mercredi 6 février 2008

给我大典话来吧。。。

Mai 2006,
Quartier des Halles, Paris, France.
Diamonds are a girl's best friend

Mari regarde l'étui. "C'est un trombone ?
_ Oui. Dis donc, tu as l'oeil, remarque-t-il, un peu étonné.
_ Je sais quand même reconnaître la forme d'un trombone.
_ Tu sais, il y a pas mal de fille qui ne savent même pas que ça existe, un trombone. C'est comme ça. Ni Mick Jagger ni Eric Clapton ne sont devenus des stars avec un trombone. Est-ce que Jimmy Hendrix ou Pete Townshend ont brûlé ou cassé des trombones sur une scène ? Non bien sûr, c'étaient toujours des guitars électriques. Avec un trombone, ç'aurait été ridicule.
_ Alors, pourquoi tu as choisi le trombone ?"
Le garçon verse un peu de crème dans le café qui vient de lui être servi. Boit une gorgée.
"Au collège, j'ai acheté par hasard un vinyle de jazz, Blues-ette, chez un disquaire d'occasion. Un très très vieux disque. Pourquoi je l'ai acheté ? Je ne m'en souviens plus. Parce que je n'avais jamais écouté de jazz avant, peut-être. En tous cas, le premier titre de la face A s'appelle "Five Spot After Dark" et c'est puissant. Au trombone, il y a Curtis Fuller. La première fois que je l'ai écouté, j'en ai presque pleuré. Je me suis dit : "ça, c'est MON instrument"

La capacité d'abstraction par rapport à un lieu, une foule ou un événement particulièrement désagréables est un bien. Mais lorsqu'on se retrouve à se sentir un étranger par rapport à un investissement personnel cela s'appelle un drame, au mieux, du dilétantisme.
Je me suis aperçu récemment qu'il était parfois préférable de se sentir exclu d'une situation pour pouvoir la mieux photographier. Se faire oublier, se faire exclure d'une réunion, se mettre au ban d'un événement c'est aussi avoir toute lattitude pour manoeuvrer correctement. Je ne préconise pas le statut d'éminence grise ou de manipulateur dans l'ombre. Je constate qu'il est paradoxalement plus simple mais aussi plus sincère de s'investir dans la couverture photographique d'un événement ou d'un sujet dès lors que l'on en fait pas partie.
Ceci rejoint bien sûr les lignes que j'ai déjà écrit au sujet du caractère positif et constructif de la distance et la capacité à prendre du recul dans la vie. Je crois que cela s'applique aussi en photo.
Après tout, il n'est jamais question de rendre l'intensité d'une empathie : l'empathie est ce que la photo crée. Lorsque l'on photographie la misère d'un peuple ou d'une communauté après une catastrophe, les photos prises ne sont pas là pour dire "voilà quelle fut mon atroce tristesse devant la misère de ces gens". La photo dit "voici quelle fut la misère de ces gens à travers mon oeil limité d'être humain inachevé". Si vous photographiez votre empathie avec cette misère, ou vos réactions, alors vous êtes du mauvais côté de l'appareil.... je ne pense pas que ce soit une marque de cynisme... je ne crois pas que la décence impose morale à ce niveau soit un argument puisqu'une photo misérabiliste n'a jamais servi une cause honorablement. Le contexte, rien que le contexte.
Dans la vie c'est pareil, je crois. Bien que j'entretienne, avec celle que j'aime, des conversations lointaines, j'ai tout de même le sentiment que cela n'ôte en rien la sincérité de nos propos. Bien sûr, il importe de ne pas surestimer l'importance de ce genre de conversation médiatisées qui demeurent tout de même désincarnées. L'investissement que j'y mets n'en reste pas moins sincère et réel. La distance et le medium ne m'empêche pas d'apprendre à la connaître un peu plus à chaque fois. Les mots restent les mots : ils sont porteurs de sens. Si sa présence, son sourire et son regard me manquent cruellement, je retiens mes larmes car je sais qu'il est aussi des échanges que la proximité physique ne rend pas forcément intime.


"_ Laissons ça de côté. Est-ce que tu t'intéresses vraiment à Éri ? Tu me réponds oui, ou non."
Takahashi se frotte légèrement les mains comme s'il était perdu. La question est subtile. La façon d'y répondre, décisive.
"Oui. Je pense que je porte un intérêt à Éri. Chez elle, il y a quelque chose qui rayonne de manière très naturelle. Un genre de truc inné. Par exemple, quand on a bu ensemble, on avait l'air proches en parlant et tout le monde nous regardait. Pourquoi une fille si belle se retrouverait-elle avec un type aussi quelconque que moi ?
_ Mais... ?
_ Mais ?
_ réfléchis un peu, dit Mari. Je t'ai demandé : "est-ce que tu t'intéresses vraiment à Éri ?" Et toi, tu réponds : "je pense que je porte un intérêt à ta soeur". Il manque l'idée de vraiment. À mon avis, quelqe chose s'est perdu en route.
_ Tu es particulièrement attentive", dit Takahashi, impressionné.
Mari attend la suite en silence.
Takahashi hésite un peu avant de répondre.
"_ Disons que.... au cours de cette longue conversation, j'ai ressenti petit à petit quelque chose de bizarre face à elle. Au début, je ne m'en suis pas rendu compte. Mais à mesure que le temps passait, j'ai éprouvé ce quelque chose d'une manière de plus en plus concrète. une sensation, comme dire, comme si je n'étais pas inclu dans ce qui se passait là. Eri est devant moi et, au même instant, elle est quelque part à des kilomètres".
Mari ne dit toujours rien. Elle attend la suite en se mordillant la lèvre. Takahashi prend le temps de chercher les mots justes.
"En somme, quoi que j'aie pu dire, cela ne l'atteignait pas. Entre Eri et moi, se dressait une sorte de paroi spongieuse, transparente. En passant à travers, les paroles que je prononçais se vidaient de leur substance. En fait, au sens propre du terme, elle ne m'écoutait pas. Je l'ai compris petit à petit, durant la conversation. Ainsi, de la même manière les paroles qu'elle prononçait n'arrivaient pas vraiment jusqu'à moi. C'était une sensation très étrange".

After Dark.

2 commentaires:

Unknown a dit…

Don't come only for me. Please find an another excuse too. Like Sakura or Ramen, whatever ;-)

K. a dit…

Sorry Meg, but I'm not good at lying and I just cannot pretend that I'm coming to Japan because of James. So I prefer being honnest.

:-p