samedi 16 février 2008

Non, la vie ne fait pas semblant.

Juillet 2007,
Bord du Qinghai Hu, province du Qinghai, Chine
"No te reniegas : eres humano. Perteneces a un lugar : y si no es aqui, es alli.
No tener bandera es una impostura. Soy libra porque
soy justamente de aquí".

J'ai encore échoué. En beauté. Mais bon c'est toujours en se mangeant des gadins qu'on arrive à progresser. Je n'ai jamais été doué pour comprendre ce qui m'arrivait ni prévoir les problèmes qui allaient me tomber sur la tête... Mais aujourd'hui, je crois comprendre un peu ce qui se passe. Quelqu'un a eu peur (je n'hésiterai pas à parler de lâcheté). Point de solution, donc pas d'espoir, rien qui vaille la peine d'essayer et les planches des tréteaux sont restées à l'abandon dans le fond de l'atelier. Encore un des innombrables projets que j'aurais voulu porter à maturité et dans lequel je m'étais lancé, qui se trouve relégué au magasin des entreprises qui ont échoué. La responsabilité est connue, celle qui l'a eu dans cet échec ne connaît pas encore le prix de la vie, le poids de mots. Cette personne croit encore en la délicieuse et illusoire imposture qu'il y a à refuser l'engagement au nom d'une liberté (ce qui n'est autre qu'une façon très fallacieuse de demander l'autorisation de rester soi-même, immobile, en refusant le changement et l'adaptation... en refusant la lutte pour une cause). On peut convoiter et réclamer du temps libre : mais la liberté n'est qu'un mot creux. Le temps libre ne vaut que si nous en faisons quelque chose. Réclamer la liberté, c'est juste demander à pouvoir s'engager plus dans une entreprise ou une relation, ce qui est déjà en soi une forme d'aliénation.

Dans la vie, il y a ceux qui apprennent de leurs échecs et puis ceux qui ne veulent pas, ne peuvent pas ou sont juste trop paresseux pour le faire. Je suppose qu'il faut être un peu masochiste pour pouvoir apprendre de ses échecs, car la volonté de s'améliorer soi-même et le fait même de vouloir changer va de pair avec une logique de l'effort (dans la souffrance se trouve la rédemption) qui est absente de l'épicurisme de bas étage (qu'Epicure me pardonne cet emploi facile de sa pensée pour désigner ce qui est simplement un comportement lâche face aux responsabilités et à la vie). Il n'en reste pas moins vrai que la vie s'apprend ainsi. Mais là où certains refusent constamment de s'investir en se cachant derrière le masque noble de la liberté et des sentiments éthérés, je préfère le camp de ceux qui ont choisi de se construire, de construire quelque chose. Nous ne laisserons rien après notre mort, mais se construire soi-même pour ne pas rester toute sa vie un chantier bordélique me paraît important. J'en ai marre des romantiques et des ados attardés qui prétendent que structure rime avec dictature et que mettre un peu d'ordre dans ses pensées et sa vie est signe d'enlisement. Se construire, ce n'est pas se compromettre. On n'apprend rien de la vie en la traversant comme une touriste. On ne connaît pas le prix de la vie en restant superficiel. A quoi bon voyager si le voyage est une fuite en avant ? A quoi bon prétendre s'intéresser au monde, à la politique, à la misère du genre humain si l'on ignore ce que sont le tact, la diplomatie, le respect envers ses proches, l'humanité ? C'est en commençant par ne pas blesser que l'on pose sa première pierre à l'édifice humanitaire. Que sert de fuir en avant vers une dévotion pour les enfants et miséreux du Continent Noir si à côté de cela, on ignore le poids des sentiments, le sens du mot "engagement" ?

Non, la vie ne fait pas semblant. Et la vie est trop courte pour que nous gâchions plus qu'il n'est nécessaire les rares instants où l'on peut donner la preuve que l'on sait son prix. Notre existence est trop brève pour que l'on puisse prendre à la légère les quelques moments où l'on peut montrer que l'on est, sinon un être humain, du moins mieux qu'un lâche.

Le drame de cette énième tentative qui avorte n'est pas l'histoire en soi : les archives du monde sont pleines d'anecdotes qui eurent leur intensité désormais oublié et je ne vois pas pourquoi celle-ci devrait submerger du lot sous le prétexte qu'elle est la mienne. Le drame c'est qu'il y aura toujours des gens qui refusent d'apprendre le prix de la vie et qui passeront pour des héros parce que leur alibi pour ignorer les responsabilités aura été : je suis un combattant de la liberté. Le drame c'est que l'une de ces personnes, se trouvait faire partie de ce projet.



Tombe le masque de la liberté,
et apparaît l'immobilisme facile.


爱情是一道伤口。
当这道治好了的
时候爱情不见了


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