Habituellement, les cartes postales que l'on exhibe de ses vacances estivales ressemblent un peu a ca : une mer d'huile avec la croisette et des panneaux indiquant la plage, une grande roue pour touristes ou des palmiers dominant la promenade se refletant dans le pare-brise d'une limousine, eh oui vous ne revez pas, vous etes sur la cote d'azur ou a l'ombre de palm Beach.
Pour moi l'ete risque d'etre un tantinet different sachant qu'en fait de decors estival, je n'ai droit qu'au fer forge des panneaux indiquant en russe ou en Chinois le nom de rues au pavement defonce, qu'en fait de pare brise je me contenterai de celui des vieux 4x4 de facture chinoise et que pour ce qui est de la grande roue ou des palmiers je ferai avec le gratte ciel de la China Unicom et avec les resineux de la Toundra.
La ville portuaire de Heihe, classee Yilei bianjing kou'an (port de commerce frontalier de premiere categorie) depuis le rechauffement des relations russo-chinoise de 1985, n'a plus grand chose a voir avec ce qu'elle etait 30 ans auparavant. Jadis concentration deprimante de corons et de structures collectives peu elevees et orientees Sud-Est / Nord-Ouest pour profiter d'un ensoleillement maximal, Heihe fait aujourd'hui place nette pour accueillir un semis urbain agence au cordeau et dispose de maniere strictement parallele aux rives du Heilongjiang. Des gigantesques aveues organisent la ville ou les projets urbanistiques dementiels poussent comme des champignons sous la houlette du Bureau de gestion urbanistique. Au detour des grandes arteres et devant les principales banques, les projets et leur investisseurs se donnent en spectacles dans des mises en scenes elaborees. La vitesse de delabrement des nouveaux batiment, mal entretenus et souvent declasses plus rapidement qu'ils n'ont ete construits n'empeche pas la ville de croire en sa bonne etoile.
Et de fait, le tourisme a explose depuis vingt ans. La ville accueille un flux croissant de Russes attires par la contrefacon chinoise et le faible prix des marchandises. L'influence culturelle russe, sensible jusqu'a Haerbin, est ici exageree, deformee, mise en scene : depuis les enseignes des commerces, restaurants et panneaux portant le noms des rues redigees en caracteres chinois et en cyrilliques jusqu'aux poubelles decorees sous la forme de poupees gigognes et aux marques des produits vendus dans les epiceries de la ville, tout est mis en place pour faire se sentir chez soi les voisins d'en face.
Situee a mi-chemin entre les deux rives du Fleuve Amour, la grande Ile de Heihe (DaHeiheDao) accueille commercants chinois russophones et touristes venus de Primorie, du Birobidjan ou de l'Amour venus les mains vides en quete de bonnes affaire. Veritable symbole des echanges transfontalier dans le triangle de cooperation Sunwan-Heihe-Blagoveshchensk cette ville est placee sous haute surveillance douaniere a nuancer neanmoins par la corruption endemique et le relative bienveillance des militaires chinois qui ferment les yeux sur l'absence de permis de certains touristes. En gros ou au detail, tout se negocie, exclusivement en russe. Les voisins russes, autrefois pourvoyeurs de biens de meilleure qualite, sont desormais demandeur dans un Extreme-Orient ex-sovietique abandonne de Moscou et de la redistribution de la croissance. Venus les mains vides, ils repartent par fourgons et valises de biens en tout genre, depuis des soutiens gorges ou des confiserie jusqu'aux machines outils Bosch et aux cabines de douches a jets...
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