vendredi 29 février 2008

Quand elle fait le grand écart, je craque.

Février 2008,
Granges Sur Vologne, Vosges, France
n°3 de la série Filthy glass

A présent, c'est clair, je le sais : les femmes aussi éprouvent du désir. Bon c'est un peu une révolution dans mon esprit prude et périmé d'un siècle, mais je dois me rendre à l'évidence, il n'y a pas que les hommes qui couchent pour des raisons physiologiques. Du coup, je me rends compte qu'il demeure, un certain nombre de problèmes à résoudre dans ma tête.

La première de ces questions qui me hante est : où est passé mon désir ? Voilà déjà pas mal de temps que je supplée, à des relations de chair et de sang, par de tendres absences et de chastes séquences de patience... Voilà déjà pas mal de temps que je me contente de rêver de femmes dont je croyais qu'elles m'attendraient à l'autre bout d'un océan ou d'un continent. Ne serait-il pas temps de s'inquiéter de mon manque de libido ? Ou alors est-ce que j'ai trop déréglé la chose à force de fréquentation visuelle des pages pornographiques de certains lieux ? J'ai toujours été relativement fier d'avoir atteint un certain degré d'indifférence à l'égard du rapport sexuel : initialement, cette démarche consistait à me mettre à l'épreuve pour cesser de dépendre de l'autre sexe. Il y avait aussi que je haïssais au plus profond de mon être, cet appel physiologique propre au sexe masculin qui passe dans le champ des représentations mentales comme une fatalité qui nous rabaisse au rang d'animaux (si si, souvenez-vous Mesdames, le discours "les hommes sont des obsédés, c'est dans leur nature" ça doit bien vous rappeler quelque chose). Pour remédier à cette défaillance de mon système corporel, j'ai pris sur moi très tôt dès l'adolescence, de démystifier la question du sexe et son ensorcelante attractivité. Il m'a fallu consulter pas mal de choses et souvent traverser des déserts de sentiments pour parvenir à ce que je suis aujourd'hui, mais le résultat eut l'heur de me plaire. Je ne suis pas blasé. Je ne suis pas dégoûté ni vacciné du sexe. Je suis juste parvenu à rendre vivable et même appréciable la prise de distance par rapport à cette impérieuse nécessité hormonale.

Bon, là où ça cloche, c'est que la volonté autonomiste qui m'animait procédait d'une croyance personnelle qui se révèle aujourd'hui erronée à mes yeux : si j'ai longtemps cherché à pouvoir me passer du sexe, c'est aussi que je pensais que les femmes l'avaient en horreur, en dégoût. Autrement dit, il s'agissait pour moi de me mettre à l'heure mentale féminine. Et puis je ne cache pas qu'il y avait une certaine joie maligne et anticonformiste à parvenir à me passer des femmes ou, du moins, à pouvoir résister à leurs numéros de charmes les plus basiques (c'est vrai, aujourd'hui, je ne me retourne pas sur une paire de seins). OR : avec la découverte du désir des femmes dans le domaine sexuel, cette démarche me place dans une position périlleuse. La situation est simple : j'ai fait tout ce chemin pour pouvoir me passer de mon désir et nouer des relations sans passer par le prisme hormonal déformant... et en fait, mes interlocutrices éprouvent elles aussi du désir (ce que je croyais inconcevable). Alors la vraie question, maintenant, c'est :

Que puis-je attendre des femmes ?

Ma position est périlleuse parce que je me passe désormais beaucoup plus aisément et spontanément de l'acte sexuel que certaines femmes. Je continue à songer qu'elles recherchent autre chose. Or c'est partiellement faux. Il faut donc que je parvienne à réinjecter un peu de désir dans mes rapports à la gent féminine, sans quoi, je vais perdre pied avec le réel.

Au fond, est-ce que je lui en veux ? Pas vraiment je crois. Bien sûr, une partie de jambe en l'air n'est jamais un simple exercice de gymnastique (dixit Flo) et il paraît difficile de ne pas accorder un semblant d'importance à l'affaire. Mais dans le fond, que je réagisse ainsi au quart de tour doit bien être une preuve que je l'ai dans la peau. Peut être même que j'éprouve pour elle (ce qui ne m'était pas arrivé depuis un moment je crois), un désir sexuel sincère. En tous les cas, quand elle fait le grand écart, je craque.

Peut être qu'il me faut juste trouver un équilibre personnel : savoir ce que j'attends du désir et l'importance que je lui accorde dans ma vision des femmes. Peut être qu'il faut commencer par cela avant de reprocher à certaines leur apparent libertinage. Tout est une question d'éthique, commençons donc par déterminer les limites de la mienne en la matière. De toute façon, Je suis convaincu par cette remarque de Kundera qui affirmait que "lorsqu'une femme ne vit pas suffisamment avec son corps, le corps finit par lui apparaître comme un ennemi". Je devrais m'occuper du mien aussi. Savoir ce que l'on attend et ce que l'on veut faire de soi, passe aussi par une claire idée de ce que l'on est prêt à faire faire et de ce dont à besoin notre organisme.


jeudi 28 février 2008

World transition, even next door.



En rentrant au foyer familial, je me suis aperçu que le décors changeait rapidement depuis ces dernières années. Il m'est presque impossible de reconnaître certains paysages qui ont pourtant bercé mon enfance. Des endroits pas particulièrement attrayants mais qui faisait partie des meubles et que j'avais pris l'habitude de considérer comme immuables. Une amie chilienne m'a récemment fait remarquer qu'il serait bon, à la veille d'un départ que je souhaite et perçois comme une nécessité de plus plus urgente pour mon équilibre mental, de résoudre certaines choses avant. Nous sous-estimons souvent l'importance des lieux que nous fréquentons, que nous traversons, parfois même que nous méprisons. Une fois encore la construction identitaire s'élabore aussi par rejet... Qu'arrive-t-il lorsque ce que nous détestons et qui nous fédérait ou nous permettait de détourner le regard des problèmes réels disparaît ?

Cette amie m'a dit deux choses que je retiens :

_ Au fond, peu importe la contrainte du décors sous laquelle on vit, ce qui importe, ce de choisir l'enfer qu l'on veut habiter. Aucun endroit de la planète ne saurait rester idéal dès lors que l'on y habite. la découverte et la connaissance d'un lieu sont toujours éphémères, et la nature humaine serait plutôt nomade. Mais le sédentarisme est une chose dont on s'accomode dès lors que l'on a choisit l'endroit pourri où l'on veut se fixer. L'âme humaine est très simple au fond.
_ "Tu vis à Paris, plus généralement, la France est ta vraie patrie. Mais tes gènes sont en éveil lorsque tu vas te promener du côté de l'Asie." Ne cherche pas à comprendre davantage pourquoi la Corée du Sud joue un rôle de repoussoir ou t'effraye : plus ou moins consciemment il y a une part de toi qui doit se dire quelque chose comme : l'endroit où je veux vivre ne peut être ni la France ni la Corée : choisir l'un ce serait le faire au détriment de l'autre. Ce serait renoncer à reconnaître symboliquement l'une des deux entités territoriales (l'une qui m'a donné la vie, l'autre qui me l'a apprise). Alors peut être qu'il n'est pas nécessaire de s'étonner du pourquoi de la Chine. un entre-deux commode, un moyen terme.

Avec quelques nuances, j'avoue que je partage quelque peu cette analyse. En tous les cas, une chose est sûre : en voyant disparaître ces ruines de mon enfance, j'ai eu un peu mal. Avec cela, je repense à toutes ces occasions que j'ai eu et aux destinations que je n'ai pas prises. Je me demande si j'aurai dû coucher avec ces femmes, si j'aurai dû prendre ces voies, si j'aurais dû m'installer en ces lieux.. C'est le sujet de ce texte en fait.

J'ignore la réponse. Même aujourd'hui, je ne sais toujours pas. Après toutes ces années, toutes ces expériences accumulées, il reste tant de chose que j'ignore. Simplement, depuis la fenêtre du train, je lève le regard vers ce qui semble être les fenêtres que je n'ai pas ouvertes. Mais même ces potentialités deviennent étonnamment floue avec le temps. Tant mieux peut être. Il y a des jours où n'importe quelle fenêtre de cet immeuble pourrait être la mienne, et d'autres fois, pas une seul n'y ressemble. Cet immeuble a bien trop de fenêtre de toutes façon.

lundi 25 février 2008

Ce qu'il faut, ce n'est pas imaginer qu'on tient un mandarine, mais plutôt oublier qu'il n'y en a pas....

Piers areas, Buenos Aires, Argentine
Happy together



Lorsque j'étais avec elle, j'arrivais vraiment à me relaxer. J'oubliais totalement le travail que je n'avais aucune envie de faire, les problèmes stupides qui de toute façon ne trouveraient jamais de solution, les idées insensées que professaient des gens insensés. Elle avait cette capacité, je ne sais pas pourquoi. Ce qu'elle disait n'avait pas un sens véritablement rofond. Il m'arrivait même de me contenter d'acquiescer de temps en temps en ne l'écoutant pratiquement pas. Mais je me sentais bien en lui prêtant ainsi distraitement l'oreille, comme quand on regarde des nuages filer à l'horizon d'un oeil distrait.

Moi aussi je lui parlais beaucoup. Je lui confiais honnêtement mes pensées, autant à propose de mes histoires personnelles que de théories générales. Peut être faisait-elle comme moi de temps en temps et se contentait-elle de hocher la tête sans vraiment écouter ? Même si c'était le cas, ça ne me dérangeait pas. Ce que je recherchais auprès d'elle, c'était une certaine sensation, pas de la compréhension ni de la sympathie.




有了快感你就喊

Juillet 2007,
Xining, Shoping Mall, Province du Qinghai, Chine
Stairway to Heaven

Le temps s'est ralenti dernièrement (sauf quand les tuiles et les doutes s'enchaînent). Je trouve qu'il fait plus froid. Je viens de terminer mon petit tour du propriétaire et je crois que finalement, l'investissement n'est pas rentable. Et puis de toute façon, pour autant que je puisse me rendre compte, l'actuelle propriétaire n'a pas l'air des masse emballée par l'idée de conclure la transaction. Tant pis. Avais-je vraiment besoin de cela ? Peut être. Cette fois, c'est décidé, je pars marcher 15 jours dans le Nord. Il n'y aura pas de passage par la case départ. Elle veut un ami, je cherche autre chose. Alors tant pis. Ca devient trop le bordel cette histoire. Je viens de me concocter un petit itinéraire qui devrait pas être désagréable :

_ Mon avion se pose le 20 avril au matin. Avec un peu de chance, je devrai pouvoir atteindre Niigata dans l'après-midi et trouver un coin où me poser. Le Japon de l'envers est fascinant paraît-il.
Je dispose d'une semaine et demi pour atteindre l'extrémité ouest de mon parcours : Kanazawa. Un peu plus de 200 km, soit 15 km par jour. Cela me semble plus que possible, sachant que si je veux profiter d'une ville, le train est une option possible. Normalement, avec une tente cela devrait suffire et mon duvet est assez chaud. je dois penser à établir mes étapes en fonctions des habitations sans quoi, il me faudra trimbaler des provisions.
_ Je compte m'arrêter dans la région de Nagano (au nord du Nagano-Ken). Il y a de splendides choses à voir, qui me sortiront un peu des décors urbains.
_ Enfin, Kanazawa sera mon Kyoto du Nord : les quartiers historiques sont, paraît-il magnifiques à voir et j'aurai sans doute besoin de nettoyer un peu mes affaires ainsi que d'un bon bain.
Tout ça ne me paraît pas trop difficile à accomplir. Je reproduis sans doute un itinéraire assez analogue à celui qu'emprunta Murkami lors de ses années d'études. Je dois penser à emporter deux bons bouquins et une lampe frontale : c'est la clef de la réussite. Je crois que c'est bon signe mais la lecture est redevenue une aventure en soi. Cette fois-ci, je veux découvrir le livre en même temps que les lieux. Pas de course au mouton sauvage dans les lointaines étendues d'Hokkaido, mais un petit roman : Tony Takitani et une nouvelle "Le souffle perdu de la jeunesse". Ce sont là les deux derniers de ses ouvrages que je n'ai pas encore lu. Ils sont sur un coin de mon bureau et la tentation de les lire dès maintenant est forte... mais je dois tenir bon.

La seule inconnue à cette équation du bonheur, c'est si la Chine se manifeste. Si Beijing ou Shanghai m'appelle, il me faudra peut être quitter l'archipel et rejoindre en quatrième vitesse le continent pour faire acte de présence. C'est une hypothèque sévère qui pèse sur mes vacances, mais, soyons honnêtes, j'espère de tout coeur que cela sera le cas. Certaines personnes aiment les vacances conceptuelles : le miennes seront paradoxales car le bonheur qu'elle peuvent me procurer vient de qu'il peut exister un facteur perturbateur les empêchant d'avoir lieu. Drôle non ? Moi je trouve ça rigolo. Quoi qu'il arrive, je sens qu'on va bien rire.

Il ne me reste plus qu'à lui annoncer que je ne viens pas. Il ne reste plus qu'à lui dire "venir me chercher à l'aéroport est inutile, je trace la route vers le Nord". Qu'aurais-je eu à attendre de toute façon, d'un séjour à ses côtés ? Mademoiselle travaille la moitié du temps et je n'ai guère envie de traîner à Tokyo en l'attendant. Il y a des choses que je souhaite voir, tant pis. 别了

samedi 23 février 2008

Femme-objet : ce que les hommes ont à perdre

Juillet 2007,
Changjiang, District de Fengjie, Chine
What's with the certain dissension ?
I put an abstention to the ascension into another dimension
that was never mentioned.



En discutant avec une amie, j'en suis venu à lui poser une question qui me turlupinait depuis pas mal de temps déjà. Cette question n'est nullement malveillante. Elle procède d'une véritable interrogation personnelle.


"Pourquoi n'entend-on jamais une femme admettre que sa relation a peut être échoué AUSSI du fait de SES erreurs ?"

il me semble avoir remarqué que les relations qui ont échouées sont, chez les femmes, des sources de rancoeur bien plus que des occasions d'apprendre une leçon. J'ai conscience que toutes les femmes (et il s'en faut de beaucoup bien sûr) ne sont certainement pas dans ce cas. Mais en fait, je m'étonne de la difficulté qu'il y a à entamer, avec une jeune femme, une discussion (même avec une très bonne amie) sur le caractère constructif ou instructif d'une relation passée qui aurait échouée. Autant avec des homologues masculin, le regret s'exprime sur le mode du "j'aurai pas dû... j'aurais dû plutôt... je n'ai pas assez .... j'en ai trop fait..", autant, même avec des amies sincère, il ne m'est arrivé que très très très rarement d'entendre des paroles de regret ou des formules suggérant que l'on a pris conscience de mauvais choix, d'erreurs personnelles.

Je ne veux pas dire avec ces lignes que les femmes ne se remettent jamais en question. En vérité, je pense qu'elles souffrent davantage des ruptures et qu'elles passent un temps beaucoup plus long et sincère de remise en cause d'elles-mêmes. Ce que je trouve singulier, c'est l'absence de discours dans la bouche des femmes sur ces remises en cause. Et je pense que pour certaines, cela correspond tout simplement et purement à une absence de remise en cause. Or je n'ignore pas qu'il peut y avoir à l'origine de cette situation, des données structurelles propres à la psychologie féminine (l'ego d'une femme se manifeste différemment de celui d'un homme). Il se peut également qu'un contexte culturel et le poids historique du statut de la femme attribué de manière pluriséculaires, pèse dans cette absence de discours.


Cette amie a eu le mérite et la franchise de me livrer une réponse honnête (qui n'est pas la vérité absolue, mais qui me semble être un bon début pour comprendre). Voici quels ont été les points de sa réponse :

_ Oui, il est vrai que "structurellement" les femmes parlent peu de leur échecs en termes constructifs. La psychologie féminine envisage difficilement l'échec en ce domaine autrement que sous l'angle de la remise en cause personnelle : un échec sentimental, c'est l'anéantissement d'une politique d'efforts et d'investissement affectif dont on se remet mal. En outre, une femme aura tendance à se voir rejeter non en tant que partenaire incompatible, mais en tant qu'être humainement imparfait : ce qui est perçu dans la rupture, c'est surtout le rejet de l'autre que la femme vit surtout comme une atteinte personnelle à ses propriétés physiques et morales : "je suis trop laide", "je suis trop grosse", etc. etc. Dans ces conditions, il y a bel et bien remise en cause et questionnement chez la femme, mais ce questionnement ne se prête pas au développement d'un discours constructif cherchant à analyser les causes de l'échec et à en tirer des leçons. En fait la signification immédiate même de la rupture (un rejet de la personne avec ses défauts) ne laisse qu'une alternative limitée en termes de regard à porter sur la relation qui vient d'échouer : "ou bien cette relation a échouée à cause de moi, ou bien elle a échoué à cause de lui". Dans cette logique, admettre que l'on peut avoir commis des erreurs, ou fait des mauvais choix, revient à admettre que l'on est laide et que l'on a donc été rejeté à raison. IL NE PEUT Y AVOIR DE DEMI-MESURE : on ne peut pas admettre que l'on porte une partie des faute, sans quoi l'on admet déjà que le rejet par l'autre est justifié et que, donc, l'on est effectivement trop grosse, trop laide etc.


_ D'autre part, il semble à cette amie que la psychologie féminine s'est construite en intégrant le statut et la fonction imposés aux femmes par les hommes : celle de victime. Notre culture et l'histoire nous ont toujours présenté la chose ainsi : "l'homme compose, la femme dispose" me rappelle alors cette amie. Dans ces conditions La mentalité féminine, même insurgée, même indépendante (financièrement et intellectuellement), même anticonformiste intègre nécessairement une propension à accepter facilement le discours rejetant la cause de l'échec sur les hommes. Ce n'est pas de la facilité mais tout simplement le fruit de plusieurs siècles de construction culturelle. Sans préjuger des motifs (louables ou inavouables) qui poussent certaines femmes à adopter l'option du "je me dédouane de la responsabilité que je tiens aussi dans l'échec de ma relation", on ne peut donc nier qu'il y a une pesanteur historique qui hypothèque chez la femme, la naissance d'un discours ré-explorant de manière constructive la relation passée.

"Tu vois, m'explique cette amie, si tu considères qu'une femme s'investit en moyenne 7 fois plus dans une relation que ne le font la majorité des hommes, pour peu qu'elle y fasse des efforts, qu'elle endure beaucoup sans pouvoir être acceptée pour elle-même... la rupture, l'échec de la relation signifie :
_ Qu'elle a fait tous ces efforts pour rien
_ Qu'on la rejette pour ce qu'elle est (et n'est pas)
C'est une pilule difficile à accepter (encore davantage si l'on intègre la douleur des sentiments), or le contexte culturel pluriséculaire lui offre la possibilité de se plaindre légitimement en rejetant la faute sur les hommes.
Dans ce cas, un discours ou même la démarche consistant à revenir sur les causes de l'échec et à en reconnaître une origine dans des choix que l'on aurait pu mal faire a peu de chance d'éclore chez la femme."

"Et dans le fond, ajoute-t-elle, je crois sincèrement que les hommes se remettent plus facilement d'un échec affectif que les femmes... Je ne dis pas qu'il y a quelque justice au refus des femmes d'assumer les causes de l'échec, mais il y a quand même un petit et juste retour des choses".

Je crois qu'il y a là quelques clefs pour comprendre mes échecs passés et futurs. Pour ma part, une seule chose est claire après avoir entendu cela : j'ai trop longtemps eu tendance à nouer des relations avec les femmes qui voulaient bien de moi. J'ai trop peu choisi. Aujourd'hui, il me semble que pour cesser d'être l'objet des autres et devenir un peu le sujet de ma destinée, il me faut porter un dévolu sur un être dont j'exige des choses, qui m'oppose une résistance, qui prenne aussi l'initiative. Je m'insurge contre le statut d'objet des femmes non pour des raisons morales : si certaines femmes acceptent de vivre ainsi et y trouve leur compte, c'est un choix de vie et tout est une question d'éthique, non de morale. Il faut juste être au clair avec ce que l'on attend de faire de sa vie. En ce qui me concerne, une femme-objet est ce que j'abhorre parce qu'il y a trop de facilité à mettre la clef sous la porte en permanence, à rejeter la faute sur les hommes, et à leur refuser un engagement ou, sinon la confiance, du moins, le bénéfice du doute. Une femme ne peut pas trouver grâce à mes yeux si son discours de "femme libérée" se trouve contradit par son absence d'investissement, d'engagement, d'initiative.

Non messieurs, une femme-objet n'est pas souhaitable, ni à notre avantage. L'humanité s'enorgueillit d'être diverse, mais de quoi nous sert cette diversité si nous n'entretenons qu'un dialogue de sourd ? Non messieurs une femme objet n'est pas une partenaire digne de ce nom et vous avez peu à gagner, peu à attendre d'une femme à qui vous ne faites pas, dans votre considération, autant de place que vous aimeriez qu'elle occupe dans votre vie... Peu à gagner et beaucoup à perdre.

jeudi 21 février 2008

Quand le maître en est réduit à boire l'eau du kimchi...

Août 2007,
Chengdu, Province du Sichuan, Chine
Quand vous éteignez le poste, nous nous mettons à parler dans votre dos





Qu'est-ce qui cloche avec l'esprit humain dès qu'on lui parle d'irréversible ? Qui n'a jamais perdu les pédales et fait volte face, pris de panique, en comprenant que la voie prise signifie l'abandon des autres possibilités. La liberté de choix et le libre arbitre occasionnent une singulière dialectique sur ce terreau torturé qu'est l'esprit humain. Le schéma est simple :

_ nous voulons un champ des possibles vaste, nous voulons la liberté de choisir parmi ces possibilités.

_ Mais trop de choix entraîne structurellement la mort de la liberté : devant l'inflation, le libre arbitre perd les pédales, se voit dans toute son inutilité. pour peu qu'une once de raison s'empare de notre esprit et nous songeons : "Tous ces choix ne me servent de rien : à quoi bon un éventail infini de possibilités si je ne sais que choisir".

_ Il ne reste qu'à maudire ce no man's land de liberté dans lequel nous nous sommes emprisonné nous-mêmes, et à choisir une voie que nous avions déjà prévu de prendre... voie qui, dans le meilleur des cas, s'avère être le résultat d'une réflexion raisonnable et tend à s'orienter vers un bien... mais qui bien plus souvent, n'est qu'un choix par défaut.

Notre attitude face aux choix de la vie est celle d'un enfant qui a déjà le cadeau qu'il veut, mais en réclame d'autres pour feindre la noblesse du choix, donner à voir son pouvoir de décision, exhiber sa chance, se vanter du caractère abondant de son existence.
Nous sommes en quête d'absolu, mais nous oublions trop souvent que l'âme et le coeur humains n'ont jamais été programmés ni conçus pour tenir et faire face à la liberté.
Dans ces conditions, la liberté est-elle autre chose qu'une aliénation ? Faut-il aller chercher si loin des solutions capilotractées, des remèdes exotiques ou des festins d'occasions pour se sentir vivre ?
Nous oublions trop souvent que nos choix sont déjà fait lorsque se pose le problème. Nous feignons d'ignorer combien il est vain de réclamer encore et encore des possibilités alors que nous n'ignorons rien du problème réel : nous ne savons pas ce que nous voulons, nous ne pouvons, partant, point savoir ce qui est le mieux pour nous.

Non, Monsieur Sartre avait raison. Nous n'avons jamais été aussi libre que sous l'Occupation. La liberté ne s'exerce pas lorsque règne la sécurité et le choix. Elle est à embrasser dans les choix difficiles et restreints de la contrainte. C'est précisément lorsque toute solution satisfaisante a vraiment disparu et qu'il ne reste que les options méprisées sur la table que le choix se fait. C'est lorsque les contraintes nous forcent à garder la tête froide. Face à l'immensité du champ des possibles agréables, nous ne sommes pas libres, car le labyrinthe finit toujours par déboucher sur ce que nous voulions. Le vrai choix n'est pas lorsque nous tergiversons sur les moyens à prendre pour se rendre à un but dont nous savons que nous l'atteindrons à coup sûr. Le vrai choix c'est lorsque l'issue n'est pas connue, lorsque rien n'est gagné d'avance et que la destination finale demeure dans l'ombre. Pourquoi ? Tout simplement parce qu'une telle situation fait appel à une décision qui requiert de savoir où l'on veut aller, autrement dit, savoir ce que l'on est, ce que l'on vaut, ce que l'on veut.

La liberté ne s'exerce pas lorsque nous pinaillons sur les moyens d'envoyer la fusée sur Mars. La liberté commence lorsque nous nous demandons s'il ne serait pas mieux pour nous d'aller sur Vénus, peu importe les moyens.
S'affranchir ne signifie pas lâcher le réel pour un idéal fou, mais chercher à connaître ses propres limites, ses propres capacités, ses désirs et ses ambitions.

Lorsque je regarde dans le rétroviseur, je vois les courbes laissées dans mon sillage qui dessinent des trajectoires improbables, souvent brisées et absurdes dans leur cheminement. je vois des écarts qui semblaient perdus d'avance et bien peu d'empreintes de pas sur la terre des sentiers battus. Je ne crois pas avoir tant cherché à faire l'original ces quelques années de mon existence. Je ne pense pas qu'il y ait quelque raison de me reprocher ce manque de logique apparent, pas plus qu'il n'y a de raison pour moi d'en tirer une quelconque vanité. Comme nous tous, j'erre, mais je sais que ces errements apparents obéissaient tous, à un moment précis de mon histoire, à une logique bien réelle. Je sais que ces itinéraires poursuivaient des destinations folles mais que je ne suis pas fou. Non monsieur Randolph Hearst, il n'est pas vrai que ce qui sépare le génie de la folie se mesure à l'aune du succès. A moi il me suffit de savoir que chacune de ses péripéties correspondait à ce que je voulait faire pour aller vers un but que je considérais alors comme le mieux pour moi. Il me suffit de savoir ce que j'en retire, ce que j'ai appris de mes capacités, ce que j'ai découvert que j'aimais.

Je ne sais pas si je suis libre, mais j'aime créer les conditions de ma liberté. J'aime à penser qu'un chemin balisé est trop fade pour être suivi et qu'il vaut mieux faire la route de nuit. Je ne suis souvent pas à la hauteur, mais je crois que je déteste les décisions confortables. "Ne viens pas te plaindre après de tes déroutes, mon ami" me disent les gens de mon entourage. C'est vrai, je ne peux pas et ne devrait pas me plaindre.

Ce soir, c'est encore une situation abyssale au dessus de laquelle je me débats comme un imbécile. Je l'ai cherchée mais j'ai tellement appris... Ce soir, je sais qu'aimer quelqu'un, savoir que cette personne a des qualités, connaître ses défauts est une chose mais que tout ceci n'implique pas (et il s'en faut de beaucoup) la viabilité d'une relation avec cette personne. L'irréversible me terrasse de peur une fois de plus. Car le voilà le drame humain classique : celui des trajectoires brisées, des renoncements. Ce qui nous navre, c'est cet éternel décalage qu'il y a entre le champ des possibles que nous inspire quelqu'un et la dure réalité de la relation concrète avec lui ou elle. Voilà pourquoi je n'ai jamais renoncé aux relations difficiles : il me semble que le champ des possibles avec quelqu'un est inversement proportionnel au bonheur que cette personne nous apporte dans la réalité.
Pour le Pérou, j'avais trop restreint le champ des possibles... cette fois, il y avait sans doute beaucoup trop de possibilités. La prochaine sera la bonne, sinon la suivante. Allons, point de chagrin, où est le drame d'un échec si l'on comprend ce qui a posé problème ? Où est le drame d'un échec si l'on a veillé à ne pas y laissé trop de plumes ? où est le drame d'un échec lorsque on n'a pas 15 ans de vie commune à sauver ?


La vie est merveilleuse


Beaucoup de gens, peu d'idées, et comment faire pour nous différencier les uns des autres ?

Juillet 2007,
haut Changjiang, District de Chongqing, Chine.
Somewhere, over the rainbow


Bon, dossiers en stand by. Tout le monde sur les starting block. Il reste 42 jours avant la deadline maxi des établissements de Chine. Encore un peu de patience... Il me semble que la monotonie des existences est finalement le pire poison. Le rouge n'a jamais été la couleur de l'Enfer : l'homme s'accommode trop bien et trop rapidement de tous les excès. Ce qu'il ne tolère pas, c'est la grisaille uniforme de la quotidianité.
Avais-je en tête de conjurer cette crainte de l'ennui en jetant mon dévolu sur la photo en noir et blanc ? Peut-être pas au début. Mais aujourd'hui, ce choix est assumé. Il faut pas mal de volonté pour se dire qu'on peut voir dans le gris, les nuances de la vie. Il faut beaucoup de culot pour prétendre enserrer les palpitations du coeur et la cohorte des sentiments et idées dans un système chromatique fondée sur la dualité et la dichotomie. Mais je crois en ce que l'auteur de l'Ethique nous dit : il n'y a pas d'insulte commise à l'endroit de l'humain en affirmant le caractère restreint des états âmes. Nous ne sommes que de pauvres gangues de chair et de sang à nous débattre depuis toujours dans les mêmes difficultés que posent un panel finalement restreint de passions : la joie, la tristesse, l'amour, la haine...

Je shoote en noir et blanc parce qu'il me semble que voir d'un oeil ennuyé la réalité, c'est se ménager la possibilité d'une surprise qui ne peut être que positive.

Je shoote en noir et blanc parce que le prix des loyers dans la maison de l'ennui n'est pas si élevé et qu'il fait bon avoir quelque familiarité avec ses ennemis.

Je shoote en noir et blanc parce que l'Histoire bégaie et qu'il est faux de vouloir dissimuler la fixité des choses derrière le masque coloré des changements factices. C'est lorsque les nuances de gris apparaissent en plein jour, lorsque deux valeurs donnent à voir un mouvement, lorsque la racine même de la lumière se meut, que l'on peut comprendre où réside la vraie vie.

Parvenir à voir en noir et blanc n'est pas le début de la dépression. C'est l'achèvement d'un processus de réduction qui amène à une épure salutaire. Se poser les bonnes questions, cerner le noeud du problème, détecter où se trouve la zone d'ombre... même combat...


mardi 19 février 2008

别了 Monsieur Castro

Août 2007,
Hameau lacustre de Heimahe, Province du Qinghai, Chine,
prisme




Veni tarde a la idea que la injusticía social o la misería del mundo sea un mal que podíamos mejorar. Pasé un montón de tiempo estudiando la figura de hombres revolucionarios, acontecimientos historicos. Pero siempre fue un saber de libro... Hoy, el diez y nueve de febrero dos mil ocho, el lider de Cuba tomó la dicisión de retirarse, acabando un regimen personal y carismatico de quasi un siglo.

Avec Castro qui s'en va, c'est un nouveau coup dur pour moi : lorsque les avions s'écrasèrent sur les tours de Manhattan, le 11 septembre, je n'ai rien ressenti. Pas de peine, pas d'émotion, pas de tristesse. Lorsque Jean Paul II s'est éteint après plusieurs décennies de mandat pontifical, je n'ai pas non plus senti souffler le vent épique de l'histoire sur ma nuque. Quand j'étais gamin, je pensais que ce genre d'événements devait être formidable à vivre, qu'on se souviendrait toute sa vie de ce qu'on faisait à ce moment là...Aujourd'hui, Fidel Castro s'en va et je sirote un café d'une machine infâme sur le perron d'un collège de Seine et Marne... De frémissement, de frisson... point.

Un vieux professeur de lycée nous avait raconté que lorsque tomba Diên Biên Phû, il était au cinéma et que l'ouvreur interrompit la séance de projection pour annoncer que Geneviève de Galard et ses protégés étaient entre les mains du Vietminh. Il racontait cela avec une intensité telle que j'ai alors cru qu'il devait y avoir quelque chose de magique à côtoyer les Grands, à vivre l'histoire et à la sentir se construire.

Aujourd'hui, c'est moi qui enseigne l'histoire. Aujourd'hui c'est moi qui ai repris le masque de l'imposteur et j'enseigne en feignant de frémir, des événements que je n'ai pas vécu avec l'intensité que je prétends avoir ressenti... Aujourd'hui je sais, devenu un peu plus vieux, que le souffle épique de Clio ne déferle pas en masse lorsque s'abat un Mur à Berlin ou qu'un homme quitte la présidence des Etats-Unis pour cause de haute trahison. Aujourd'hui je sais que ces événements se produisent lorsque nous rentrons du travail, la tête vide, les épaules fatiguées, l'envie de se coller devant un feuilleton stupide ou de reprendre le livre que nous lisions. Aujourd'hui je sais qu'il faut beaucoup de volonté et de force pour lutter contre cette inertie qui nous pousse à aimer les histoires mais à refuser d'en faire partie.

Aujourd'hui je sais que beaucoup de l'émotion que nous avons en nous remémorant un événement tient à l'intensité non du souvenir ni du fait, mais au degré de regret ou de remord que nous éprouvons de n'avoir justement pas su mesurer l'ampleur de l'événement au moment où nous l'avons vécu...

Aujourd'hui, je sais que le monde aime toujours écouter les histoires, raconter ces dernières, mais qu'il y a toujours plus de spectateurs que de gens courageux pour s'agiter sur la scène et nous divertir. The historical show must go on....

Parfois je me demande si la reconnaissance sociale et le prestige d'un homme ne tient pas en fait à une chose toute simple : aujourd'hui, nous disons au revoir à Monsieur Castro... Mais saluons-nous vraiment sa politique sociale, ses accomplissements ? Qui ne découvre pas la réalité de sa vie et de son oeuvre seulement maintenant ? Qui a réellement mesuré ce qu'il a commis comme atrocité et accompli comme oeuvre dans son île ?

Moi en tous les cas, je n'ai pas peur d'avouer que j'en découvre la vie seulement maintenant. Et je me dis, que, comme moi, pas mal de gens qui prétendaient en savoir beaucoup sur Cuba ne s'intéressent vraiment à la question que maintenant... alors à quoi rendons-nous hommage finalement ? Je me demande si, dans le fond, nous ne remercions pas un homme, comme Nerhu, comme Ghandi, comme Mao, d'avoir su sortir des rangs pour faire l'histoire... pour écrire cette Histoire qui nous divertit...

Nous les remercions car dans le fond, nous ne bougeons point beaucoup... car dans le fond il faut bien que certains acceptent d'endosser une étiquette de tyran, de dictateur, d'homme providentiel ou de héros, au risque de ne pas plaire à beaucoup, et ce pour que nous ayions l'illusion de ne pas vivre une période de l'histoire creuse.... Nous les remercions d'avoir su nous divertir et d'avoir donné un sens, non à notre vie, mais à la période où nous étions vivant. L'identité se construit à partir des autres...

Parfois je me demande si la reconnaissance sociale envers un Grand homme, n'est pas celle, trop humaine, que nous témoignons à un acteur qui a su donner un sens à une soirée de notre existence au théâtre... Reconnaissance qui est aussi appropriation de la performance à laquelle nous n'en comprenons mais... Voraces, opportunistes, immobilistes... oui monsieur Marx avait raison, à une nuance près... oui nous sommes bien les enfants ingrats d'un siècle fait par QUELQUES hommes qui trop rapidement malheureusement, souhaitons faire de ce siècle le nôtre, en oubliant quelle inaction nous y avons mené...

Voilà quelques année, j'ai bien failli tout plaquer : la photo, l'attirance pour le journalisme, ma curiosité pour le monde et l'histoire. Je ne souffrais pas que l'on pût être historien sans être sensible au vent du changement. Je ne comprenais pas comment l'Histoire m'avait laissé insensible alors qu'elle se déroulait sous mes yeux à un âge où je pouvais la comprendre... Je comprends, aujourd'hui, beaucoup plus tard, que l'histoire ne se construit pas, mais que les faits historiques ont une intensité parce que nous y rajoutons nos émotions. Je comprends qu'un fait historique ne fait pas vibrer en soi, mais qu'il prend son intensité dans le monde mental des symboles inventés par l'espèce humaine. Je comprends aujourd'hui qu'il faut en fait toute la savante élaboration d'un système de pensée, et le travail de contextualisation de l'historien pour qu'un fait prenne son ampleur et que ce n'est que dans le cours de notre récit que l'histoire nous fait vibrer. Je comprends qu'il faut attendre beaucoup des conteurs mais peu de l'histoire elle-même.

Je vais rechausser mes appareils et reprendre mon parcours. Il reste beaucoup à voir et mon histoire vaut celle des autres. C'est elle qui me fait vibrer, c'est elle qui me restera. Alors tant pis si Monsieur Castro se retire sans que j'en éprouve une sensation transcendante. Je préfère être honnête plutôt que de défaillir en feignant le malaise. Navré Monsieur Castro, mais votre geste historique est tombé à plat pour moi. Il prendra sa force quand j'aurai le discours dans lequel l'insérer. Sacrés foutus hypocrites et morfales que nous sommes ! En attendant, c'est la seule façon que j'ai trouvé pour vivre... c'est aussi la seule qu'on nous enseigne. Je n'ai pas les épaules de celui qui monte sur la scène, alors je me contente de la photographier. Comprendre le programme de ce siècle et savoir qu'on est un lâche ou un attentiste, c'est déjà quelque chose, non ?

Dans "interminable", il y a "minable"

Juillet 2007,
Qinghai hu, Province du Qinghai, Chine
车上 ! The yurt waits for no one

I'm back ! Le trajet a été rude, mais comme dit mon père, "la vie c'est comme à la piscine... Si t'es pas capable de toucher le fond et de remonter, t'es rien". Cette fois je me suis pas attardé trop : une petite descente vite fait et retour à la surface. Il fait bon respirer à la surface... Il doit y avoir que je vieillis... Je vais pas me laisser abattre pour si peu, marre de la complaisance et des projets avortés et des faux espoirs qui s'éternisent.

Depuis hier soir, mes rouleaux chauffent de nouveau : j'embarque Jill avec moi et de quoi la faire tourner en bourrique pendant quinze jours.. une nouvelle fois sur l'archipel. Bon cette fois, retour aux sources et personne dans la caboche pour perturber ma progression. Il fera beau, j'ai une tente qui sèche dans le fond de ma cour. On va bien rire. Façade de l'Envers cette fois, histoire de faire moins de train et un peu plus de cavale. Je vais prendre mon temps pour shooter. Finalement c'est comme ça que je m'en sors le mieux ! S'il me reste du temps, je ferai le Sud, mais rien n'est sûr et je déteste toujours autant le poisson.

Allons, en voiture enfants de yam, le yurt n'attend personne !



"_ Pourquoi es-tu si bronzé ? me demanda Midori.
_ Je suis bronzé prce que j'ai voyagé à pied pendant quinze jours. Un peu partout. Avec un sac à dos et un sac de couchage.
_ Où es-tu allé ?
_ Je suis parti de Kanazawa, et j'ai fait le tour de la presqu'île de Noto avant d'aller à Niigata.
_ Seul ?
_ Bien sûr, même s'il m'est arrivé parfois de croiser des compagnons de route.
_ Est-ce qu'il ne se créé pas des idylles, quand on rencontre soudain une fille au cours d'un voyage ?
_ Des idylles ? répétais-je, surpris. Eh bien, je crois vraiment qu'il existe un malentendu. Comment veux-tu que quelqu'un qui voyage à pied avec son sac de couchage, mal rasé, puisse avoir une idylle ?
_ Tu voyages toujours ainsi, seul ?
_ Oui.
_ Tu aimes la solitude ? me demanda-t-elle, le menton dans les mains. Tu aimes voyager seul, manger seul, et t'asseoir seul, à l'écart des autres, pendant les cours ?
_ Personne n'aime la solitude, tu sais. Seulement je ne fais pas d'efforts pour me faire des amis. On est déçu, de toute façon..."



lundi 18 février 2008

ダンス・ダンス・ダンス

Juillet 2007,
Chengdu, Province du Sichuan, Chine
"Pour les amis, c 'est un cliché culinaire, pour moi, c'est l'ampleur du désastre."




Les projets sont deux types : il y a ceux qui sont synonymes d'espoir et qui sont l'essence même de notre survie, et puis les autres : ceux qui ne sont qu'une danse pour surtout ne rien changer.

Florence



Le compte à rebours est engagé : dans 43 jours exactement, je saurai si les Jeux Olympiques seront en bas de chez moi... Dans 43 jours exactement, je saurai si mon rêve se réalisera dès cet été... Dans 43 jours exactement, je saurai si je pars pour toujours vivre en Chine.

Mais en cette période de bouleversement, un doute s'immisce ? Pourquoi avoir toujours cherché plus loin ? Que cherchè-je ? Mon projet n'est-il qu'une lubie de plus ? Je ne crois pas. Je crois en ce que je poursuis, je m'en donne les moyens, j'en assume la longue patience avec des hauts et des bas, sans entraîner dans ma chute ceux qui me sont proches. Je veux encore me brûler les lèvres dans ces auges de l'enfer que sont les fondues sichuanaises. Je veux encore arpenter l'Empire du Milieu et ses monts dévastés. Je veux encore voir et côtoyer le changement, l'inhumain, ces paysages manufacturés que l'on trouve de l'autre côté de l'Oural. Je veux. Je veux être là lorsque le monde tremblera. Puissè-je finir en expirant les mots émerveillés du colonel Kurtz, au coeur des Ténèbres : "l'horreur... l'horreur".

Merci Flo pour ton précieux aphorisme. Merci d'avoir suivi de près les difficultés , dès le début. Merci pour l'oreille attentive et les conseils prodigués avec soin même avec un taux élevé d'alcool dans le sang. Merci à toi et LE d'avoir cru aux amants du spoutnik et d'avoir su m'appuyer lorsque le mur est tombé. J'aurai préféré avoir d'autres événements à raconter, mais l'aventure de la vie ne suit pas un cours linéaire et prévisible et bien souvent, la vie est ce qui arrive quand on a prévu autre chose. Merci pour la simplicité d'un service après-vente et d'un suivi du moral qui n'a rien à envier à celui que me prodiguèrent le couple Moïse et Estelle après ma déroute sur le nouveau monde. Merci de m'avoir permis de garder les pieds sur terre, la tête froide et la raison de ce côté-ci du monde.

samedi 16 février 2008

Non, la vie ne fait pas semblant.

Juillet 2007,
Bord du Qinghai Hu, province du Qinghai, Chine
"No te reniegas : eres humano. Perteneces a un lugar : y si no es aqui, es alli.
No tener bandera es una impostura. Soy libra porque
soy justamente de aquí".

J'ai encore échoué. En beauté. Mais bon c'est toujours en se mangeant des gadins qu'on arrive à progresser. Je n'ai jamais été doué pour comprendre ce qui m'arrivait ni prévoir les problèmes qui allaient me tomber sur la tête... Mais aujourd'hui, je crois comprendre un peu ce qui se passe. Quelqu'un a eu peur (je n'hésiterai pas à parler de lâcheté). Point de solution, donc pas d'espoir, rien qui vaille la peine d'essayer et les planches des tréteaux sont restées à l'abandon dans le fond de l'atelier. Encore un des innombrables projets que j'aurais voulu porter à maturité et dans lequel je m'étais lancé, qui se trouve relégué au magasin des entreprises qui ont échoué. La responsabilité est connue, celle qui l'a eu dans cet échec ne connaît pas encore le prix de la vie, le poids de mots. Cette personne croit encore en la délicieuse et illusoire imposture qu'il y a à refuser l'engagement au nom d'une liberté (ce qui n'est autre qu'une façon très fallacieuse de demander l'autorisation de rester soi-même, immobile, en refusant le changement et l'adaptation... en refusant la lutte pour une cause). On peut convoiter et réclamer du temps libre : mais la liberté n'est qu'un mot creux. Le temps libre ne vaut que si nous en faisons quelque chose. Réclamer la liberté, c'est juste demander à pouvoir s'engager plus dans une entreprise ou une relation, ce qui est déjà en soi une forme d'aliénation.

Dans la vie, il y a ceux qui apprennent de leurs échecs et puis ceux qui ne veulent pas, ne peuvent pas ou sont juste trop paresseux pour le faire. Je suppose qu'il faut être un peu masochiste pour pouvoir apprendre de ses échecs, car la volonté de s'améliorer soi-même et le fait même de vouloir changer va de pair avec une logique de l'effort (dans la souffrance se trouve la rédemption) qui est absente de l'épicurisme de bas étage (qu'Epicure me pardonne cet emploi facile de sa pensée pour désigner ce qui est simplement un comportement lâche face aux responsabilités et à la vie). Il n'en reste pas moins vrai que la vie s'apprend ainsi. Mais là où certains refusent constamment de s'investir en se cachant derrière le masque noble de la liberté et des sentiments éthérés, je préfère le camp de ceux qui ont choisi de se construire, de construire quelque chose. Nous ne laisserons rien après notre mort, mais se construire soi-même pour ne pas rester toute sa vie un chantier bordélique me paraît important. J'en ai marre des romantiques et des ados attardés qui prétendent que structure rime avec dictature et que mettre un peu d'ordre dans ses pensées et sa vie est signe d'enlisement. Se construire, ce n'est pas se compromettre. On n'apprend rien de la vie en la traversant comme une touriste. On ne connaît pas le prix de la vie en restant superficiel. A quoi bon voyager si le voyage est une fuite en avant ? A quoi bon prétendre s'intéresser au monde, à la politique, à la misère du genre humain si l'on ignore ce que sont le tact, la diplomatie, le respect envers ses proches, l'humanité ? C'est en commençant par ne pas blesser que l'on pose sa première pierre à l'édifice humanitaire. Que sert de fuir en avant vers une dévotion pour les enfants et miséreux du Continent Noir si à côté de cela, on ignore le poids des sentiments, le sens du mot "engagement" ?

Non, la vie ne fait pas semblant. Et la vie est trop courte pour que nous gâchions plus qu'il n'est nécessaire les rares instants où l'on peut donner la preuve que l'on sait son prix. Notre existence est trop brève pour que l'on puisse prendre à la légère les quelques moments où l'on peut montrer que l'on est, sinon un être humain, du moins mieux qu'un lâche.

Le drame de cette énième tentative qui avorte n'est pas l'histoire en soi : les archives du monde sont pleines d'anecdotes qui eurent leur intensité désormais oublié et je ne vois pas pourquoi celle-ci devrait submerger du lot sous le prétexte qu'elle est la mienne. Le drame c'est qu'il y aura toujours des gens qui refusent d'apprendre le prix de la vie et qui passeront pour des héros parce que leur alibi pour ignorer les responsabilités aura été : je suis un combattant de la liberté. Le drame c'est que l'une de ces personnes, se trouvait faire partie de ce projet.



Tombe le masque de la liberté,
et apparaît l'immobilisme facile.


爱情是一道伤口。
当这道治好了的
时候爱情不见了


jeudi 14 février 2008

Mes nouilles, Sandrine, ça va faire trois plombes

Août 2007,
Marché de Xining, province du Qinghai, Chine


Nos scrupules d'Occidentaux s'accommodent mal de la passion visuelle, sensorielle, intellectuelle et pratique que l'Asie a développée à l'égard de la nourriture et de sa consommation. Il n'y a pas là seulement une affaire de code de politesse qui divergent. Lorsque le sinisant néophyte entreprend son apprentissage, il ne tarde pas à découvrir que les nuances verbales pour décrire les différents types et degrés de cuisson d'un ingrédient sont aussi vitale et importantes que des verbes comme "être" ou "faire".

Dans ces conditions, il est non seulement plaisant, mais encore, instructif de photographier le rituel de la table, la préparation des aliments, leur consommation, les réactions qu'ils suscitent.

Message en cours de construction.

mardi 12 février 2008

You can pick your friends and you can pick your nose, but you cannot pick your friends' nose

Juillet 2007,
Warehouses on ferries terminal, Chongqing district, Chine


Voilà, encore une fois j'ai laissé mes vieilles habitudes reprendre le dessus... j'aurai du faire attention et ne pas laisser le démon de la toile me saisir. J'y ai perdu en candeur aussi. Mais l'heure des comptes n'est pas encore venue. En fait, je crois qu'il est possible de redresser la barre et redevenir naturel. Il me suffit de cesser d'y placer un enjeux terrible. Après tout, il y a des priorités urgentes qui s'imposent dans le fil des jours prochains.

**************************************************************************************

"C'est à cela que ressemble l'instant où naît l'amour : la femme ne résiste pas à la voix qui appelle son âme épouvantée ; l'homme ne résiste pas à femme dont l'âme devient attentive à sa voix. L'homme n'est jamais en sécurité devant le piège de l'amour et la femme ne peut que trembler pour lui à chaque heure, à chaque minute.
Quelle arme peut-elle avoir ? Rien que sa fidélité. Sa fidélité qu'elle lui a offerte dès le début, dès le premier jour, comme si elle avait su tout de suite qu'elle n'avait rien d'autre à lui donner. Leur amour est une architecture étrangement asymétrique : il repose sur la certitude absolue de sa fidélité à elle, femme comme un palais gigantesque sur une seule colonne".

Milan Kundera, Nesnesitelná Lehsost Bytí


"_ Ca ne te paraît pas fabuleux ? m'avait demandé Sumire. Debout au sommet d'une montagne, contempler chaque jour un panorama à 360 degrés pour guetter l'apparition d'un feu de forêt ? C'est sa seule obligation. Il peut consacrer le reste de son temps à lire des livres qu'il aime et à écrire des romans. La nuit, un gros ours poilu vient rôder autour de sa cabane.... Voilà le genre de vie qui me plairait. A côté, étudier ou travailler a l'amertume d'un concombre pas mûr.
_ Le problème, c'est qu'il faut redescendre un jour ou l'autre de la montagne, avais-je répondu.
Mais comme d'habitude, cette réflexion banale et terre à terre avait laissé Sumire de marbre."
Haruki Murakami, Supûtiniku no koibito






Août 2007,
Ruelle de Kangding, Dardo, Province du Sichuan, Chine,

dimanche 10 février 2008

Hawks and doves

Juillet 2007,
Niaodao, province du Qinghai, Chine,
"Improbable façon d'en finir avec le Pérou..."



Voilà quelque temps déjà qu'il était prévu, arrêté, que je fasse ma sortie dominicale pour aller prendre en photo l'incontournable défilé du Nouvel An chinois de Paris. Mais cette envie, honnêtement, s'était transformée en une sorte d'obligation morale. Je ne vois pas d'autre explication au fait que la perspective de prendre quelques photos par un temps superbe ne m'enthousiasmait plus. En fait j'ai passé une super journée, mais de photo, aucune. Bien sûr, j'ai pris quelques clichés mais ce n'est vraiment que pour dire "j'y étais...".

Je crois qu'il faut vraiment que je cesse de planifier à l'excès, que je cesse de me projeter dans l'avenir. Ce qui est attendu devient rapidement une nécessité pesante... Certes, il est difficile, même périlleux pour l'équilibre mental de jouer les acrobates en se laissant porter par le fil des événements, mais je crois que c'est quelque chose dont j'ai profondément besoin.

Mes photos sont comme ma vie : les plus satisfaisantes sont celles où le cours des choses s'est imposé avec une violente surprise. Paradoxalement, un événement est d'autant plus important et chargé de signification qu'il dépend d'un plus grand nombre de hasards. Seul le hasard peut nous apparaître comme un message. Ce qui arrive par nécessité, ce qui est attendu et se répète quotidiennement n'est qu'une chose muette. Seul le hasard est parlant. on tente d'y lire comme les gitanes lisent au fond d'une tasse dans les figures qu'a dessiné le marc de café. Le hasard a ses sortilèges, pas la nécessité. Pour qu'une photo, qu'un moment, qu'un amour soient inoubliables, il faut que les hasards s'y rejoignent dès le premier instant.


Juillet 2007,
Xining, province du Qinghai, Chine,
Bah ? Et l'enfant unique alors ??

mercredi 6 février 2008

The problem is not the topic of identity, but how do we feel about our identity

Février 2006 (Nouvel An Chinois)
巴黎,第十三区, France.
龙的舞步



Février 2006 (Nouvel An Chinois)
巴黎,第十三区, France.
Exodus' face

给我大典话来吧。。。

Mai 2006,
Quartier des Halles, Paris, France.
Diamonds are a girl's best friend

Mari regarde l'étui. "C'est un trombone ?
_ Oui. Dis donc, tu as l'oeil, remarque-t-il, un peu étonné.
_ Je sais quand même reconnaître la forme d'un trombone.
_ Tu sais, il y a pas mal de fille qui ne savent même pas que ça existe, un trombone. C'est comme ça. Ni Mick Jagger ni Eric Clapton ne sont devenus des stars avec un trombone. Est-ce que Jimmy Hendrix ou Pete Townshend ont brûlé ou cassé des trombones sur une scène ? Non bien sûr, c'étaient toujours des guitars électriques. Avec un trombone, ç'aurait été ridicule.
_ Alors, pourquoi tu as choisi le trombone ?"
Le garçon verse un peu de crème dans le café qui vient de lui être servi. Boit une gorgée.
"Au collège, j'ai acheté par hasard un vinyle de jazz, Blues-ette, chez un disquaire d'occasion. Un très très vieux disque. Pourquoi je l'ai acheté ? Je ne m'en souviens plus. Parce que je n'avais jamais écouté de jazz avant, peut-être. En tous cas, le premier titre de la face A s'appelle "Five Spot After Dark" et c'est puissant. Au trombone, il y a Curtis Fuller. La première fois que je l'ai écouté, j'en ai presque pleuré. Je me suis dit : "ça, c'est MON instrument"

La capacité d'abstraction par rapport à un lieu, une foule ou un événement particulièrement désagréables est un bien. Mais lorsqu'on se retrouve à se sentir un étranger par rapport à un investissement personnel cela s'appelle un drame, au mieux, du dilétantisme.
Je me suis aperçu récemment qu'il était parfois préférable de se sentir exclu d'une situation pour pouvoir la mieux photographier. Se faire oublier, se faire exclure d'une réunion, se mettre au ban d'un événement c'est aussi avoir toute lattitude pour manoeuvrer correctement. Je ne préconise pas le statut d'éminence grise ou de manipulateur dans l'ombre. Je constate qu'il est paradoxalement plus simple mais aussi plus sincère de s'investir dans la couverture photographique d'un événement ou d'un sujet dès lors que l'on en fait pas partie.
Ceci rejoint bien sûr les lignes que j'ai déjà écrit au sujet du caractère positif et constructif de la distance et la capacité à prendre du recul dans la vie. Je crois que cela s'applique aussi en photo.
Après tout, il n'est jamais question de rendre l'intensité d'une empathie : l'empathie est ce que la photo crée. Lorsque l'on photographie la misère d'un peuple ou d'une communauté après une catastrophe, les photos prises ne sont pas là pour dire "voilà quelle fut mon atroce tristesse devant la misère de ces gens". La photo dit "voici quelle fut la misère de ces gens à travers mon oeil limité d'être humain inachevé". Si vous photographiez votre empathie avec cette misère, ou vos réactions, alors vous êtes du mauvais côté de l'appareil.... je ne pense pas que ce soit une marque de cynisme... je ne crois pas que la décence impose morale à ce niveau soit un argument puisqu'une photo misérabiliste n'a jamais servi une cause honorablement. Le contexte, rien que le contexte.
Dans la vie c'est pareil, je crois. Bien que j'entretienne, avec celle que j'aime, des conversations lointaines, j'ai tout de même le sentiment que cela n'ôte en rien la sincérité de nos propos. Bien sûr, il importe de ne pas surestimer l'importance de ce genre de conversation médiatisées qui demeurent tout de même désincarnées. L'investissement que j'y mets n'en reste pas moins sincère et réel. La distance et le medium ne m'empêche pas d'apprendre à la connaître un peu plus à chaque fois. Les mots restent les mots : ils sont porteurs de sens. Si sa présence, son sourire et son regard me manquent cruellement, je retiens mes larmes car je sais qu'il est aussi des échanges que la proximité physique ne rend pas forcément intime.


"_ Laissons ça de côté. Est-ce que tu t'intéresses vraiment à Éri ? Tu me réponds oui, ou non."
Takahashi se frotte légèrement les mains comme s'il était perdu. La question est subtile. La façon d'y répondre, décisive.
"Oui. Je pense que je porte un intérêt à Éri. Chez elle, il y a quelque chose qui rayonne de manière très naturelle. Un genre de truc inné. Par exemple, quand on a bu ensemble, on avait l'air proches en parlant et tout le monde nous regardait. Pourquoi une fille si belle se retrouverait-elle avec un type aussi quelconque que moi ?
_ Mais... ?
_ Mais ?
_ réfléchis un peu, dit Mari. Je t'ai demandé : "est-ce que tu t'intéresses vraiment à Éri ?" Et toi, tu réponds : "je pense que je porte un intérêt à ta soeur". Il manque l'idée de vraiment. À mon avis, quelqe chose s'est perdu en route.
_ Tu es particulièrement attentive", dit Takahashi, impressionné.
Mari attend la suite en silence.
Takahashi hésite un peu avant de répondre.
"_ Disons que.... au cours de cette longue conversation, j'ai ressenti petit à petit quelque chose de bizarre face à elle. Au début, je ne m'en suis pas rendu compte. Mais à mesure que le temps passait, j'ai éprouvé ce quelque chose d'une manière de plus en plus concrète. une sensation, comme dire, comme si je n'étais pas inclu dans ce qui se passait là. Eri est devant moi et, au même instant, elle est quelque part à des kilomètres".
Mari ne dit toujours rien. Elle attend la suite en se mordillant la lèvre. Takahashi prend le temps de chercher les mots justes.
"En somme, quoi que j'aie pu dire, cela ne l'atteignait pas. Entre Eri et moi, se dressait une sorte de paroi spongieuse, transparente. En passant à travers, les paroles que je prononçais se vidaient de leur substance. En fait, au sens propre du terme, elle ne m'écoutait pas. Je l'ai compris petit à petit, durant la conversation. Ainsi, de la même manière les paroles qu'elle prononçait n'arrivaient pas vraiment jusqu'à moi. C'était une sensation très étrange".

After Dark.

dimanche 3 février 2008

一只老鼠在我这儿上来呢。。。

Décembre 2007,
Sapporo Commercial covered Gallery, Hokkaido, Japon
"Northern Punks"

Chinese New Year's day incoming !

Most of the time, I'm not in Paris to attend the festivities, but I keep very nice remembrances of the dragon dances I had seen four years ago. I think I'm going to spend next saturday's afternoon in the 巴黎的 第十三区 to renew the experience. At the time, I was nothing but a very young and pretentous photographer. I only thought photographical material was doing the difference. I was carrying a Gigantic Nikon F6 motorized equiped with a large zoom lense 200-400 mm mounted on its turret... real Rocket launcher assembled to a flash light. In the crowd, thie whole stuff was useless.... I was absolutely unable to shoot portraits in the streets because, what I was lacking of, wasn't proximity, but on the contrary distance... I think it's something I've always been lacking of I cannot stay distant, remain cool, be zen. I'm always in a rush, always flaming up and passionating myself at the point I'm rushing into situation without any capacity to preview problems.