Veni tarde a la idea que la injusticía social o la misería del mundo sea un mal que podíamos mejorar. Pasé un montón de tiempo estudiando la figura de hombres revolucionarios, acontecimientos historicos. Pero siempre fue un saber de libro... Hoy, el diez y nueve de febrero dos mil ocho, el lider de Cuba tomó la dicisión de retirarse, acabando un regimen personal y carismatico de quasi un siglo.
Avec Castro qui s'en va, c'est un nouveau coup dur pour moi : lorsque les avions s'écrasèrent sur les tours de Manhattan, le 11 septembre, je n'ai rien ressenti. Pas de peine, pas d'émotion, pas de tristesse. Lorsque Jean Paul II s'est éteint après plusieurs décennies de mandat pontifical, je n'ai pas non plus senti souffler le vent épique de l'histoire sur ma nuque. Quand j'étais gamin, je pensais que ce genre d'événements devait être formidable à vivre, qu'on se souviendrait toute sa vie de ce qu'on faisait à ce moment là...Aujourd'hui, Fidel Castro s'en va et je sirote un café d'une machine infâme sur le perron d'un collège de Seine et Marne... De frémissement, de frisson... point.
Un vieux professeur de lycée nous avait raconté que lorsque tomba Diên Biên Phû, il était au cinéma et que l'ouvreur interrompit la séance de projection pour annoncer que Geneviève de Galard et ses protégés étaient entre les mains du Vietminh. Il racontait cela avec une intensité telle que j'ai alors cru qu'il devait y avoir quelque chose de magique à côtoyer les Grands, à vivre l'histoire et à la sentir se construire.
Aujourd'hui, c'est moi qui enseigne l'histoire. Aujourd'hui c'est moi qui ai repris le masque de l'imposteur et j'enseigne en feignant de frémir, des événements que je n'ai pas vécu avec l'intensité que je prétends avoir ressenti... Aujourd'hui je sais, devenu un peu plus vieux, que le souffle épique de Clio ne déferle pas en masse lorsque s'abat un Mur à Berlin ou qu'un homme quitte la présidence des Etats-Unis pour cause de haute trahison. Aujourd'hui je sais que ces événements se produisent lorsque nous rentrons du travail, la tête vide, les épaules fatiguées, l'envie de se coller devant un feuilleton stupide ou de reprendre le livre que nous lisions. Aujourd'hui je sais qu'il faut beaucoup de volonté et de force pour lutter contre cette inertie qui nous pousse à aimer les histoires mais à refuser d'en faire partie.
Aujourd'hui je sais que beaucoup de l'émotion que nous avons en nous remémorant un événement tient à l'intensité non du souvenir ni du fait, mais au degré de regret ou de remord que nous éprouvons de n'avoir justement pas su mesurer l'ampleur de l'événement au moment où nous l'avons vécu...
Aujourd'hui, je sais que le monde aime toujours écouter les histoires, raconter ces dernières, mais qu'il y a toujours plus de spectateurs que de gens courageux pour s'agiter sur la scène et nous divertir. The historical show must go on....
Parfois je me demande si la reconnaissance sociale et le prestige d'un homme ne tient pas en fait à une chose toute simple : aujourd'hui, nous disons au revoir à Monsieur Castro... Mais saluons-nous vraiment sa politique sociale, ses accomplissements ? Qui ne découvre pas la réalité de sa vie et de son oeuvre seulement maintenant ? Qui a réellement mesuré ce qu'il a commis comme atrocité et accompli comme oeuvre dans son île ?
Moi en tous les cas, je n'ai pas peur d'avouer que j'en découvre la vie seulement maintenant. Et je me dis, que, comme moi, pas mal de gens qui prétendaient en savoir beaucoup sur Cuba ne s'intéressent vraiment à la question que maintenant... alors à quoi rendons-nous hommage finalement ? Je me demande si, dans le fond, nous ne remercions pas un homme, comme Nerhu, comme Ghandi, comme Mao, d'avoir su sortir des rangs pour faire l'histoire... pour écrire cette Histoire qui nous divertit...
Nous les remercions car dans le fond, nous ne bougeons point beaucoup... car dans le fond il faut bien que certains acceptent d'endosser une étiquette de tyran, de dictateur, d'homme providentiel ou de héros, au risque de ne pas plaire à beaucoup, et ce pour que nous ayions l'illusion de ne pas vivre une période de l'histoire creuse.... Nous les remercions d'avoir su nous divertir et d'avoir donné un sens, non à notre vie, mais à la période où nous étions vivant. L'identité se construit à partir des autres...
Parfois je me demande si la reconnaissance sociale envers un Grand homme, n'est pas celle, trop humaine, que nous témoignons à un acteur qui a su donner un sens à une soirée de notre existence au théâtre... Reconnaissance qui est aussi appropriation de la performance à laquelle nous n'en comprenons mais... Voraces, opportunistes, immobilistes... oui monsieur Marx avait raison, à une nuance près... oui nous sommes bien les enfants ingrats d'un siècle fait par QUELQUES hommes qui trop rapidement malheureusement, souhaitons faire de ce siècle le nôtre, en oubliant quelle inaction nous y avons mené...
Voilà quelques année, j'ai bien failli tout plaquer : la photo, l'attirance pour le journalisme, ma curiosité pour le monde et l'histoire. Je ne souffrais pas que l'on pût être historien sans être sensible au vent du changement. Je ne comprenais pas comment l'Histoire m'avait laissé insensible alors qu'elle se déroulait sous mes yeux à un âge où je pouvais la comprendre... Je comprends, aujourd'hui, beaucoup plus tard, que l'histoire ne se construit pas, mais que les faits historiques ont une intensité parce que nous y rajoutons nos émotions. Je comprends qu'un fait historique ne fait pas vibrer en soi, mais qu'il prend son intensité dans le monde mental des symboles inventés par l'espèce humaine. Je comprends aujourd'hui qu'il faut en fait toute la savante élaboration d'un système de pensée, et le travail de contextualisation de l'historien pour qu'un fait prenne son ampleur et que ce n'est que dans le cours de notre récit que l'histoire nous fait vibrer. Je comprends qu'il faut attendre beaucoup des conteurs mais peu de l'histoire elle-même.
Je vais rechausser mes appareils et reprendre mon parcours. Il reste beaucoup à voir et mon histoire vaut celle des autres. C'est elle qui me fait vibrer, c'est elle qui me restera. Alors tant pis si Monsieur Castro se retire sans que j'en éprouve une sensation transcendante. Je préfère être honnête plutôt que de défaillir en feignant le malaise. Navré Monsieur Castro, mais votre geste historique est tombé à plat pour moi. Il prendra sa force quand j'aurai le discours dans lequel l'insérer. Sacrés foutus hypocrites et morfales que nous sommes ! En attendant, c'est la seule façon que j'ai trouvé pour vivre... c'est aussi la seule qu'on nous enseigne. Je n'ai pas les épaules de celui qui monte sur la scène, alors je me contente de la photographier. Comprendre le programme de ce siècle et savoir qu'on est un lâche ou un attentiste, c'est déjà quelque chose, non ?
Avec Castro qui s'en va, c'est un nouveau coup dur pour moi : lorsque les avions s'écrasèrent sur les tours de Manhattan, le 11 septembre, je n'ai rien ressenti. Pas de peine, pas d'émotion, pas de tristesse. Lorsque Jean Paul II s'est éteint après plusieurs décennies de mandat pontifical, je n'ai pas non plus senti souffler le vent épique de l'histoire sur ma nuque. Quand j'étais gamin, je pensais que ce genre d'événements devait être formidable à vivre, qu'on se souviendrait toute sa vie de ce qu'on faisait à ce moment là...Aujourd'hui, Fidel Castro s'en va et je sirote un café d'une machine infâme sur le perron d'un collège de Seine et Marne... De frémissement, de frisson... point.
Un vieux professeur de lycée nous avait raconté que lorsque tomba Diên Biên Phû, il était au cinéma et que l'ouvreur interrompit la séance de projection pour annoncer que Geneviève de Galard et ses protégés étaient entre les mains du Vietminh. Il racontait cela avec une intensité telle que j'ai alors cru qu'il devait y avoir quelque chose de magique à côtoyer les Grands, à vivre l'histoire et à la sentir se construire.
Aujourd'hui, c'est moi qui enseigne l'histoire. Aujourd'hui c'est moi qui ai repris le masque de l'imposteur et j'enseigne en feignant de frémir, des événements que je n'ai pas vécu avec l'intensité que je prétends avoir ressenti... Aujourd'hui je sais, devenu un peu plus vieux, que le souffle épique de Clio ne déferle pas en masse lorsque s'abat un Mur à Berlin ou qu'un homme quitte la présidence des Etats-Unis pour cause de haute trahison. Aujourd'hui je sais que ces événements se produisent lorsque nous rentrons du travail, la tête vide, les épaules fatiguées, l'envie de se coller devant un feuilleton stupide ou de reprendre le livre que nous lisions. Aujourd'hui je sais qu'il faut beaucoup de volonté et de force pour lutter contre cette inertie qui nous pousse à aimer les histoires mais à refuser d'en faire partie.
Aujourd'hui je sais que beaucoup de l'émotion que nous avons en nous remémorant un événement tient à l'intensité non du souvenir ni du fait, mais au degré de regret ou de remord que nous éprouvons de n'avoir justement pas su mesurer l'ampleur de l'événement au moment où nous l'avons vécu...
Aujourd'hui, je sais que le monde aime toujours écouter les histoires, raconter ces dernières, mais qu'il y a toujours plus de spectateurs que de gens courageux pour s'agiter sur la scène et nous divertir. The historical show must go on....
Parfois je me demande si la reconnaissance sociale et le prestige d'un homme ne tient pas en fait à une chose toute simple : aujourd'hui, nous disons au revoir à Monsieur Castro... Mais saluons-nous vraiment sa politique sociale, ses accomplissements ? Qui ne découvre pas la réalité de sa vie et de son oeuvre seulement maintenant ? Qui a réellement mesuré ce qu'il a commis comme atrocité et accompli comme oeuvre dans son île ?
Moi en tous les cas, je n'ai pas peur d'avouer que j'en découvre la vie seulement maintenant. Et je me dis, que, comme moi, pas mal de gens qui prétendaient en savoir beaucoup sur Cuba ne s'intéressent vraiment à la question que maintenant... alors à quoi rendons-nous hommage finalement ? Je me demande si, dans le fond, nous ne remercions pas un homme, comme Nerhu, comme Ghandi, comme Mao, d'avoir su sortir des rangs pour faire l'histoire... pour écrire cette Histoire qui nous divertit...
Nous les remercions car dans le fond, nous ne bougeons point beaucoup... car dans le fond il faut bien que certains acceptent d'endosser une étiquette de tyran, de dictateur, d'homme providentiel ou de héros, au risque de ne pas plaire à beaucoup, et ce pour que nous ayions l'illusion de ne pas vivre une période de l'histoire creuse.... Nous les remercions d'avoir su nous divertir et d'avoir donné un sens, non à notre vie, mais à la période où nous étions vivant. L'identité se construit à partir des autres...
Parfois je me demande si la reconnaissance sociale envers un Grand homme, n'est pas celle, trop humaine, que nous témoignons à un acteur qui a su donner un sens à une soirée de notre existence au théâtre... Reconnaissance qui est aussi appropriation de la performance à laquelle nous n'en comprenons mais... Voraces, opportunistes, immobilistes... oui monsieur Marx avait raison, à une nuance près... oui nous sommes bien les enfants ingrats d'un siècle fait par QUELQUES hommes qui trop rapidement malheureusement, souhaitons faire de ce siècle le nôtre, en oubliant quelle inaction nous y avons mené...
Voilà quelques année, j'ai bien failli tout plaquer : la photo, l'attirance pour le journalisme, ma curiosité pour le monde et l'histoire. Je ne souffrais pas que l'on pût être historien sans être sensible au vent du changement. Je ne comprenais pas comment l'Histoire m'avait laissé insensible alors qu'elle se déroulait sous mes yeux à un âge où je pouvais la comprendre... Je comprends, aujourd'hui, beaucoup plus tard, que l'histoire ne se construit pas, mais que les faits historiques ont une intensité parce que nous y rajoutons nos émotions. Je comprends qu'un fait historique ne fait pas vibrer en soi, mais qu'il prend son intensité dans le monde mental des symboles inventés par l'espèce humaine. Je comprends aujourd'hui qu'il faut en fait toute la savante élaboration d'un système de pensée, et le travail de contextualisation de l'historien pour qu'un fait prenne son ampleur et que ce n'est que dans le cours de notre récit que l'histoire nous fait vibrer. Je comprends qu'il faut attendre beaucoup des conteurs mais peu de l'histoire elle-même.
Je vais rechausser mes appareils et reprendre mon parcours. Il reste beaucoup à voir et mon histoire vaut celle des autres. C'est elle qui me fait vibrer, c'est elle qui me restera. Alors tant pis si Monsieur Castro se retire sans que j'en éprouve une sensation transcendante. Je préfère être honnête plutôt que de défaillir en feignant le malaise. Navré Monsieur Castro, mais votre geste historique est tombé à plat pour moi. Il prendra sa force quand j'aurai le discours dans lequel l'insérer. Sacrés foutus hypocrites et morfales que nous sommes ! En attendant, c'est la seule façon que j'ai trouvé pour vivre... c'est aussi la seule qu'on nous enseigne. Je n'ai pas les épaules de celui qui monte sur la scène, alors je me contente de la photographier. Comprendre le programme de ce siècle et savoir qu'on est un lâche ou un attentiste, c'est déjà quelque chose, non ?
2 commentaires:
Bonjour Jean Kim !
Ouh lala ! et bien moi je me rappelle avoir tremblée lorsqu'à la télé j'avais vu ce couple de dirigeants dictateurs se faire exécuter sous la caméra. Je ne comprenais plus si c'était bien ou pas, mais je me rappelle bien. C'était... étrange.
Sinon juste ça va comment ? et ton collège ?
laure
haha ! Coucou Laure ! J'ignorai que tu flânais sur mon blog de temps à autre... En fait je croyais qu'il n'y avait que moi pour lire mes articles. Merci pour la patience. Oui ça va mieux. la notation admin est dans le dos et j'ai déjà été inspecté. Désormais, toute mon attention est tournée vers le résultat des mutations internationales... J'attends beaucoup de la Chine mais en attendant, l'ambiance, déjà nauséabonde du bahut a tendance à se dégrader... vendredi, réunion au sommet pour s'engueuler avec l'administration carriériste... on va bien rire ! Je m'en fiche, dans 5 mois c'est la quille... et ça pourra pas être pire !
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