lundi 28 janvier 2008

La révolution, oui, mais avec du sang alors.











Mars 2007,
Paris, France.
Petite leçon de bolchevisme en noir et blanc


Vous avez des amis photogéniques plus que d'autres ? plus que vous ? C'est pénible hein ? Bon bien sûr c'est très très pratique et franchement, à une époque où tout le monde s'énerve lorsqu'on braque un objectif sur lui ou elle, avoir un ou deux amis qui ne s'offusquent pas d'être pris en photo et qui, de surcroît, passent très bien sur les photos, c'est plutôt rare.

Seulement voilà, depuis un petit moment je me demandais si le caractère photogénique ne tenait pas non plus au don du photographe. Attention, je suis pas en train de dire que c'est toujours le génie du photographe qui fait tout. Je ne suis pas non plus en train de dire que je suis un bon photographe. Je me demande simplement si ce que nous appelons structurellement "être photogénique" ne serait pas en fait la résultante d'une somme de conditions purement conjoncturelles. Je m'explique. On peut "bien passer" sur les photos, comme on peut avoir un physique ingrat... mais finalement, est-ce que la réussite d'une photo auprès d'un public ne serait pas le résultat de cette équation très simple :

Photo appréciée = sujet mis en confiance + sujet intime + proximité de condition du sujet par rapport au public x sensibilité artistique dudit public ?

J'ai un ami coréen que nous surnommons "Le". "Le" passe bien sur les photos. C'en est presque décourageant... Le paradoxe absolu dans cet histoire, c'est que "Le" est d'un naturel plutôt réservé dans la vie quotidienne alors que devant l'objectif, il fixe toute l'attention du public. Je ne crois pas que cela tienne à un goût de la mise en scène ou à des qualités théâtrales propre à Le. Je ne pense pas non plus qu'il se métamorphose une fois qu'il sent un objectif pointé sur lui. En fait, je crois, d'une foi sincère, que le naturel, la réserve, sont des choses devenues tellement rares (nous qui sourions sur toutes les photos) qu'ils nous apparaissent plus percutant que de savantes mises en scène.
J'aime cette idée : celle qui veut que c'est dans l'effacement de soi en train de photographier, dans la capture d'image à l'arrachée que l'on réussit ses meilleurs portraits. J'aime à penser qu'un sujet n'est pas en confiance parce qu'on le fait parler ou oublier l'appareil, mais parce qu'il ne l'a tout simplement pas vu dès le départ. Les photos clandestines sont souvent ennivrantes : il s'en dégage un arrière goût de transgression, de culot, d'audace, de sans-gêne. Après tout, la censure et le travestissement de la réalité commencent avec l'autocensure que nous nous infligeons au nom de la morale, de la bienséance ou de nos scrupules humanistes. Mais pour qui croit que l'humanité est par essence imparfaite, qu'avons-nous à faire de ces scrupules ? Je préfère saisir la misère du monde sur mes rouleaux plutôt que d'en créer une de toute pièce qui s'ajoute à celle (réelle) du monde en donnant à voir mes photos de vacances.

Je crois que le portrait est une profession de foi : prendre en photo un être vivant doué d'une conscience et à qui l'on reconnaît une certaine dignité, c'est croire en l'homme, croire en ses capacités parce qu'on en connaît ses imperfections et ses limites. Je crois que le portrait est une dérobade, un vol à l'arraché de la réalité. Je crois qu'une photo réussie doit porter les marques du malaise de celui qui l'a prise, de sa compréhension de la situation, et de son irrepressible envie précipitée de dépasser ce mouvement d'hésitation. Voici 8 ans de cela, un vieux professeur de philo concluait son cours par ces mots "la vie, comme la révolution, ne souffre pas que l'on attende un filet de sûreté pour se lancer. Sauter, sans savoir ce qu'il y a dessous nos pied est un engagement. Ceux qui savent ou prétendent savoir, sont souvent des êtres dangereux". Alors la vie sans ses aspérités ? non. La photo sans tache, non. Photographier les trajectoires humaines sans noirceur ? non. Osons faire la révolution avec un objectif qui ne craigne pas les eclaboussures de sang.



Mais j'ai conscience que sans ces amis photogéniques, il est difficile de se lancer.
Merci DK, pour toutes ces fois où tu as accepté de te prêter à mes essais en photographie. Merci d'avoir joué le jeu et de m'avoir permis de prendre confiance en ma pratique du portrait. Merci d'avoir feint plus d'une fois l'indifférence lorsque je réglais l'exposition sous ton nez, lorsque je tentais de nouvelles choses en matière de cadrage ou de pellicules.

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Chuang Tzu and Hui Tzu were strolling along the dam of the Hao River when Chuang Tzu said, “See how the minnows [little fishes] come out and dart around where they please! That’s what fish really enjoy!”

Hui Tzu said, “ You’re not a fish – how do you know what fish enjoy?”


Chuang Tzu said, “You’re not I, so how do you know I don’t know what fish enjoy?”


Hui Tzu said, “ I’m not you, so I certainly don’t know what you know. On the other hand, you’re certainly not a fish – so that still proves you don’t know what fish enjoy!”


Chuang Tzu said, “Let’s go back to your original question, please. You asked me how I know what fish enjoy – so you already knew it when you asked the question. I know it by standing here beside the Hao.



1 commentaire:

Anonyme a dit…

je veux etre elegant!