vendredi 29 février 2008

Quand elle fait le grand écart, je craque.

Février 2008,
Granges Sur Vologne, Vosges, France
n°3 de la série Filthy glass

A présent, c'est clair, je le sais : les femmes aussi éprouvent du désir. Bon c'est un peu une révolution dans mon esprit prude et périmé d'un siècle, mais je dois me rendre à l'évidence, il n'y a pas que les hommes qui couchent pour des raisons physiologiques. Du coup, je me rends compte qu'il demeure, un certain nombre de problèmes à résoudre dans ma tête.

La première de ces questions qui me hante est : où est passé mon désir ? Voilà déjà pas mal de temps que je supplée, à des relations de chair et de sang, par de tendres absences et de chastes séquences de patience... Voilà déjà pas mal de temps que je me contente de rêver de femmes dont je croyais qu'elles m'attendraient à l'autre bout d'un océan ou d'un continent. Ne serait-il pas temps de s'inquiéter de mon manque de libido ? Ou alors est-ce que j'ai trop déréglé la chose à force de fréquentation visuelle des pages pornographiques de certains lieux ? J'ai toujours été relativement fier d'avoir atteint un certain degré d'indifférence à l'égard du rapport sexuel : initialement, cette démarche consistait à me mettre à l'épreuve pour cesser de dépendre de l'autre sexe. Il y avait aussi que je haïssais au plus profond de mon être, cet appel physiologique propre au sexe masculin qui passe dans le champ des représentations mentales comme une fatalité qui nous rabaisse au rang d'animaux (si si, souvenez-vous Mesdames, le discours "les hommes sont des obsédés, c'est dans leur nature" ça doit bien vous rappeler quelque chose). Pour remédier à cette défaillance de mon système corporel, j'ai pris sur moi très tôt dès l'adolescence, de démystifier la question du sexe et son ensorcelante attractivité. Il m'a fallu consulter pas mal de choses et souvent traverser des déserts de sentiments pour parvenir à ce que je suis aujourd'hui, mais le résultat eut l'heur de me plaire. Je ne suis pas blasé. Je ne suis pas dégoûté ni vacciné du sexe. Je suis juste parvenu à rendre vivable et même appréciable la prise de distance par rapport à cette impérieuse nécessité hormonale.

Bon, là où ça cloche, c'est que la volonté autonomiste qui m'animait procédait d'une croyance personnelle qui se révèle aujourd'hui erronée à mes yeux : si j'ai longtemps cherché à pouvoir me passer du sexe, c'est aussi que je pensais que les femmes l'avaient en horreur, en dégoût. Autrement dit, il s'agissait pour moi de me mettre à l'heure mentale féminine. Et puis je ne cache pas qu'il y avait une certaine joie maligne et anticonformiste à parvenir à me passer des femmes ou, du moins, à pouvoir résister à leurs numéros de charmes les plus basiques (c'est vrai, aujourd'hui, je ne me retourne pas sur une paire de seins). OR : avec la découverte du désir des femmes dans le domaine sexuel, cette démarche me place dans une position périlleuse. La situation est simple : j'ai fait tout ce chemin pour pouvoir me passer de mon désir et nouer des relations sans passer par le prisme hormonal déformant... et en fait, mes interlocutrices éprouvent elles aussi du désir (ce que je croyais inconcevable). Alors la vraie question, maintenant, c'est :

Que puis-je attendre des femmes ?

Ma position est périlleuse parce que je me passe désormais beaucoup plus aisément et spontanément de l'acte sexuel que certaines femmes. Je continue à songer qu'elles recherchent autre chose. Or c'est partiellement faux. Il faut donc que je parvienne à réinjecter un peu de désir dans mes rapports à la gent féminine, sans quoi, je vais perdre pied avec le réel.

Au fond, est-ce que je lui en veux ? Pas vraiment je crois. Bien sûr, une partie de jambe en l'air n'est jamais un simple exercice de gymnastique (dixit Flo) et il paraît difficile de ne pas accorder un semblant d'importance à l'affaire. Mais dans le fond, que je réagisse ainsi au quart de tour doit bien être une preuve que je l'ai dans la peau. Peut être même que j'éprouve pour elle (ce qui ne m'était pas arrivé depuis un moment je crois), un désir sexuel sincère. En tous les cas, quand elle fait le grand écart, je craque.

Peut être qu'il me faut juste trouver un équilibre personnel : savoir ce que j'attends du désir et l'importance que je lui accorde dans ma vision des femmes. Peut être qu'il faut commencer par cela avant de reprocher à certaines leur apparent libertinage. Tout est une question d'éthique, commençons donc par déterminer les limites de la mienne en la matière. De toute façon, Je suis convaincu par cette remarque de Kundera qui affirmait que "lorsqu'une femme ne vit pas suffisamment avec son corps, le corps finit par lui apparaître comme un ennemi". Je devrais m'occuper du mien aussi. Savoir ce que l'on attend et ce que l'on veut faire de soi, passe aussi par une claire idée de ce que l'on est prêt à faire faire et de ce dont à besoin notre organisme.


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