi la mort. Vous êtes adulte maintenant, alors il faut que vous preniez vos responsabilités. Sinon c'est inutile.
_ Mais je ne peux oublier ce que j'ai dit à Naoko : que je l'attendrai toujours. Et je n'ai pas su l'attendre. Tout à la fin, je l'ai abandonnée. Le problème n'est pas de savoir si c'est la faute ou pas la faute de quelqu'un... c'est mon problème. Sans doute que si je ne l'avais pas abandonnée en chemin, le résultat aurait été pareil. Je crois qu'elle aurait quand même choisi la mort. Mais indépendamment de cela, je sens qu'il m'est difficile de me pardonner à moi-même. Vous me dites que l'on ne peut pas faire autrement s'il s'agit des mouvements naturels du coeur, mais ma relation avec Naoko n'était pas aussi simple que vous le supposez. En fait, depuis le début, nous étions liés par un fil tendu.
_ Si vous ressentez de la douleur face à la mort de Naoko, alors continuez à l'éprouver toute votre vie. Si cela doit vous apprendre quelque chose, apprenez. Mais indépendamment de cela, soyez heureux avec Midori. Votre douleur n'a rien à voir avec elle. Si vous la blessez encore plus, la situation deviendra vite irrémédiable. Ce n'est pas facile, mais il faut être fort. Il faut grandir et devenir adulte. C'est pour vous dire cela que j'ai quitté l'établissement et que je suis venu vous voir. J'avais l'impression d'être dans un cercueil dans ce train.
_ Je comprends très bien ce que vous voulez dire, mais je ne suis pas encore prêt. C'était vraiment triste cet enterrement. Les gens ne devraient pas mourir ainsi, vous savez.
Reiko tendit la main et me caressa les cheveux.
_ Nous mourrons tous un jour de cette façon, vous et moi. (...) Allez Watanabe, vous allez me faire le plaisir d'oublier ces funerailles, me dit-elle en me fixant droit dans les yeux. Rappelez vous uniquement de celles-ci et aimez Midori (...)
_ Dites Reiko ?
_ Quoi ?
_ il faut absolument que vous aimiez encore quelqu'un. Vous êtes tellement extraordinaire qu'il me semble que ce serait du gâchis, autrement.
_ Bon alors je vais y réfléchir, me dit-elle. Mais vous croyez que les gens tombent amoureux à Asahikawa ? "

H. Murakami, Norway no mori


Juillet 2007,
Niaodao, Qinghai province, China
Baby got back

jeudi 17 janvier 2008

Yoboseyo ? ...

Par une nuit d'automne, un jeune disciple s'éveilla en pleurant. Inquiet, son maître lui demanda
_ Qu'as tu ? As tu fait un cauchemard ?
_ non répondit le disciple en sanglottant.
_ As tu fais un mauvais rêve ?
_ non... J'ai au contraire fait un très beau rêve.
_ Alors pourquoi pleurer ? demanda son maître.
_ Parce que je sais que, jamais, je ne réaliserai ce rêve.

Avril 2007,
Barrio Chino, Lima, Pérou.


Il faut parfois aller bien loin pour se rendre compte que nous côtoyons au quotidien des sujets dignes d'être photographiés... Ce constat que j'ai fait en remettant la main sur une photo prise dans le Chinatown de Lima l'an dernier, ne m'empêchera jamais de continuer à arpenter le monde, l'objectif à la main. Pourtant, c'est douloureux : en regardant cet homme dans la pénombre, je me suis rendu compte qu'aucun élément de l'image ne pouvait venir corroborer ma version des faits. Il est des clichés "indéfendables" parce qu'ils n'occupent pas de place particulière dans vos souvenir... mais il est aussi des clichés indéfendables parce qu'ils n'ont pas d'âme. Je crois que j'ai enfin trouvé un critère relativement objectif (en tous les cas moi je trouve que c'est assez fiable) pour pouvoir distinguer la poétisation de la misère (honteuse ou pas, c'est selon) et la photo documentaire à vocation artistique (comme peut la pratiquer maître Salgado).

En observant cette photo prise à l'arrachée dans les ruelles de Lima, je me suis d'abord demandé qu'est-ce que j'avais bien pu vouloir chercher à montrer ou à faire en prenant cet homme assis dans une descente d'escalier, dans la pénombre. Je n'ai pas trouvé de réponse.

Ensuite, j'ai tenté de me rappeler les circonstances de la prise de vue, pour savoir si ce cliché avait requis un savoir faire ou une adresse particulière. Je n'ai pas trouvé de réponse.

Enfin, j'ai cherché à comprendre le sens du cadrage, les choix esthétiques que j'avais fait. Je n'ai pas trouvé de réponse.

Voilà donc l'archétype de la photo prétentieuse ratée du bout du monde, que l'on prend pour dire "j'ai fait de l'art à l'autre bout du monde". C'est puant, c'est raté, c'est pathétique. En fait, je crois que pour qu'une photo de l'autre bout du monde soit recevable, défendable et acceptable dans la durée par soi (ça compte, n'en doutez pas - regardez donc avec quelle vitesse nous nous désentichons de nos propres oeuvres), il faut que cette photo portent en elle un marqueur neutre du temps ou de l'espace.
L'exemple vaut mieux que la théorie : dans cette photo, scandale, aucun élément du décors ne vient dire où nous sommes. Cet homme assis pourrait être un penseur de tant de pays, dans tant de décors différents... le cliché n'est pas porteur d'un lieu, encore moins de son ambiance. L'atmosphère faussement farniente nous fait comprendre à la rigueur que nous sommes dans un pays où l'heure de la sieste s'impose... peut être un pays latin.
Le cadrage symétrique et le jeu facile mais sans réelle efficacité ni originalité des ombres portées sur les stores signale une ambition artistique : le photographe s'est essayé à mélanger ses aspirations artistiques et sa recherche documentaire. raté. en évacuant les marqueurs temporels et spatiaux pour placer sa photo dans l'univers artistique hors du temps, il n'a pas su choisir entre les deux propositions qui s'offraient à lui :
_ opter pour un france décentrement du cadrage et se rapprocher du sujet pour effectuer un portrait dont le faciès aurait pu signer la photo finale d'un cachet régionalisé.
_ choisir réellement l'abstraction artistique en évacuant complètement le réel et en ne gardant que les caractères oniriques de la scène.

Cette photo est creuse, non parce qu'elle est "ordinaire", mais tout simplement parce qu'elle n'éveille rien, ne dit rien, ne signifie rien, n'a jamais voulu signifier quelque chose. Elle est un essai. La photo sociale du bout du monde peut choisir de se rendre artistique, mais l'intégration des prétentions artistiques dans le processus de prise de vue doit se faire en connaissance de cause. Le fil rouge, l'angle sont indispensables et à ne jamais perdre de vue. Dès que les préoccupations esthétiques l'emportent sur la volonté de montrer quelque chose, le résultat devient vite une vaste blague.

Quelque fois, souvent, même le caractère sériel de la production photographique ne suffit pas à dissimuler les enfants terribles de notre production... encore moins à éponger nos prétentions ridicules. Il faut choisir d'être totalement libre ou alors respecter les règles d'une discipline.

mercredi 16 janvier 2008

Chapitre II.... ?

Août 2007,
Emei shan, Sichuan, Chine.

That's it. I'm done. Once more, I couldn't wait to know what's beneath my feet. Once more I felt attracted by the emptyness over te edge. Once more, I chose an acrobatic life without a security let behind. I'm half naked on the extremity of my life. It's windy ; it's cold. I should have kept my shirt. My pair of pants is wet because of the rain... In my back pocket, I can feel the abnormal weight of my passport. It's heavy. I hold my plane ticket in my hand. If I stop grasping it. I'm dead. If a let the wind of circumstances and hazards of life blow it away, I'm dead. "A l'Ouest de la frontière, au sud de la frontière"... I want to see what there is in the South of the border. Nat King Cole's singing in the bottom of my heart. I want to be there to live it by myself.

At the end of sumertime, I brought a couple of friends in the region I was reared. I led them until the Rocks field... hallucinating decors of an ancient glacier the gathered tonns of rocks, thousand of years ago. I used to play there when I was a kid. I started to walk there. I learned how vain and useless are human precaution... how foolish it's to keep the illusion of security. Each time I go back there, I remember thoses years I spent among nothing. Rocks don't speak. Rocks don't listen. Rocks never do anything. The danger is never something else than what we are affraid of. I fell so many times. But I'm still standing. I gotta carry on walkin'. Never hesitate, never stop dancing, never low my pace down. If I stop, if I try to watch what's beneath, I fall. My escape is ready, but I don't need it. I don't need to think of a B plan since I'm in the right way.


Août 2007,
Champ de Roche, Vosges,


It cold.

Time is up. You had enough to make up your mind Kim. Take a deep breath and go.

I'm jumping

I don't know what is awaiting me.
I don't know what will be written in the next chapter...
I don't even know how many chapter this story will have.

I'm jumping.

Août 2007,
Emei shan, Sichuan, Chine.
"Bittersweet Gouffre"



dimanche 13 janvier 2008

你以为你是谁 ?


Décembre 2007,
Noboribetsu Onsen, Hokkaido, Japon

Décembre 2007,
Tokyo, Tour du palais du Gouvernement, Japon

Décembre 2007,
Leaving Hakone, Hokkaido, Japon


No inspiration today, just some lyrics of a song from the group Placebo

Taste in Men.



"Come back to me, awhile
change your style again,
Come back to me, awhile
change your taste in men

it's been this way since Christmas day,
dazzled, doused in gin,
change your taste in men,

Come back to me, awhile
change your style again,
come back to me, awhile
change your taste in men

I'm killing time, on Valentine's
waiting for the day to end
change your taste in men"


vendredi 11 janvier 2008

Error system, data base uncomplete, delete question or try again later

Décembre 2007,
Morioka, Japon.
Windows 2008, version 1.2.2


Être impulsif, c'est bien, des fois. Dans la vie courante, l'impulsivité est généralement considérée comme la marque d'un tempérament peu réfléchi, d'un manque de maturité ou d'une certaine lâcheté. J'assume. Il est vrai qu'avoir à choisir est parfois fatiguant et je n'ai pas toujours l'envie ni l'énergie de pouvoir décider en connaissance de cause. J'ajouterai qu'il est aussi grisant de se dire que l'hésitation est toujours porteuses de mauvais conseils (vous avez lu Shakespeare, vous vous rappelez Hamlet non ? "ainsi la décision perd sa belle couleur native dans les pâles ténèbres de la réflexion... ainsi la réflexion fait de nous tous des lâches"). Quant à l'ivresse de se tromper, elle est bien réelle : en général, nous demandons conseil lorsque nous savons déjà ce que nous allons faire... c'est pour la forme.
En photographie (en tous les cas, à mon humble niveau d'amateur), être impulsif, c'est pas seulement bien, c'est vital. Matériellement parlant d'abord, parce qu'on peut difficilement envisager de faire de la photo de rue à l'arrachée en état d'hypotension décisionnaire. Et puis même du point de vue des conceptions, j'aime assez l'idée qu'une photo résulte de la rencontre entre une intuition fugace, d'un geste de mon doigt mal assuré et d'une situation survenue accidentellement. Arriver à capturer le hasard, même pour ceux qui s'énervent des constructions intellectuelles faciles, c'est assez fascinant. Démiurgique ? oui... Prétentieux ? sans doute... Vain ? Je n'en suis pas si sûr...

Parce que la vie est hasard. Suite de rencontre fortuites, d'accidents et de surprises. J'ai toujours vénéré les dates, l'histoire, l'événementiel. J'ai même choisi d'en faire mon métier. Enseigner comment, par quel formidable concours de circonstances, des êtres humains que rien ne désignaient pour régner en maître face aux forces de la nature, sont en passe de détruire ce qu'ils veulent dominer.

Ma vie est historienne dans son fonctionnement. Ma démarche intellectuelle est archivistique et désuette. Ma pratique photographique est antiquisante (pas seulement parce que j'affectionne l'argentique et les clichés vieillis, mais aussi parce que j'aime sincèrement la photo des premières heures). Mais après tout, savoir ce que l'on aime, ou du moins, ce que l'on recherche, c'est déjà pas mal. Et puis, sans avoir l'air prétentieux de vouloir donner une cohérence systémique à mon existence, je trouve ça rassurant de voir qu'il y a quand même un petit fil rouge dans ma façon d'appréhender le monde et d'y vivre. Il en va des turbulences de l'histoire comme de nos ambitions photographiques et des histoires d'amours déçues : toutes faites de trajectoires brisées et de renoncements.

************************************************************************************

Décembre 2007,
Shinjuku Station, Tokyo, Japon.
From Shadow to light...


Décembre 2007,
Osaka piers, Kansai, Japon.
Shortcut to wonderland


"Ca n'a aucune importance, ne t'inquiète pas, répétai-je. Je voudrais seulement revenir un jour à Sapporo et parler avec toi, c'est tout. En attendant, tu peux avoir rendez-vous avec tous les boyfriends que tu veux, entre toi et moi, ça n'entre pas en ligne de compte. Je pense tout le temps à toi, tu sais. J'ai déjà dû te le dire, mais je crois que nous avons des choses en communs. (...)

_ mmh, fit-elle. (...)

_ Depuis la dernière fois qu'on s'est vus, j'ai rencontré tout un tas de gens, tu sais, et il m'est arrivé plein de choses. Mais il me semble que, fondamentalement, je continue à penser à ne penser qu'à toi. J'ai toujours envie de te voir. Mais ce n'est pas encore le moment. je n'ai pas terminé ce que j'ai à faire.

Mes paroles étaient tendres, mon explication manquait de logique. Typiquement moi.

Il y eut un petit silence à tendance légèrement positive. Mais en fin de compte, le silence resta un silence. Peut-être est-ce moi qui voit les choses de façon trop optimiste.

_ Mais ce que tu as à faire se présente bien ? demanda-t-elle.
_ Oui, enfin, je crois, peut-être. Je veux le croire.
_ Ce serait bien que tu aies fini et que tu reviennes pour le printemps prochain, dit-elle".

H. Murakami, Dansu, Dansu, Dansu.

Décembre 2007,
Harajuku station, Tokyo, Japon

lundi 7 janvier 2008

A desert road, from Vegas to nowhere...

Janvier 2008
Kobe, Kansai (Japon)
"bent over life"

I've been looking into my memories for two hours now and the conclusions are the same... I definitely did not shoot many pictures in Japan. Why ? Because I chosed to be there for real instead of seeing and living those moment through my lenses. Once for good, I decided to have more than some piece of printed paper to remember my journey.

When I was a kid and then, a teenager, I was always the guy too shy to drink or have fun. For a long time, I was proud to remember every single party I was invited to... because I wasn't drunk.
Shooting picture is somehow the exact contrary : basing a journey on a picture quest is like going to a party with the intention to stay sober so you'll be able to keep very sharp and accurate memories : that's being a documentary reporter looking for objectivity. If you chose to live, you chose to drink. The memories become blur but gain in poetry and aesthetical lack of precision. The drink has always been on the side of the artist seeking inspiration...
Between those to poles, I try to find my way.






dimanche 6 janvier 2008

私の陰, 多分1日....

Janvier 2008
Kyoto, Kansai (Japon)
"walkin' on kanjino yuki"


My funny Valentine, I'm back. Back from the islands... back from what has been a long lasting dream... but I kept in mind every single thing I did, saw, heard. This morning, while the sun wasn't high yet, in the middle of ricefields, lost between the fog and memories of Dutch, she played saxo for me. I'll never forget those moment of intense calm and happiness. She might never be aware of the so many things she brought me. She probably thinks she didn't do anything... still she did. Thanks to her, I wasn't lost. Thanks to her I learn how being pesimistic or realistic could be at the same time painful and beautiful. I learned how to be patient, how to listen, how to remain quiet. I discovered that no matter what the other think or feel, being sure of my proper feelings is the biggest treasure I could have.
I'll probably have a lot to write about those short (too short) but intense fifteen days spent at the extremity of the world, bent over the sky full of snow. But tonight, as I listen to my good old Miles Davis, nothing comes to my mind. Too many burning memories, too many warm impressions are still printed in the deepth of my skin. I want to take my time before writing the chronicles of this journey in the empire of shadows and lights. Let's get minimalistic a bit.

Just a few words on the shot... It was night after another of these grestest day. We were wandering by the Gion district in Old Kyoto city when from the upper side of a bridge, she asked me to shoot a man walkin' along the river banks. I missed the shot she wanted. I had the one I was looking for : a blur shadow sliping on the dark and snowy ground, like a penbrush runs on a piece of paper to draw meaning signs. She wanted to erase this picture... she broke my arm and almost killed me but the picture remained on the memory card and lands now on my blog. I'm glad it survived.


janvier 2008
Himejijo, Kansai (Japon)

Years ago, I remember I attended a very particular situation : some young female trainee journalist was sitting in the video room, watching the rejected sequences of her reporting work (the cameraman was a non gifted one). Suddenly, an elder man, who happened to be his boss went in the office and stoped, captivated by what was on air on the screen.
The young woman, mad for having lost so much time and film quantities, was angrily moaning her complain. However, she was surprised to hear from her boss : "Your cameraman is a very gifted one, you know ?"
She turned back and faced him, lost : "Chief, you must be out of your mind ?! This jerk only shot stupid and useless film sequences... his bullshits costed us a precious time"
The old man kept his look on the screen and added "Then he really must be deeply in love with you"...
She grinned, before asking, skeptical : "aannnd... what make you think such nonsense ?"
Her boss held his arm and pointed his finger in direction of the young woman on the screen. He said : "look at at your smile Miss, and tell me, does you face often have this kind of smile ? Are you naturally smiling that way ? Don't you see, beyond this quest of your natural self, that the cameraman's heart is burning... as much as yours ?

Years after this incident... I'm still standing. I admit that the people I shoot are less and less ready to be shot... They actually refuse more and more as they're aging.
Still, I didn't forget the old man words.
We all forget too often how unnatural are Joy and Happiness. We believe that they are feelings difficult to reach, but stable. We raise them up on a piedestal and refuse the idea that happiness could be something else that Beauty of Perfection.

But it's wrong.

Happiness is something very unstable. Something flying into the air as free as we all should be. Happiness is something that is readable, and that our imperfect bodies translate very well. We often don't accept that our awkward smiles or our rude laughs can be the vector of this happiness. But Those smiles of laugh belongs to Happiness.

I loved a woman in Japan. I still love her today though I'm back... And I'll love her for a long time I think, no matter the distance, no matter the fact she doesn't love me... I shared with her intense moment happiness... and because I keep for ever in memory as in some few part of my rolls evidences of those brief moments, I don't want nor feel like being desperate.


Je me souviens, il y a quelques années, d'avoir assisté à une scène des plus étranges : une jeune journaliste se trouvait devant les rush indésirables d'un reportage effectuée en compagnie d'un piètre cameraman. Le chef de service a fait irruption dans la salle de visionnage et s'est immobilisé, captivé par les images. Il s'agissait en réalité des prises de vues intercalaires et de toutes les coulisses du reportage.

La jeune journaliste, excédée d'avoir perdu tant de minutes précieuses et de pellicule soufflait le chaud et le froid. Elle fut pourtant surprise devant la réaction de son supérieur lorsque celui-ci lui dit : "vous avez un cameraman qui est très doué".

La jeune femme se retourna brusquement, perplexe : "Mais qu'est-ce que vous dites ?? Cet imbécile n'a fait qu'accumuler les images inutiles et ses bêtises nous ont coûté un temps précieux". Le vieil homme, les yeux toujours rivés sur l'écran, ajouta "alors c'est que cet homme vous aime vraiment".
Elle fit la moue avant de demander, sceptique : "qu'est-ce qui vous fais penser ça ?"
Son aîné tendis le bras en direction du visage de la jeune femme sur l'écran et lui dit "regardez donc votre sourire Mademoiselle, et dites moi si votre visage l'arbore ainsi tous les jours ? dites moi si vous êtes au naturel ainsi... Ne sentez vous pas derrières ce incessante quête de vous que le coeur du cameraman déborde... comme le vôtre ?"

Des années après cela, je suis toujours là. Il faut bien avouer que les gens que je photographie sont toujours réticents. Plus ils vieillissent, plus ils le deviennent d'ailleurs. Mais je n'ai rien oublié de cette profession de foi du vieil homme. Je tâche chaque fois de la faire mienne un peu plus. Nous oublions trop souvent combien la joie et le bonheur ne sont pas des sentiments naturels. Nous pensons que le bonheur est difficile à atteindre. Nous en faisons un sentiment tellement pur et élevé que nous en oublions combien il peut surgir par petites touches, anodinement... et nous refusons de croire qu'il puisse être autrement qu'aseptisé, parfait, beau.

Mais c'est faux.

Le Bonheur est quelque chose de fugace, qui se lit très bien, même si nous l'acceptons mal parce que nos sourires gauches ou nos éclats de rires grossiers nous paraissent indignes de Lui. J'ai aimé une femme au Japon, je l'aime encore aujourd'hui, et continuerai à l'aimer malgré la distance et bien qu'elle ne m'aime pas. Et c'est parce que j'ai vécu avec elle d'intenses moments de bonheur et réussi à conserver quelques uns de ces sourires où se trouvaient sa joie que je ne crois pas nécessaire de me désespérer.