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Être impulsif, c'est bien, des fois. Dans la vie courante, l'impulsivité est généralement considérée comme la marque d'un tempérament peu réfléchi, d'un manque de maturité ou d'une certaine lâcheté. J'assume. Il est vrai qu'avoir à choisir est parfois fatiguant et je n'ai pas toujours l'envie ni l'énergie de pouvoir décider en connaissance de cause. J'ajouterai qu'il est aussi grisant de se dire que l'hésitation est toujours porteuses de mauvais conseils (vous avez lu Shakespeare, vous vous rappelez Hamlet non ? "ainsi la décision perd sa belle couleur native dans les pâles ténèbres de la réflexion... ainsi la réflexion fait de nous tous des lâches"). Quant à l'ivresse de se tromper, elle est bien réelle : en général, nous demandons conseil lorsque nous savons déjà ce que nous allons faire... c'est pour la forme.
En photographie (en tous les cas, à mon humble niveau d'amateur), être impulsif, c'est pas seulement bien, c'est vital. Matériellement parlant d'abord, parce qu'on peut difficilement envisager de faire de la photo de rue à l'arrachée en état d'hypotension décisionnaire. Et puis même du point de vue des conceptions, j'aime assez l'idée qu'une photo résulte de la rencontre entre une intuition fugace, d'un geste de mon doigt mal assuré et d'une situation survenue accidentellement. Arriver à capturer le hasard, même pour ceux qui s'énervent des constructions intellectuelles faciles, c'est assez fascinant. Démiurgique ? oui... Prétentieux ? sans doute... Vain ? Je n'en suis pas si sûr...
Parce que la vie est hasard. Suite de rencontre fortuites, d'accidents et de surprises. J'ai toujours vénéré les dates, l'histoire, l'événementiel. J'ai même choisi d'en faire mon métier. Enseigner comment, par quel formidable concours de circonstances, des êtres humains que rien ne désignaient pour régner en maître face aux forces de la nature, sont en passe de détruire ce qu'ils veulent dominer.
Ma vie est historienne dans son fonctionnement. Ma démarche intellectuelle est archivistique et désuette. Ma pratique photographique est antiquisante (pas seulement parce que j'affectionne l'argentique et les clichés vieillis, mais aussi parce que j'aime sincèrement la photo des premières heures). Mais après tout, savoir ce que l'on aime, ou du moins, ce que l'on recherche, c'est déjà pas mal. Et puis, sans avoir l'air prétentieux de vouloir donner une cohérence systémique à mon existence, je trouve ça rassurant de voir qu'il y a quand même un petit fil rouge dans ma façon d'appréhender le monde et d'y vivre. Il en va des turbulences de l'histoire comme de nos ambitions photographiques et des histoires d'amours déçues : toutes faites de trajectoires brisées et de renoncements.
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"Ca n'a aucune importance, ne t'inquiète pas, répétai-je. Je voudrais seulement revenir un jour à Sapporo et parler avec toi, c'est tout. En attendant, tu peux avoir rendez-vous avec tous les boyfriends que tu veux, entre toi et moi, ça n'entre pas en ligne de compte. Je pense tout le temps à toi, tu sais. J'ai déjà dû te le dire, mais je crois que nous avons des choses en communs. (...)
_ mmh, fit-elle. (...)
_ Depuis la dernière fois qu'on s'est vus, j'ai rencontré tout un tas de gens, tu sais, et il m'est arrivé plein de choses. Mais il me semble que, fondamentalement, je continue à penser à ne penser qu'à toi. J'ai toujours envie de te voir. Mais ce n'est pas encore le moment. je n'ai pas terminé ce que j'ai à faire.
Mes paroles étaient tendres, mon explication manquait de logique. Typiquement moi.
Il y eut un petit silence à tendance légèrement positive. Mais en fin de compte, le silence resta un silence. Peut-être est-ce moi qui voit les choses de façon trop optimiste.
_ Mais ce que tu as à faire se présente bien ? demanda-t-elle.
_ Oui, enfin, je crois, peut-être. Je veux le croire._ mmh, fit-elle. (...)
_ Depuis la dernière fois qu'on s'est vus, j'ai rencontré tout un tas de gens, tu sais, et il m'est arrivé plein de choses. Mais il me semble que, fondamentalement, je continue à penser à ne penser qu'à toi. J'ai toujours envie de te voir. Mais ce n'est pas encore le moment. je n'ai pas terminé ce que j'ai à faire.
Mes paroles étaient tendres, mon explication manquait de logique. Typiquement moi.
Il y eut un petit silence à tendance légèrement positive. Mais en fin de compte, le silence resta un silence. Peut-être est-ce moi qui voit les choses de façon trop optimiste.
_ Mais ce que tu as à faire se présente bien ? demanda-t-elle.
_ Ce serait bien que tu aies fini et que tu reviennes pour le printemps prochain, dit-elle".
H. Murakami, Dansu, Dansu, Dansu.




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