samedi 23 février 2008

Femme-objet : ce que les hommes ont à perdre

Juillet 2007,
Changjiang, District de Fengjie, Chine
What's with the certain dissension ?
I put an abstention to the ascension into another dimension
that was never mentioned.



En discutant avec une amie, j'en suis venu à lui poser une question qui me turlupinait depuis pas mal de temps déjà. Cette question n'est nullement malveillante. Elle procède d'une véritable interrogation personnelle.


"Pourquoi n'entend-on jamais une femme admettre que sa relation a peut être échoué AUSSI du fait de SES erreurs ?"

il me semble avoir remarqué que les relations qui ont échouées sont, chez les femmes, des sources de rancoeur bien plus que des occasions d'apprendre une leçon. J'ai conscience que toutes les femmes (et il s'en faut de beaucoup bien sûr) ne sont certainement pas dans ce cas. Mais en fait, je m'étonne de la difficulté qu'il y a à entamer, avec une jeune femme, une discussion (même avec une très bonne amie) sur le caractère constructif ou instructif d'une relation passée qui aurait échouée. Autant avec des homologues masculin, le regret s'exprime sur le mode du "j'aurai pas dû... j'aurais dû plutôt... je n'ai pas assez .... j'en ai trop fait..", autant, même avec des amies sincère, il ne m'est arrivé que très très très rarement d'entendre des paroles de regret ou des formules suggérant que l'on a pris conscience de mauvais choix, d'erreurs personnelles.

Je ne veux pas dire avec ces lignes que les femmes ne se remettent jamais en question. En vérité, je pense qu'elles souffrent davantage des ruptures et qu'elles passent un temps beaucoup plus long et sincère de remise en cause d'elles-mêmes. Ce que je trouve singulier, c'est l'absence de discours dans la bouche des femmes sur ces remises en cause. Et je pense que pour certaines, cela correspond tout simplement et purement à une absence de remise en cause. Or je n'ignore pas qu'il peut y avoir à l'origine de cette situation, des données structurelles propres à la psychologie féminine (l'ego d'une femme se manifeste différemment de celui d'un homme). Il se peut également qu'un contexte culturel et le poids historique du statut de la femme attribué de manière pluriséculaires, pèse dans cette absence de discours.


Cette amie a eu le mérite et la franchise de me livrer une réponse honnête (qui n'est pas la vérité absolue, mais qui me semble être un bon début pour comprendre). Voici quels ont été les points de sa réponse :

_ Oui, il est vrai que "structurellement" les femmes parlent peu de leur échecs en termes constructifs. La psychologie féminine envisage difficilement l'échec en ce domaine autrement que sous l'angle de la remise en cause personnelle : un échec sentimental, c'est l'anéantissement d'une politique d'efforts et d'investissement affectif dont on se remet mal. En outre, une femme aura tendance à se voir rejeter non en tant que partenaire incompatible, mais en tant qu'être humainement imparfait : ce qui est perçu dans la rupture, c'est surtout le rejet de l'autre que la femme vit surtout comme une atteinte personnelle à ses propriétés physiques et morales : "je suis trop laide", "je suis trop grosse", etc. etc. Dans ces conditions, il y a bel et bien remise en cause et questionnement chez la femme, mais ce questionnement ne se prête pas au développement d'un discours constructif cherchant à analyser les causes de l'échec et à en tirer des leçons. En fait la signification immédiate même de la rupture (un rejet de la personne avec ses défauts) ne laisse qu'une alternative limitée en termes de regard à porter sur la relation qui vient d'échouer : "ou bien cette relation a échouée à cause de moi, ou bien elle a échoué à cause de lui". Dans cette logique, admettre que l'on peut avoir commis des erreurs, ou fait des mauvais choix, revient à admettre que l'on est laide et que l'on a donc été rejeté à raison. IL NE PEUT Y AVOIR DE DEMI-MESURE : on ne peut pas admettre que l'on porte une partie des faute, sans quoi l'on admet déjà que le rejet par l'autre est justifié et que, donc, l'on est effectivement trop grosse, trop laide etc.


_ D'autre part, il semble à cette amie que la psychologie féminine s'est construite en intégrant le statut et la fonction imposés aux femmes par les hommes : celle de victime. Notre culture et l'histoire nous ont toujours présenté la chose ainsi : "l'homme compose, la femme dispose" me rappelle alors cette amie. Dans ces conditions La mentalité féminine, même insurgée, même indépendante (financièrement et intellectuellement), même anticonformiste intègre nécessairement une propension à accepter facilement le discours rejetant la cause de l'échec sur les hommes. Ce n'est pas de la facilité mais tout simplement le fruit de plusieurs siècles de construction culturelle. Sans préjuger des motifs (louables ou inavouables) qui poussent certaines femmes à adopter l'option du "je me dédouane de la responsabilité que je tiens aussi dans l'échec de ma relation", on ne peut donc nier qu'il y a une pesanteur historique qui hypothèque chez la femme, la naissance d'un discours ré-explorant de manière constructive la relation passée.

"Tu vois, m'explique cette amie, si tu considères qu'une femme s'investit en moyenne 7 fois plus dans une relation que ne le font la majorité des hommes, pour peu qu'elle y fasse des efforts, qu'elle endure beaucoup sans pouvoir être acceptée pour elle-même... la rupture, l'échec de la relation signifie :
_ Qu'elle a fait tous ces efforts pour rien
_ Qu'on la rejette pour ce qu'elle est (et n'est pas)
C'est une pilule difficile à accepter (encore davantage si l'on intègre la douleur des sentiments), or le contexte culturel pluriséculaire lui offre la possibilité de se plaindre légitimement en rejetant la faute sur les hommes.
Dans ce cas, un discours ou même la démarche consistant à revenir sur les causes de l'échec et à en reconnaître une origine dans des choix que l'on aurait pu mal faire a peu de chance d'éclore chez la femme."

"Et dans le fond, ajoute-t-elle, je crois sincèrement que les hommes se remettent plus facilement d'un échec affectif que les femmes... Je ne dis pas qu'il y a quelque justice au refus des femmes d'assumer les causes de l'échec, mais il y a quand même un petit et juste retour des choses".

Je crois qu'il y a là quelques clefs pour comprendre mes échecs passés et futurs. Pour ma part, une seule chose est claire après avoir entendu cela : j'ai trop longtemps eu tendance à nouer des relations avec les femmes qui voulaient bien de moi. J'ai trop peu choisi. Aujourd'hui, il me semble que pour cesser d'être l'objet des autres et devenir un peu le sujet de ma destinée, il me faut porter un dévolu sur un être dont j'exige des choses, qui m'oppose une résistance, qui prenne aussi l'initiative. Je m'insurge contre le statut d'objet des femmes non pour des raisons morales : si certaines femmes acceptent de vivre ainsi et y trouve leur compte, c'est un choix de vie et tout est une question d'éthique, non de morale. Il faut juste être au clair avec ce que l'on attend de faire de sa vie. En ce qui me concerne, une femme-objet est ce que j'abhorre parce qu'il y a trop de facilité à mettre la clef sous la porte en permanence, à rejeter la faute sur les hommes, et à leur refuser un engagement ou, sinon la confiance, du moins, le bénéfice du doute. Une femme ne peut pas trouver grâce à mes yeux si son discours de "femme libérée" se trouve contradit par son absence d'investissement, d'engagement, d'initiative.

Non messieurs, une femme-objet n'est pas souhaitable, ni à notre avantage. L'humanité s'enorgueillit d'être diverse, mais de quoi nous sert cette diversité si nous n'entretenons qu'un dialogue de sourd ? Non messieurs une femme objet n'est pas une partenaire digne de ce nom et vous avez peu à gagner, peu à attendre d'une femme à qui vous ne faites pas, dans votre considération, autant de place que vous aimeriez qu'elle occupe dans votre vie... Peu à gagner et beaucoup à perdre.

Aucun commentaire: