
Final destination of this journey : the North Korean border.
Me voila au bout de la ligne. Impossible d'aller plus loin. Au dela des vertes plaines parsemees de montagnes et delimitees a l''horizon par les cretes du massif du Changbaishan, s'etendent les plaines et plateaux de la Coree du Nord, le Chaoxian.
Tout commence par une matinee comme les autres, a bord de l'express Changchun-Tumen qui relient les deux extremites de la province du Jilin en l'espace de 10 heures. vers six heures du matin, le lourd convoi militaro-civil s'arrete en gare de Tumen pour quelques instants. Sur une intuition romantique ( la derniere de ce voyage), j'ai souhaite terminer mon premier contact avec la region du Dongbei (nord-est de la Chine) en terminant la ou commence le dernier film de Lou Ye Yihe Yuan. J'ai voulu voir cette prefecture autonome des Coreens de Yanbian. J'atterri dans une petite ville perdue de province, ou le temps semble s'etre arrete. Il est tot, les rues entieres sont desertes. Les deventures des karaokes et bars qui bordent chaque cote de la rue, et crient au passant la detresse et le desoeuvrement des populations locales que tout eloigne des divertissements de la capitale Changchun, sont clos depuis peu.
Tot dans l'apres midi, les visages apparaissent dans les rues. Ils sont differents de ceux de la Chine que je connais. Le facies coreen apparait dans les traits de ceux qui me devisagent. Sur les levres des gens, je n'entends plus murmurer "ni shi laowai ma ?" mais "noneun hanguk saram ichimnika " ? Sur les devantures des restaurants, des principaux services et meme du bureau du BSP, l'alphabet hangul l'emporte en preseance. Nous sommes aux portes du monde Coreen.



Plus tard, dans le petit bus qui avance sur la route chaotique longeant le Tumenjiang, les villages rues apparaissent, dans un etrange melange d'architecture melo-moderne et nostalgique du temps passe. Des toitures de chaumes sur des armatures en beton armee.... des murs de briques abritees par des taules ondulees d'usines... deux signes qui sonnent comme une evidence la pesanteur culturelle de l'histoire : la Revolution culturelle est passee par la, mais les Coreens de Yanbian sont restes un peuple de la terre, foncierement oppose par attachement au confucianisme aux activites commerciales et attaches a l'agriculture... dans sa version collectiviste....
A Kaishanfun, a 46 km au sud, tout semble paisible. Un petit village traditionnel que l'on croirait tout droit sorti d'une carte postale...
Sur les berges et le long du lit majeur du fleuve, les fermiers des environs ont entrepris la culture de courges et de cereales dont on attend beaucoup. Des enfants qui rejoignent les parents aux champs, et les aident a porter l'eau et les outils vers le foyer, de l'autre cote de la cloture.

Et soudain, en face, sur l'autre rive, retentit le son strident des sifflets et les aboiements des chiens. Les paysans de la rive levent le nez et se hatent de ranger leur outils pour disparaitre. Un train fait irruption des bois de la foret en face. Accroche a la locomotive a vapeur, une demi douzaine d'hommes en uniformes fusil au poing, a l'ombre d'un des drapeaux les moins connus au monde : deux bandes bleu-blanc-rouges sertissant une unique etoile rouge sur fond circulaire blanc. Le train s'arrete brusquement devant un bunker a l'extremite du pont reliant les deux rives. La releve de la garde frontaliere nord-coreenne se produit sous mes yeux.
Et ce n'est qu'alors que je me rappelle et me souviens des signes indubitables de l'existence de la frontiere... malgre le cadre idyllique et champetres, je me rappelle avoir croise tant de ces panneaux fleches de rouges et portant avertissement en chinois et coreen. Je comprends a posteriori le regard meduse des locaux et des militaires chinois qui m'ont vu debarquer du bus au milieu des champs et marcher appareil au poing en direction des berges.


Surtout, je me rappelle de ce matin, lorsque, a peine mes affaires posees a l'hotel, j'ai courru vers le Gongyuan longeant le Tumenjiang et je suis tombe face a une plaque scellant l'amitie des deux pays. Non ce n'etait pas un simple jumelage de forme. Les echanges ont bien lieu. Du pont de l'amitie qui franchit les deux berges au droit de Tumen Sud, partent des convois de paysans chinois qui vont vendre aux nord coreens leurs surplus agricoles et industriels. Il existe bien des echanges, unilateraux et sous haute surveillance, mais la frontiere est, icic aussi vivante. Sans prejuger du malheureux sort des Nord Coreens, je me contente de rapporter dun bonheur egoiste et une experience toute personnelle... je n'ai jamais voulu faire de politique dans ces lignes, et ne vais surtout pas commencer en terrain aussi mine... je sais seulement que je suis heureux que ces quelques emotions fortes viennent clorent ce deuxieme parcours en Chine et m'aient redonne l'envie d'ecrire et de marcher l'appareil en main.
