mercredi 5 mars 2008

Soon or late he'll run out of windows


On dit que Henán Cortez, lorsqu'il débarqua sur les côtes du Mexique, brûla ses vaisseaux. Point de retour en arrière possible : avancer... avec les regrets en option. Une amie m'a récemment fait remarquer une chose très juste : l'esprit humain a structurellement besoin de se garder une porte de sortie (fût-ce la fuite pure et simple). Quelle que soit la situation, la liberté s'exprime et se ressent d'abord comme la possibilité de revenir en arrière, le fait de pouvoir (être capable et se donner le droit de) tout plaquer et prendre la tangente. La liberté est donc, partiellement et avant tout la liberté d'avoir peur et de réagir en conséquence.

"Mais il y a un temps pour tout" a ajouté cette amie. Lorsqu'on s'engage dans une voie dont on n'a pas à craindre, a priori de faiblesse apparente ou connue, il importe aussi de savoir refermer les portes derrière soi. "Avancer, tout le monde peut le faire. Avec beaucoup d'aplomb et beaucoup de morgue. S'avancer en refermant les portes derrière soi, en se privant d'options et d'échappatoires, ça, peu de gens savent ou sont prêts à le faire".

Autrement dit, la liberté n'est pas une notion monolithique. Catégorie de pensée figée, Elle appartient au monde des concepts dont nous saisissons intuitivement la teneur sans jamais en avoir autre chose qu'une idée floue. Lorsque la liberté se transpose dans le monde réel, lorsqu'elle épouse les aspérités de trajectoires individuelles, elle cesse d'être un idéal pour devenir une attitude. Elle ne peut donc demeurer quelque chose que l'on revendique. Les mots sont creux si les décisions ne suivent pas. Ce constat m'inspire une remarque... Voilà sans doute pourquoi la libération est structurellement vouée à la réussite alors que l'exercice de la liberté ne peut qu'échouer. On se libère comme on prépare un projet : dans l'effervescence, dans un accès de volontarisme, avec un enthousiasme et des promesses qui ne coûtent rien à leurs auteurs. La libération suit un schéma fixe, quels que soient les âges : une action balaie une situation devenue intolérable. Mais détruire, l'homme en est capable naturellement. il le fait quotidiennement sans état d'âme. Le problème n'est pas seulement d'obtenir la liberté. Mais d'en faire quelque chose. Or vivre libre est comme faire oeuvre de création : construire sans en avoir conscience, en suivant un projet et en y restant fidèle. Voilà sans doute pourquoi il est beaucoup plus simple de prendre la défense des opprimés que de songer à sa propre conduite. Voilà sans doute pourquoi il est beaucoup plus simple d'être un combattant de la liberté : parce que se battre pour la liberté des autres et leur donner, c'est faire l'économie d'un combat beaucoup plus dérangeant : le sien propre. Sauver la liberté des autres c'est aussi chausser le masque de la noblesse et de l'indépendance à peu de frais.

Je ne nie pourtant pas qu'il existe des libérations qui s'imposent. Je reconnais volontiers qu'il est des combats pour la liberté qui en sont d'authentiques et que toute lutte pour s'affranchir d'un fardeau mérite d'être pris en considération et examiné. Mais pour nous autres les nantis, cessons de détourner le regard vers ces difficultés des autres pour oublier nos problèmes domestiques non résolus. Cessons de nous tourner vers des dévotions et des guerres qui nous allègent la conscience si facilement.

Que faire alors ? Je ne sais pas. Peut-être cesser de regarder mes chaînes et essayer de faire quelque chose de ma vie. Ce serait bien. La trentaine approche.

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