Voilà quelque temps déjà qu'il était prévu, arrêté, que je fasse ma sortie dominicale pour aller prendre en photo l'incontournable défilé du Nouvel An chinois de Paris. Mais cette envie, honnêtement, s'était transformée en une sorte d'obligation morale. Je ne vois pas d'autre explication au fait que la perspective de prendre quelques photos par un temps superbe ne m'enthousiasmait plus. En fait j'ai passé une super journée, mais de photo, aucune. Bien sûr, j'ai pris quelques clichés mais ce n'est vraiment que pour dire "j'y étais...".
Je crois qu'il faut vraiment que je cesse de planifier à l'excès, que je cesse de me projeter dans l'avenir. Ce qui est attendu devient rapidement une nécessité pesante... Certes, il est difficile, même périlleux pour l'équilibre mental de jouer les acrobates en se laissant porter par le fil des événements, mais je crois que c'est quelque chose dont j'ai profondément besoin.
Mes photos sont comme ma vie : les plus satisfaisantes sont celles où le cours des choses s'est imposé avec une violente surprise. Paradoxalement, un événement est d'autant plus important et chargé de signification qu'il dépend d'un plus grand nombre de hasards. Seul le hasard peut nous apparaître comme un message. Ce qui arrive par nécessité, ce qui est attendu et se répète quotidiennement n'est qu'une chose muette. Seul le hasard est parlant. on tente d'y lire comme les gitanes lisent au fond d'une tasse dans les figures qu'a dessiné le marc de café. Le hasard a ses sortilèges, pas la nécessité. Pour qu'une photo, qu'un moment, qu'un amour soient inoubliables, il faut que les hasards s'y rejoignent dès le premier instant.

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