vendredi 21 mars 2008

penser c'est comme avoir la migraine mais avec des images

Février 2008,
Laveline-devant-Bruyères, Vosges, France.
N°4 de la Série "Disparition"



Add-on prêt ! La nouvelle série "Les Granges brûlées" est consultable sur www.pickpocketinglives.org




A ma petite planteuse d'agrumes japonaise de Kobe, T. :
n'ayant eu en tête que cette chanson de Keane et ton ravissant sourire, je reproduis ici les paroles de l'air qui m'a guidé en prenant ces photos.


I walked across an empty land
I knew the pathway like the back of my hand
I felt the earth beneath my feet
Sat by the river and it made me complete

Oh simple thing where have you gone
I'm getting old and I need something to rely on
So tell me when you're gonna let me in
I'm getting tired and I need somewhere to begin

I came across a fallen tree
I felt the branches of it looking at me
Is this the place we used to love?
Is this the place that I've been dreaming of?

Oh simple thing where have you gone
I'm getting old and I need something to rely on
So tell me when you're gonna let me in
I'm getting tired and I need somewhere to begin

And if you have a minute why don't we go
Talk about it somewhere only we know?
This could be the end of everything
So why don't we go
Somewhere only we know?


mercredi 12 mars 2008

CAN YOU BELIEVE IT ???


CA Y EST ! JE L'AI FAIT, JE L'AI MIS EN ROUTE ! J'AI MON SITE INTERNET ! A MOI LES GRANDS ESPACES ET FINI LE CARCAN LIMITÉ DU BLOG !


Désormais les photos et mes élucubrations seront en lignes au :


www.pickpocketinglives.org




Oh boy I'm so excited ! Merci beaucoup pour tous les conseils techniques Flo, conseils sans lesquels je n'aurais sans doute pas pu mettre en ligne aussi rapidement le projet !

dimanche 9 mars 2008

En route Antoine, ouvre-nous donc les portes d'Istambul et de ton Harem !


Août 2007,
Chengdu, Province du Sichuan, Chine
Are you scared mon ? just wait the curtain to open

Allons bon, voilà que mon entourage familial s'affole de ma péremption prochaine sur le marché matrimonial ! J'en rigole, mais il y a tout de même un point de vérité dans ce qu'ils m'ont dit : voilà presque 4 mois que je fais l'ours. Voilà un an et demi que je m'enferme et que je vis sur des acquis. Voilà deux ans que je leur fais le même coup : en octobre, les bonnes résolutions, en décembre le plan qui va tout faire foirer, en janvier le démenti formel du changement de programme et l'euphorie, en mars le grand n'importe quoi, la bérésina quoi. Alors comment redonner du punch à mon existence ?

Voici quelques heures, ma soeur et moi sirotions respectivement un sandwich au thon et un jus de pomme dans le hall de gare de Nancy... "tu devrais arrêter de te voir en transit et d'être un homme dans les moments qui t'arrangent JK" m'a dit la frangine. Elle n'a pas tort.

Décidément, ça fait deux coups où la famille fait mouche... moi qui n'attendait que du repos de cette retraite vosgienne. En fait, je sens qu'il y a effectivement deux points sur lesquels je peux avoir un peu d'ascendant au cours de ce mois pénible qui m'est imposé :
_ Reprendre une vie sociale
_ Poser mes bagages, me trouver moi-même et ne pas faire dépendre cette construction du soi d'un projet sur le long terme.

"Au fond, tu seras bien heureux d'être déjà arrivé à un résultat satisfaisant en terme d'améliorations personnelle et comportementale si tu es pris en Chine ou ailleurs... pourquoi ne pas commencer maintenant ?"Elle n'a pas tort la frangine.

Mais moi ce qui me préoccupe le plus en ce moment c'est plutôt comment parvenir à accélérer la procédure d'oubli. Une fois encore, je dois admettre qu'il y a beaucoup de creux et de vide derrière des concepts comme l'oubli une fois transposé dans le domaine de la vie vécue. Pourquoi cela ? Pourquoi ne puis-je souhaiter l'oubli ? Parce que souhaiter oublier et vouloir effacer, c'est tout simplement aspirer à un soulagement, à une délivrance, à une rémission. Or force est de convenir d'une chose : le vrai oubli ne peut survenir que lorsque les enjeux ont disparus. Le vrai oubli n'est jamais une délivrance mais le passage de la tension à l'indifférence. Si l'oubli est vécu comme une délivrance, alors il s'annule de lui même. on ne peut oublier en étant soulagé car être soulagé ne fait qu'attester de la blessure encore ouverte. Voilà pourquoi l'oubli n'est jamais le résultat d'une démarche volontariste mais le résultat imprévisible d'une entreprise de divertissement (au sens pascalien du terme). C'est parce que l'on a cherché et que l'on est parvenu à remplir l'espace jadis occupé par des enjeux douloureux , par de nouveaux visages, de nouveaux projets, que l'on parvient à l'oubli. L'oubli n'est pas un concept actif, c'est un résultat. "Oublier" en français, est un verbe-action. Tout du moins, la langue le laisse croire. En fait, il n'en est rien : l'oubli est réel mais oublier est un verbe qui ne devrait pas s'employer autrement qu'au passé et pour parler d'un sujet qui n'est pas celui qui parle. On ne parle pas de ses oublis. On ne parle pas d'oublier. On a oublié.

Puisque l'oubli ne viendra jamais sous mes yeux, et puisqu'il faut changer la décoration et repeupler l'espace pollué, je ne vois qu'une solution : tracer des perspectives... Et j'en vois de sacrément bonnes se profiler ! Que ce soit dit :

Antoine, ouvre nous les portes d'Istambul !
Reprenons les sorties si formatrices que nous avions E et M. !
Marie Pétula, j'ai hâte de voir ce que ça donne une soirée parisienne !
Monsieur Perno, j'ai hâte de vous apporter des nouvelles de Camile dans votre Kyoto adoptif !
On se prend un café à Kobe, Tomoyo ?

Et tant d'autres choses encore... Merde à ceux qui pensent que l'exhibitionnisme du bonheur est obscène. Avant d'être heureux, il faut souvent commencer par s'en convaincre !

Même la plus belle fille du monde ne peut donner que ce qu'elle a

Lisboa, Ville haute, Portugal
...A mon couple de précieux amis huguenots E. et M.
qui en ce moment même profite des pâles
rayons de soleil printanier à Lisbonne.


Lorsqu'un homme vit au dessus de ses moyens financiers, un ou deux mois d'épargne suffisent à réparer la chose. Lorsqu'il vit au dessus de ses moyens pour une femme qu'il aime, l'escalade commence. Mais il y a encore pire et plus insidieux : il y a vivre au dessus de ses moyens intellectuels. Je m'explique.

Habituellement, le processus de séduction qui s'impose lors de toute rencontre que l'on cherche a faire évoluer en une relation débouche sur une démonstration de force. Force physique, Force en retrait (modestie, humilité, patience, rejet du machisme) et Force mentale (volonté, sens des décisions, esprit d'initiative, culture générale...). Tout le monde vous le dira, les gars pressés de conclure, comme ceux qui sont les plus sincères, il est rare de ne pas succomber à la tentation de l'imposture. Pour plaire, il faut avoir des choses à donner à voir : une vie bien remplie, des projets en cours, des rêves un peu fous, des références culturelles en tout genre, des hobby originaux, des lectures en cours, des talents cachés... Je ne m'explique pas bien pourquoi mais, au cours de cette phase de séduction, assez curieusement, observateurs et protagoniste du jeu de séduction tolèrent, s'accommodent et même acceptent l'imposture comme une donnée normale : qu'un garçon fasse rêver, pourvu que ça marche. Tout se passe comme si, peu importait la part d'invention, de réécriture de la vie du garçon à ce moment là, les règles disparaissent... dans la chasse tout est permis (voyez la chanson de Cabrel Leila et les Chasseurs..).

En revanche, dès lors qu'une aventure se mue en une relation un peu plus sérieuse, il devient difficile pour celui qui a grillé toutes ses cartouches d'un coup, de maintenir un peu de suspense. Insidieusement, la vie devient répétitive et il n'y a plus que deux solutions pour maintenir l'illusion : mentir.... ou vivre au dessus de ses moyens intellectuels. Je ne développe pas la question du mensonge. Certaines personnes sont très à l'aise avec ça et même parviennent à s'y épanouir ou entretiennent un rapport pathologique à l'égard du travestissement du réel. Soit. Moi ce qui m'intéresse en revanche, c'est ce phénomène de la vie intellectuelle à crédit. "Vivre intellectuellement à crédit" ça veut dire quoi d'abord ? Ben absolument la même chose que "vivre matériellement à crédit". Cela veut dire qu'on emprunte, qu'on prend des options et qu'on fait des choix que l'on rembourse à coups d'expédients. Concrètement ? Vous avez grillé toutes vos références prestigieuses en termes de cinéma dans des discussions avec la fille, mais vous ne voulez pas perdre la face : soit vous mentez et ça donne un "ha oui ce film je l'ai vu (alors que vous ne l'avez pas vu et vous ne savez même probablement pas de quoi ça parle) c'est pas mal...." / soit vous vivez à crédit, c'est à dire que vous sacrifiez dans l'urgence tout ce que vous êtes en train de faire et qui est pourtant prioritaire, pour vous mettre au diapason et vous refaire une provision de références culturelles. Autrement dit vous donnez à la construction de votre culture un caractère d'à-coup, d'expédients mal digérés et entrepris dans l'urgence. Vivre à Crédit intellectuellement, cela veut dire se constituer ponctuellement des réserves de références culturelles pour impressionner. Il y a quelque chose d'admirable dans cette fuite en avant, qui a quelque chose de sacrificiel. Celui qui vit réellement à crédit témoigne à la fois de son désir de plaire encore, de sa dévotion pour l'être aimé (que cette dévotion ait, ou non, des motifs inavouables)
et fait preuve, par là même, d'un certain sens du tragique.

Le drame c'est qu'on ne se construit pas une culture en un jour. Le drame, c'est qu'on assimile pas un capital de références culturelles, comme on peut s'approprier une fortune rapidement. Le drame, c'est qu'il faut du temps pour parvenir à manipuler ses références culturelles avec naturel et avec élégance. Et de la même manière que les parvenus choquent par leur manque de manières et de bon sens, ceux qui se sont constitué un capital culturel à crédit ont la vulgarité d'une Ferrari au milieu d'un stand d'Aston Marteen. C'est frais, c'est rutilant, ça pète... ça c'est sûr. Mais de profondeur, point. Il n'y aura jamais dans les propos d'un homme qui a vu récemment un film, cette curieuse et singulière obsession à essayer de relier cette nouvelle référence au reste de sa culture : cette entreprise, que l'on sent poindre chez les gens non pas brillants mais intelligents, qui consiste à chercher des ponts entre ce que l'on vient de vivre et ce que l'on a déjà vécu et qui est, la vraie capacité d'adaptation.

[J'ouvre ici une parenthèse de circonstance... Certaine personnes prétendent que la vie n'apprend rien et qu'il faut savoir ne rien attendre d'elle non plus... Ces mêmes personnes déclament avec beaucoup de contradiction que rester souple et flexible (i.e. : rester lâchement à attendre que ça se fasse et puis se laisser bercer une fois le train pris) signifie avoir une capacité d'adaptation et mûrir. Je me marre. C'est vrai, pourquoi risque d'espérer et tenter des choses aveuglément quand on peut très courageusement conserver son petit univers moche et répétitif... je me marre je vous dis.]

Mais revenons à nos culturistes du cerveau... le drame dans tout ça, c'est que d'une volonté de bien faire, une bonne intention (un brave type qui veut continuer à briller devant sa Belle) va progressivement dévier de la trajectoire pour atterrir sur la piste de l'indifférence. Vivre matériellement à crédit cela veut dire échelonner les paiements et donc, accéder avant l'heure à un certain confort.... mais si on peut tricher sur ce signe qu'est l'argent, si on peut manipuler les chiffres, on ne triche pas avec l'esprit. On ne force pas un cerveau à prendre de l'âge et à engranger des connaissances toutes prêtes à l'emploi.

Voilà comment, une fois de plus, je me retrouve, au milieu du mois de mars, sur la piste d'un pays inconnu, complètement perdu, un pays très très froid et pas très accueillant... Voilà comment je me retrouve seul à me demander, comment j'ai pu autant perdre de vue l'objectif initial et comment j'ai pu croire que dévier ainsi était une priorité dans ma vie. Voilà comment je me retrouve à recoller les morceaux en me maudissant d'avoir voulu vivre à crédit une fois de plus.
Je m'en remettrai (je crois que c'est déjà fait, en réalité...). Mais dans la mesure où ce n'est pas la première fois que j'éprouve ce sentiment de vide, de dépossession (hé oui, c'est dur de se dire que la vie qu'on mène est vraiment intéressante après avoir tout donné comme ça), je me repasse en boucle ce vieil adage qui dit "Même la plus belle fille du monde ne peut donner que ce qu'elle a". Alors quoi faire pour ne pas être un flambeur qui doit ensuite vivre à crédit ? Se dévoiler petit à petit ? Conserver du mystère ? Mentir ? Être pingre ? sans doute un peu de tout ça. Mais je crois surtout qu'il va falloir arrêter de se lancer à corps perdu dans des aventures qui ne m'ont pas encore présenté quelques gages de... disons, réciprocité. Puisque "coucher ne veut plus rien dire" (les jeunes femmes le reconnaissent d'elles-mêmes) et puisque l'objectif est de me préserver tout en me construisant, alors j'attendrai un peu plus que le lendemain d'un rodéo de sexe pour déclarer "je t'aime" à ma partenaire... même si ça me coûte et que je dois réprimer un mouvement de sincérité. Je grossis le trait... mais il y a un peu cela.

vendredi 7 mars 2008

Détour obligé par les ruelles de la simplicité

Je dédie ce projet à M. Meschkini, réalisatrice afghane
à qui l'on doit aussi le très émouvant
Le jour où je suis devenue une femme.
Kaboul n'est pas le seul endroit sur terre
où l'enfance a un visage qui dérange.
Puissé-je trouver, dans mon Japon ré-approprié,
les images qui illustrent mon propos.


Bon ça y est : le fil de mes vacances est trouvé : j'avais déjà une petite idée du décors (Japon de l'Envers, Kanazawa et la côte Nord), mais cette fois, je sais que je vais chausser mes pellicule autour d'un angle. La thématique sera celle de la perte avec pour titre : "Enfance gâchée, Enfants pourris". Attention, je n'entends pas faire uniquement des portraits d'enfants. Derrière le vocable "enfance", il y a bien sûr l'enfance qui s'attarde, l'enfance que l'on regrette, l'enfance que l'on se représente, l'enfance vécue comme un âge d'or ou comme un calvaire dont on est sorti avec peine et pour son plus grand soulagement. Autrement dit, la gammes des clichés que je vais chercher à saisir est assez large :

_ Les portraits d'enfants sont un premier aspect de cette collecte. Ils constituent en fait le jalon imaginaire à l'aune duquel se mesure l'imperturbable immobilité de l'enfance.

* Je voudrais faire quelques portraits d'enfants sortant de l'école, dans des magasins de jouets ou accompagnant leurs parents. Ce sont les images souriantes, amicales, confiantes, naïves et mièvres de l'enfance éternelle, celle qui nous rassure et à laquelle nous pensons tout de suite.
* La place des enfants qui pleurent ou qui affichent un visage plein de contrariétés constitue le deuxième volet du triptyque : l'enfance gâchée, c'est aussi les difficultés identitaires, les vexations, les frustrations de l'univers enfantins, sa cruauté propre, aussi.
* Enfin, je vais essayer tâcher de photographier des enfants en position de consommateur : glace à la main, gâteau au bec, achetant ou lorgnant sur une vitrine (je songe notamment à ces images des années 20 qui montrent des garçonnes de dos tirant le bras de leur compagnon pour désigner le reflet d'une vitrine).

_ Les portraits d'adultes occupent une place qu'il ne faut pas négliger. Tout d'abord parce qu'il y a un enfant qui sommeille en chacun de nous, ensuite parce que nous avons tous gardé des réflexes d'enfants, nous en avons parfois les gestes ou les hésitations, enfin parce que nous songeons à l'enfance, nous regrettons la nôtre ou nous la maudissons, nous observons celles des autres.

*Portrait de l'enfance perdue avec des visages âgés ou angoissés (l'ère du soupçon commence quand s'achève le règne de l'enfance). Visages de grands-parents, femmes enceintes ou couples de dos en kimono attendant l'arrivée d'un heureux événements qui n'est pas (encore ?) venu. En bref, photographier l'absence et les effets de l'enfance comme marqueur temporel et spatial des univers mentaux humains.
*Dans la famille des pauvres, je voudrais l'enfant : je vais faire ma traditionnelle virée dans les campagnes et dans les faubourgs. Une étape qui ne devrait pas trop poser de problème et je sais à peu près ce que j'attends : mendiants.
* Enfin, l'enfance pourri est celle qui s'attarde : le Japon m'offre un terrain de jeu fantastique avec les games centers et les jeux d'arcades où des cols blancs refont les mêmes gestes qu'ils faisaient devant leur console à 6 ans. Photographier l'addiction aux jeux, aux loisirs, au plaisir instantané et immédiat (je pense qu'il ne devrait pas être trop difficile de le faire en cette Golden week sur laquelle je vais mordre !). Photographier donc, les adultes aux comportements infantiles autant que filmer le malaise d'une société qui a perdu ses repères mais est sorti de la croissance... Une société qui travaille constamment mais qui, dans son absence de congés et de temps libre, ne peut que se transformer en une gigantesque ruche, une machine à jouir et produire de la jouissance immédiate et non recyclable.

_ Enfin, l'enfant, ce sont des objets, des ambiances, des lieux. Le parc public, le ballon de football, la corde à sauter. Ce sont des endroits que l'on abat. Je vais tout faire pour trouver :
* Les lieux de l'enfance qui sont tombés en désuétude (parcs abandonnés, garderies ou écoles délabrées).
* Les objets de l'enfance dans des contextes désormais surhumain, adultérés (jouets au milieu de la jungle urbaine, invasion des jeux vidéos dans les campagnes).

PROJET
ENFANCES GÂCHÉES, ENFANTS POURRIS

Le Japon d'aujourd'hui rencontre le même mal que bien des pays asiatique développés ou en cours de développement : la fin de la famille, la perte des repères. L'enquête que je vais tenter de réaliser a pour but de photographier les effets d'une croissance économique fulgurante une fois qu'elle s'est retiré. Que reste-t-il des enfants ? Tout, mais à tous les âges, tous les degrés. Je vais photographier une ruche en effervescence dont les rouages sont tellement écrasant qu'il n'est pas possible pour ses individus de remettre en cause le système. Il n'est pas possible de renoncer à la sacrosainte consommation, ni de sortir des sentiers battus. Il n'est pas possible de raisonner sur son existence en termes d'équilibre. Il est inconcevable de et périlleux de parvenir à joindre l'utile à l'agréable, le loisir avec une certaine forme de modération. La société japonaise vit d'expédients, d'épargnes à des taux dérisoires, de loisirs consuméristes et pathologiquement démesuré. Ses membres accumulent ponctuellement un capital dévolu à une consomption immédiate et irraisonné. Sa richesse sert des trajectoires humaines qui sont des flambées de poudres allant se perdre dans la triste monotonie d'une vie quotidienne qui finit par les rattraper. Le passage de l'enfance, de l'adolescence à l'âge adulte, qui impose l'intégration des loisirs et des plaisirs à une existence meublée et conditionnée par un emploi, n'est pas ici vécu comme une construction, mais comme un feu d'artifice, ces hana bi que l'on tire sur les plages lors des soirées étouffantes de l'été et qui sont voués à s'éteindre aussi vite qu'ils ont commencé. Non, la société japonaise n'est pas le temple de la frustration, mais elle en a l'amertume, l'abnégation consentie. Il en va du Japon comme des amours perdus ou des turbulences de l'Histoire : toutes faites de trajectoires brisées et de renoncements, le regret en option.

Dans cette partie infinie de cartes, où tout le monde joue à jeu ouvert, pour ne jamais rien mettre de côté durablement, l'enfance est devenue une option que l'on prend à tout âge, à tout moment, en toutes circonstances. Elle est ce, vers quoi l'on se tourne, vers quoi l'on regarde, autant que ce que l'on cherche à fuir. Adultes en mal d'enfance et enfants trop absents ou trop vieillis, voici ce que je voudrais photographier.


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Je fais ce voyage pour oublier. Pour tourner la page. N'oublie pas, dit le garçon nommé Or, n'oublie jamais qu'il existe un Japon bien à toi. Un japon en noir et blanc, mais aussi couleur, celui de pastèques sur la plage, des stands de nouilles ramen, des okonomiyaki... Ne perds jamais de vue ce qui t'enchante, ce qui te fait rêver, cette désinvolture qui est aussi un peu de la tienne. N'oublie pas les transes de délire nippones, les librairies, les commerçant qui alpaguent. N'oublie pas les distributeurs automatiques dans les rues, les Convenience Stores et l'humour. Ne t'attends pas aux rires ni à la chaleur : les tours de Shinjuku sont froides, mêmes en été, mais n'oublie jamais, que le Japon de l'envers rit sous cape et que toi aussi, tu peux le faire.



jeudi 6 mars 2008

Enfants de putains et putains d'enfants

Août 2007,
西安 Ltd. 快车, Province du Sha'anxi, Chine
Baby got back

En Chinois, le caractère 子 (zi.3.) a deux acceptions : le jeune enfant... et le maître.

Les gloses ne manquent pas, qui tentent d'expliquer l'unicité du référent malgré la différence de nature fondamentale entre les deux concepts ainsi reliés. Immédiatement, il faut en convenir, le facteur d'explication le plus satisfaisant réside dans la déconstruction : l'univers mental Ouest-européen, qui voit dans la vie une trajectoire linéaire irréversible, valorise le poids des années, associé à l'expérience, à la maîtrise accumulée au fil des ans. Dans un tel contexte, la maîtrise est l'exact opposé de la jeunesse, et l'enfant s'oppose au maître autant qu'il en besoin. Dans la vision cyclique asiatique, le maître a autant besoin du disciple que ce dernier n'attend de lui. Bien sûr, l'aînesse et l'âge sont aussi synonymes de grandeur en termes de considération, mais la vision de l'humanité place, dans l'enfant qui vient de naître, tous les espoirs de continuité et d'amélioration.

Il n'est plus d'usage de considérer l'enfant comme un être en devenir dans le monde occidental : être imparfait, être inachevé, l'enfant n'est pas "en puissance", mais un être qui n'est "pas encore". Il faut souvent chercher loin dans les mentalités et les cultures pour retrouver cette vision des choses que l'individualisme a fini par rendre caduc.

Voici quelques temps déjà, j'avais lu, sur un poster canadien, le slogan suivant : "nous ne transmettons pas la Terre à nos enfants, nous la leur empruntons".

L'humanité marche à rebours. Les enfants ne sont plus un trésor. Comment pourrait-il en être autrement dès lors qu'il s'agit de consommer ? Dans ces conditions, les enfants ne peuvent être que deux choses : des consommateurs de plus (et donc un marché) ou un moyen d'accéder à la consommation (et donc une main-d'oeuvre, une source de revenu). L'instrumentalisation de l'enfance est une manipulation consentie ou nécessaire. Elle a ceci d'extraordinaire, qu'elle confère à l'enfant, un statut inférieur, mais une fonction égale à celle des adultes. Ils ne sont pas encore, mais ils doivent déjà consommer autant. Ils n'ont rien, mais ils peuvent déjà tout avoir. Comment peut-il y avoir encore une place pour une construction du soi, patiente et réfléchie ? Comment peut-il y avoir encore de l'estime pour ces êtres hybrides qui revendiquent autant que les adultes mais qui nagent dans l'univers mental de l'enfance ?

Lorsque j'ai commencé ce blog, je me souviens avoir consacré de longues lignes à comprendre les raisons qui me poussaient à photographier les enfants. Je ne reviens pas sur ce que j'ai dit. Je souhaite simplement procéder à un ajout, une précision. En sus de l'inavouable, du caractère malsain ou malveillant de la photographie d'enfant, je crois que le portrait d'un gamin est une façon commode et économique de croire encore au visage innocent de l'enfant. Nous savons que la réalité est tout autre, mais les portraits, eux, ne changent pas. Bien sûr, signe des temps qui changent, les photos mettent désormais en valeur les qualités adultes déjà visibles ou que l'on sent poindre chez certains bambins, mais dans l'ensemble, le visage de l'enfance demeure figé.

Un fossé sépare donc l'enfance en image (qui demeure monolithique et idéale...) de l'enfance dans les fait (qui s'hybride et se comporte comme l'âge adulte). Vaut-il mieux changer ses désirs, ou l'ordre du monde ? Faut-il photographier l'enfant devenu monstre et cesser de perpétuer une vision hypocrite ou faut-il essayer de changer la situation ? Quoi qu'il en soit, le hiatus entre la réalité et l'image est intéressant. Je pense que je vais m'intéresser à la chose ce printemps... Photographier la monstruosité de l'enfance est une chose. Saisir sur les rouleaux son adultération en est une autre. Voilà quelques temps déjà que je ne m'attendris plus devant nos petits monstres. Mais les photographier continue à me plaire, alors pourquoi bouder ses envies ?

mercredi 5 mars 2008

Soon or late he'll run out of windows


On dit que Henán Cortez, lorsqu'il débarqua sur les côtes du Mexique, brûla ses vaisseaux. Point de retour en arrière possible : avancer... avec les regrets en option. Une amie m'a récemment fait remarquer une chose très juste : l'esprit humain a structurellement besoin de se garder une porte de sortie (fût-ce la fuite pure et simple). Quelle que soit la situation, la liberté s'exprime et se ressent d'abord comme la possibilité de revenir en arrière, le fait de pouvoir (être capable et se donner le droit de) tout plaquer et prendre la tangente. La liberté est donc, partiellement et avant tout la liberté d'avoir peur et de réagir en conséquence.

"Mais il y a un temps pour tout" a ajouté cette amie. Lorsqu'on s'engage dans une voie dont on n'a pas à craindre, a priori de faiblesse apparente ou connue, il importe aussi de savoir refermer les portes derrière soi. "Avancer, tout le monde peut le faire. Avec beaucoup d'aplomb et beaucoup de morgue. S'avancer en refermant les portes derrière soi, en se privant d'options et d'échappatoires, ça, peu de gens savent ou sont prêts à le faire".

Autrement dit, la liberté n'est pas une notion monolithique. Catégorie de pensée figée, Elle appartient au monde des concepts dont nous saisissons intuitivement la teneur sans jamais en avoir autre chose qu'une idée floue. Lorsque la liberté se transpose dans le monde réel, lorsqu'elle épouse les aspérités de trajectoires individuelles, elle cesse d'être un idéal pour devenir une attitude. Elle ne peut donc demeurer quelque chose que l'on revendique. Les mots sont creux si les décisions ne suivent pas. Ce constat m'inspire une remarque... Voilà sans doute pourquoi la libération est structurellement vouée à la réussite alors que l'exercice de la liberté ne peut qu'échouer. On se libère comme on prépare un projet : dans l'effervescence, dans un accès de volontarisme, avec un enthousiasme et des promesses qui ne coûtent rien à leurs auteurs. La libération suit un schéma fixe, quels que soient les âges : une action balaie une situation devenue intolérable. Mais détruire, l'homme en est capable naturellement. il le fait quotidiennement sans état d'âme. Le problème n'est pas seulement d'obtenir la liberté. Mais d'en faire quelque chose. Or vivre libre est comme faire oeuvre de création : construire sans en avoir conscience, en suivant un projet et en y restant fidèle. Voilà sans doute pourquoi il est beaucoup plus simple de prendre la défense des opprimés que de songer à sa propre conduite. Voilà sans doute pourquoi il est beaucoup plus simple d'être un combattant de la liberté : parce que se battre pour la liberté des autres et leur donner, c'est faire l'économie d'un combat beaucoup plus dérangeant : le sien propre. Sauver la liberté des autres c'est aussi chausser le masque de la noblesse et de l'indépendance à peu de frais.

Je ne nie pourtant pas qu'il existe des libérations qui s'imposent. Je reconnais volontiers qu'il est des combats pour la liberté qui en sont d'authentiques et que toute lutte pour s'affranchir d'un fardeau mérite d'être pris en considération et examiné. Mais pour nous autres les nantis, cessons de détourner le regard vers ces difficultés des autres pour oublier nos problèmes domestiques non résolus. Cessons de nous tourner vers des dévotions et des guerres qui nous allègent la conscience si facilement.

Que faire alors ? Je ne sais pas. Peut-être cesser de regarder mes chaînes et essayer de faire quelque chose de ma vie. Ce serait bien. La trentaine approche.

mardi 4 mars 2008

"Neige en août, pâté en croûte", "neige en mars, sus aux garces"

Août 2007,
Gare de marchandises de Jiayuguan, Province du Gansu, Chine
Accrochez-vous les enfants, Kim est de retour
et nul ne sait ce qu'il a mis dans le moteur cette fois


La neige tombe à nouveau.

J'ai pris la voiture cette après-midi pour me rendre dans la haute vallée de la Vologne. Les sapins d'ici sont d'une tristesse sans nom, mais leur masse ployant sous le poids de la neige fraîchement tombée est un régal pour les yeux. Comme il m'était arrivé au Japon ce Noël, j'avais d'emblée décidé de ne pas emporter mon armada photographique. Lorsque la courses des événements et l'image que l'on s'en fait est agréable à vivre par avance, je préfère laisser mes rouleaux à la maison. Il y a des choses qui ne se racontent pas, d'autres qui sont faites pour être appréciée sans filtre. Oui, il m'arrive aussi d'oublier mon appareil.

Demain, si le temps se maintient, je retournerai voir les flocons tomber. Cette fois, je serai accompagné d'un objectif.

Lorsque j'ai acquis mon boîtier définitif, voici quelque temps déjà, je m'étais fait un devoir de reproduire dans sa carcasse métallique, les mots du poète japonais Bashô, un haiku qui m'avait beaucoup plu et dont j'ai fait ma profession de foi, dédiée à l'image, à la photo et au reportage.

"Allons regarder la neige, Jusqu'à en tomber nous-même"

Je suis à deux doigts de récupérer mon temps libre. Ce temps qui n'appartient qu'à moi. J'ai déjà mille et un projets pour le remplir, pour en faire quelque chose de plus conforme à ce que j'imaginais de ma vie. Il y aura du sang, c'est sûr, mais la perspective de recouvrer ce qui ne m'est pas dû, mais que je me suis aliéné pendant tant d'années me réchauffe le coeur... au point qu'il faut que j'aille apaiser l'ébullition sous les giboulées neigeuses de mars. Bientôt, quoi qu'il arrive, où que je sois, je serai à même de sourire. Ce n'est pas rien.

La vie est merveilleuse.

lundi 3 mars 2008

Achten seine Versprechen ist grundlegend Höflichkeit, Fraulein... So schlimmer für Sie !

Décembre 2007,
Osaka-jô, Osaka, Province du Kansai, Japon
Another missed shot ? So what ?

The rain comes pouring down since two days, and I can't wait for a bright interval... Luckily, I followed my intuition last friday and took advantage of the sun to spend time trhough the abandonned buildings of a former wood crafting factory nearby. I used to play there when I was a teenager. A cousin suggested we could convert this ruins field into a crazy kart trail. At the time, I thought it was a good idea. I'm not so sure today. I spent long minutes looking for some angles to shoot. I found a rusted and dusty kid bike among the junkyard behind buildings and I started shooting a serie I'm going to intitle "disparition". In French, La disparition is not only a style exercice performed by Mister Perec (a complete novel written without words using the "e" letter). "Disparition" is implying collapsment, violence, deprivement. Somehow, Disparition is the word we're thinking of when something irrational and ununderstandable happened. La disparition is always covered with a mask of mystery and sudden.

I started thinking of this as I was heading home. That's how came the idea to buy a couple of rolls and hand over the opportunity. In that serie (I unfortunately don't have the material to develop the rolls here, so I won't be able to put online some of the results before a few days), I tried to suggest the absence created by an accident. Only objects or element of the scenery are to support the violence message. The rest is imagination. As I read it recently, once the photographer or the artist understood that reality and life are not transmitable things, but always result from a construction (plastic composition and construction of the mind), they're on the good path to revolve and improve their creation. So I shot. I shot scenes of disparition, I shot something that couldn't be seen, I shot the frame where other minds could then see something. Hope it'll be good.

Some people say I'm thinking too much. it might be true, but it's the only way I could find to make something of my life. I don't want to forget real life. i'm not a refugee of the world lost in the imagination camp. But for instance, as I'm writing now, I still don't know if the result of thoses long hours of shooting will be satisfying. Maybe not. Maybe yes. anyway, I have to wait. What am I to feel if the whole serie is a failure ? Will I cry ? No. Because thinking of this serie and of what it was to me already gave a sense to this excursion.

That must be why I'm not so found of digital photography : numerical pictures are for people only living the present. They need instantaneous answers, reaction. It's killing time. In life, very often (all the time actually), answers are never to come immediately. They leave us behind, with nothing but some good reason to hope for a happy ending. In life, nothing's for sure and the mind changes its way to see an event. In life, we're always to improvise without knowing in advance what will be the result. Classical photography is like this. Rolls, in the dark secret of a box we're trying to manipulate in a skillful way : very limited control actually. Answers, fragments often, come long after. Clasical photography is an art of patience, a school of life. It forces us to cope with the powerlessness we're suffering most of the time about important questions. Shooting a picture is taking a risk : no way back. No possibility to erase and start again, "for fun". It's no videogame where a missed opportunity is forgotten immediately because another is upcoming. Life is not pretending. I don't want no fake either.

That's why I spend so much time thinking. While digital could lead me to enjoy only present things, I like to take advantage of the delays to think over my decisions, the moves I did. It's no big deal, but I do think that's how someone can learn the price of life, the importance of not wasting.

I almost came to digital photography some weeks ago. I was lurking at a brand new Nikon, but I'm not wanting anymore of this. I'm not regarding the picture results. Photography is a way to build myself and find answers to my life. Of course, in the end, the results are the same. But what matters in life is ethic, skills, how we proceed to go from A to B. An African proverb says "give a fish to a man, he'll eat a day. Teach him how to fish, he'll eat all his life". I'm not going to sacrifice the precious moments of my life to childish whim and will for immediate answers : better wait and learn slowly. Sorry folks, keep the elevator, I'll take the stairs.



PS : Thanks Flo, for the German papist touch you gave to thoses assertions.

L'automne, c'est l'idéal pour se marier : on peut inviter les ours et les écureuils

Décembre 2007,
Station ferroviaire d'Hakodate, Japon.



Je viens de terminer la lecture d'une nouvelle tiré du recueil L'Eléphant s'évapore de H. M... ha oui, ceux qui me lisent doivent finir par en avoir assez de voir son nom revenir avec une telle insistance dans ces lignes. Toujours est-il que la fin est superbe. Il m'arrive souvent de reproduire d'assez longs extraits, des citations souvent diluées, mais dans ce cas, il serait vain et inutile d'y ajouter quelque glose que ce soit : ce que l'auteur écrit, ce qu'il couche sur le papier n'est rien d'autre que ce que j'éprouve au plus profond de moi.

Un cargo part pour la Chine
Je voudrais le prendre avec toi
En réserver les cabines,
Juste pour toi et moi...

Vieille Chanson
(...)

"Si aujourd'hui, à trente ans passés, je me retrouvais à percuter de toutes mes forces un poteau de basket en courant après une balle de base-ball, si je me réveillais à nouveau avec mes gants tout neufs sous la tête en guise d'oreiller, qu'est-ce que je dirais ? Je dirais sans doute : "je ne suis pas à ma place ici".
C'est dans un train de la ligne Yamanote que cette pensée m'est venue. Debout devant la porte, cramponné à mon ticket pour ne pas le perdre, je regardais le paysage défiler derrière la vitre. ma ville, ce paysage, pour je ne sais quelle raison, me déprimait profondément. Une fois de plus j'étais accablé par ce syndrome de noirceur mentale, commun à tous les citadins, cette espèce de gelée au café vaseuse qui revient régulièrement m'assaillir. Les immeubles sales, la foule des gens inconnus, le vacarme incessant, les wagons à l'heure de pointe où l'on est serré comme des sardines, le ciel gris cendre, les panneaux publicitaires qui emplissent le moindre espace libre, les désirs, la résignation, l'irritation, l'excitation. La ville offre un éventail de choix innombrables, de possibilités innombrables, et, en même temps, elle ne donne rien. Nous saisissons tout cela dans nos mains, pour découvrir après qu'elles sont vides. Zéro. C'est ça, la ville. Je me suis souvenu tout à coup de ce que je disais à la jeune Chinoise : "je ne suis pas à ma place ici".

Tout en regardant les rues de Tokyo, je songe à la Chine.

J'ai rencontré beaucoup de Chinois dans ma vie. J'ai lu beaucoup de livres sur la Chine. L'histoire chinoise. L'étoile rouge sur la Chine. Je voulais apprendre des choses sur la Chine. Mais ce n'était que ma Chine. Une Chine que j'était le seul à percevoir, et qui m'envoyait des messages, destinés uniquement à moi. Différente de la Chine peinte en jaune sur les mappemondes. Une autre Chine, une hypothèse, une supposition. En un sens, une partie de moi-même que le nom "Chine" incarne. Je vagabonde à travers la Chine. Mais je n'ai pas besoin de prendre l'avion pour ça. Cette errance se déroule dans un wagon du métro de Tokyo, sur la banquette arrière d'un taxi. Cette aventure a lieu dans la salle d'attente du dentiste, au guichet de la banque. Je peux aller où je veux, et je ne peux aller nulle part.

Tokyo. Un beau jour, mêmes les rues de Tokyo vues de l'intérieur d'un wagon de la ligne Yamanote perdront toute réalité. Le paysage commencera à se désagréger derrière les fenêtres. Continuant de serrer mon ticket dans ma main, je regarderai fixement ce paysage. Sur les rues de Tokyo, ma Chine tombera comme de la cendre, envahissant tout. Et tout disparaîtra peu à peu. Non, ce n'est pas ma place, ici. Nous perdront tous les mots, nos rêves se fondront dans la brume. Tout comme cette adolescence pleine d'ennui qui paraissait devoir durer toujours a disparu soudain à un point donné de nos vies.

Une méprise, une erreur, comme disait cette jeune Chinoise d'autrefois (ou peut-être un psychiatre dirait-il cela). Finalement, ce sont peut-être simplement nos espoirs qui sont paradoxaux. Dans ce cas, l'erreur, l'erreur, c'est moi, c'est vous. Et dans ce cas, il n'y a pas de sortie possible, nulle part.

Pourtant, j'ai mis au fond de ma malle ma petite fierté fidèle d'autrefois, ma fierté de joueur de base-ball, je me suis assis sur l'escalier du port, et j'attends qu'apparaissent sur la ligne pâle de l'horizon, le bateau qui m'emmènera vers la Chine. Et je pense aux toits étincelants de lumière des villes chinoises, aux plaines verdoyantes.

Alors je n'ai plus peur de ce qui viendra après la destruction et la perte. Pas plus que le lanceur ne craint de lancer la balle hors du terrain, pas plus que le révolutionnaire n'a peur du garot. Si seulement cela pouvait se réaliser, si seulement....

Oh, mes amis, la Chine est si loin. "



dimanche 2 mars 2008

40° Celsius = 104°Farenheit

Juillet 2007,
Fengjie, District de Chongqing, Chine
"Build ? Non ce n'est pas seulement le titre d'un magazine
qui a coûté son honneur à Katharina Blum... "

Vous connaissez le film Violent Cop ? Ben là, c'est ce qui se passe.
Boiling point. Cant' stand anymore. Marre d'être planté devant l'écran. Assez d'attendre du mouvement. La réaction, les arcs-réflexes, l'instinct animal à court terme (genre vous avez faim, vous prenez un snickers), l'immobilisme et les paroles en l'air, ça suffit. Je viens de télécharger les nouvelles de jeunesse de mon cher 村上春樹. La machine s'ébranle de nouveau. Je sens poindre à nouveau la volonté que j'ai été sur le point d'abdiquer ha-ha ? ah-a ! Bah non, juste, "non". Après avoir cru en la chance, après avoir laissé un pli barrer mon front soucieux devant l'opacité, je dis "scandale", scandale, on se fout de ma gu.... et je vais pas laisser passer ça. Ou plutôt si, je laisse couler. Merci Flo d'avoir réussi à me convaincre qu'il faut tourner la page et même, changer de bouquin. On devrait toujours avoir un ami pour nous rappeler qu'il est six heures, que le pub ferme, que le vent souffle et qu'on devrait refermer la porte derrière soi.

Je n'ai plus aucune estime de toute façon. je ne peux plus y croire. Je ne vois pas de raison d'espérer (mais bon ça on le savait déjà depuis le début) et le peu qui était du à sa fiabilité a disparu. Même un changement brutal chez la partie adverse ne me ferait plus décoller... Or si je ne vois pas de raison de m'investir à fond, je préfère retirer mes billes d'un projet ! Alors c'est tout vu : et fini le yoyo ! Je vois le ciel s'éclaircir du point de vue de mon existence quotidienne. Je ressors des projets et des intentions qui me tiennent à coeur. Je me rend compte que d'autres personnes existent sur terre. Je constate que je peux plaire à certaines d'entre elles. Peut être que ma vie n'est pas aussi insipide que ce que son attitude m'a laissé le croire. Je reprends mes actions, je me retire de la boîte. Il y a d'autres possibilités et pas besoin d'être un requin de la finance pour se dire que l'océan est vaste.

En revanche, je conserve l'enseignement principal de cette retraite : je vais avoir 27 ans. Le temps s'accélère. Je ne peux le ralentir mais je peux le dilater. Je veux le remplir de plus de choses que j'aurai choisies. Je veux faire quelque chose de ce temps, et je ne crois plus que ce soit auprès de gens qui se prétendent "indépendants" que je pourrais trouver des partenaires fiables pour faire de ma vie ce que j'aimerai qu'elle soit. Je n'ai toujours pas de plan préconçu, je garde le champ des possibles aussi large que je peux, je veux laisser les hasards se déchaîner dans mon pré, mais je refuse de laisser des poseurs plus intéressés par leur image de free-riders s'occuper de la sono. En fait, je sais désormais qu'il y a une exception à mon éthique de vie : je cherche toujours à comprendre les positions les plus intenables, à comprendre pourquoi tel ou tel choix de vie. J'aime qu'une expérience soit vécues mais aussi réfléchie. Aujourd'hui je sais que ceux qui rejettent l'attachement de manière gratuite, blessant les êtres "prétendument" chers au passage, et vont pleurer après en se plaignant qu'on les abandonnent ou que ce sont les autres qui trahissent leur promesses, ceux là ne m'intéressent pas. Je ne veux même pas chercher à comprendre pourquoi un tel choix de vie : pour moi, le gâchis doit rester incompréhensible et tant pis pour ses adeptes... Le temps passe vite, vous savez ?

Il y des gens, dans cette vie, qui ne veulent pas vous assumer, mais ne peuvent pour autant vous laisser partir. C'est nul.

Un peu de couleurs, après une reconstruction sobre et un deuil en noir et blanc. Je suis de retour pour restaurer mon système. Merde à ceux et celles qui refusent de monter à bord ou suivent la carriole des yeux ! Merde à ceux et celles qui paniquent, sont et resteront probablement toujours des tièdes, des gens qui font tout pour ne pas s'attacher. Merde à eux et elles, et désormais, que ceux qui m'aiment me suivent. Pour les autres, 'y a pas de mal, ce monde est assez vaste pour nous tous, mais je connais un merveilleux petit hôtel perdu au fin fond de la Toscane, juste là où je ne foutrai jamais les pieds de ma vie : je vous prends une réservation ?


Août 2007,
Kangding, Province du Sichuan, Chine
谢谢康定的奶奶, 谢谢你为这粒念珠

samedi 1 mars 2008

La mémoire ne sert de rien si elle ne fait que suppléer au manque d'intelligence


Qu'est-ce qu'un retour d'expérience ? Tout simplement le fait de rouvrir un dossier du passé que l'on avait scellé pour toujours (du moins croyait-on). Qu'est-ce que ça coûte ? Beaucoup, souvent. Trop même. Mais je crois qu'il est temps d'admettre une chose : il y a des photos de choses qui appartiennent à un passé douloureux (portraits, décors, situations) mais dont le traitement a été conçu (plus ou moins consciemment, j'en conviens) dans une perspective qui dépassait dès l'origine, la simple vocation à rappeler un souvenir. De la même façon qu'il est plus convenable d'aborder une oeuvre littéraire sans tenir compte des idées, de la valeur humaine et des croyances de son auteur (voyez Céline), il est des photos qui n'appartiennent pas au monde des souvenir, mais au champ des essais tentés, des expériences réalisées sur le plan thématique et technique.

Ressortir ce dossier est délicat : voilà à peine un an, je faisais disparaître par le feu l'ensemble du dossier pictographique et matériel d'une femme. Pourtant, je suis bien forcé d'admettre que je ne puis, ni retrancher cette partie de ma vie sans amputer cette dernière d'une donnée constitutive de ma personnalité, et encore moins prétendre qu'elle n'a jamais eu lieu. Où vont les souvenirs et les expériences dont nous nions l'existence pour des raisons personnelles ? Ils restent en nous. Ils deviennent une forme de délicate excroissance avec laquelle nous refusons de vivre jusqu'à ce qu'éclose, les fleurs du mal, la frustration. Je crois et d'une fois sincère, que, quoi qu'il en coûte, il importe avant tout d'être au clair avec soi-même. Ce n'est pas en niant une expérience passée que l'on avance et que l'on se construit.
Je pense vraiment qu'il faut en passer, une fois le deuil accompli, par une phase de réinsertion, de réinvestissement : nous avons fait des choix, les assumer alors était facile car l'enjeu était alors vivace... savoir assumer des choix passés dont les enjeux ont désormais disparu est encore plus important : il ne s'agit pas de réécrire l'histoire, mais tout simplement de reconnaître que l'on doit parfois beaucoup à des choix qui nous apparaissent aujourd'hui erronés.

Que faire d'un retour d'expérience ? Je n'ai pas de réponse. Je consacre déjà beaucoup trop de temps à me demander comment insérer le temps présent à mon existence... comment pourrais-je avoir les moyens de travailler sur mon passé ? Par contre, du point de vue photographique, une évidence me frappe : je ne peux pas faire disparaître tous les clichés des femmes que j'ai fréquenté... Je ne sais pas ce que je dois faire, ce que je peux faire ou attendre de ces photos qui survivent au pilon, mais je sais, formellement, que certaines sont moins le produit d'une âme éprise, que celui d'un artiste qui se cherche - c'est pas la peine de venir m'emmerder avec le caractère prétentieux de cette dernière phrase, elle me fait aussi vomir et j'ai pas trouvé d'autre formulation.

Alors, oui. Oui au retour d'expérience. Oui au sauvetage honnête de la production formelle et technique au-delà du contenu et du sujet. Oui à la démarche constructive qui intègre au champ des expériences personnelles, celles dont la douleur n'efface pas la valeur. Oui à tout ceci à condition néanmoins d'éviter quelques écueil : la chambre des trophées (Hall of Fame), le révisionnisme, la mauvaise foi due au sursaut d'orgueil : avancer dans la vie ne signifie pas faire du chiffre quoi qu'il arrive, et le retour d'expérience ne peut réellement avoir lieu que lorsqu'un passé douloureux s'est mué en douleur passée.

цо я рошу ... цо я лювлю....

Mont Teide, île de Tenerife, Canaries
Photo gracieusement prêtée par Alexandre.
(Merci Manu d'avoir intercédé).




What can I do, when Red is upcoming ?
What can I do, reaching the dead-end sign ?
What can I say, if blured is everything ?
I still can't see where ends the crying line.

No,

There's more beyond, there's more to see,
There's more to learn from that wreckage,
Keep walking boy, walk to the sea,
give up the South, dance on the edge,

For on the verge, there lays the key,
For in your dance , there sleeps glory,
What you're seeking, what you desire
Will never be, in any "her"

Yes, my Boy,

Unleash your dreams, gather your strength
Nothing's for sure, nothing will stay the same
But what you do and the whole time you spent,
is never lost, should never brings you shame
If something's built, and if that "something"'s you,
You don't need love, you don't need any crew,
Get on your boat, sail to the North,
Make gold of what could be the worst.

This journey's not a way to expiate,
It's a new page whose surface awaits.
No Chapter II, no linked story,
This time you'll write, and you only,
Don't cry my boy, forget the schedule,
Life is never a four-hands novel,

It's a preface, some waiting room,
Straightly leading out of the doom,
A short ballad, until the gate
Opened wide, on your fate
Hope, little boy, hope sincerly,
don't get annoyed by nobody
Hoping's not a crime, it's just human
It's concentrated life, in a metal can,
Walk as you want, and don't forget,
What's your purpose, what's your object,
You're here for joy and not for pain
Bring back souvenirs, but don't get stained
Shoot the people, but don't get shot
You've got to be strong as a rock,
For what's after, for your true love
For this woman you're thinking of
Don't leave your soul, in the Islands,
Your heart belongs, to China's hands.


Août 2007,
Marché artisanal de Chengdu, Province du Sichuan, Chine
La vie comme elle vient ? Non, moi je veux y aller

这么好的天, 咱们可以干什么?

我不想说这个话: 我以为有信心为我。。。

今天 晚上 我忙学中文和。刚开始不难, 但是我们是六个学生, 我们的老师真迅速的。
我坐在办公桌前和觉得中文真不容易。。。 这么多作业!
真不容易可是,我听得懂中国电影人物说话 : 这就是我的快乐!
我也真喜欢中国作家写小说。
日本东京我还看过一本Chi Li写的小说: 它叫你以为你是谁?我觉得很意思了。
我真想去中国和驻在北京。。。 这么多不耐烦。
我当然知道北京和上海的法国学校只有几分工作, 但是要有信心。。。 没有信心, 怎么办呢?