Haerbin, enfin...
Un long week-end sans une seconde pour souffler... Haerbin, capitale de la province du Heilongjiang etale ses monstrueuses tentacules humaines de plus de 8 millions d'habitants d'apres le dernier recensement du gonganju (BSP). Quelques centaines de milliers de plus si l'on compte les migrants clandestins venus de Coree du Nord, les Russes et les enfants non declares...
La ville, jadis capitale du bois et joyaux de l'industrie maoiste n'a aujourd'hui plus grand-chose qui la distingue des autres grandes metropoles chinoises. 
Les grattes-ciel de verre et d'acier du centre ville donnent a voir une ville qui evolue a vitesse grand V. Le centre renove, ou ont ete preservees des batisses de l'epoque russe, alignent de longues avenues aux batiments baroques construit sur le modele architectural russe.
S'ajoute au patchwork architectural la trace du passe industriel : cheminees de briques rouges, anciennes manufactures, vieux hangars et fours mitent le semis urbain au detour des rues. Car les grandes enseignes internationales de la finance ou du commerce sont toutes presentes en facade : de Carrefour a HSBC, de Parkson a Macdonald...
Mais l'envers du decors est moins reluisant : mine par les decombres de la vieille Haerbin industrielle, la ville fait figure de Las Vegas pour les Chinois et de Far-West pour les touristes russes qui viennent consommer pour des prix derisoires ou ecouler les surplus de l'ex-armee sovietique. Boites de nuit gigantesques integrant patinoires et machines a sous, karaokes aux neons racolleurs et criards qui annoncent en russe que l'on trouve de la biere importee, marchands a la sauvette et prostitution nocturne a outrance font de Haerbin le lieu de toutes les folies dans un pays "ou le SIDA n'existe pas", qui ne tolere pas la pornographie et censure farouchement l'ivresse sur la voie publique.
Le climat social est explosif : quinze minutes sur le parvis de la gare centrale ferroviaire suffisent a s'en convaincre tant le luxe arrogant contraste avec la realite de la majeure partie des existences : toute une economie souterraine se reveille quand la chaleur de la nuit se fait moins forte et a mesure que le public frequantant la place change. Ici s'affichent tous les dementis de la propagande officielle : prostituees de tous ages surgissent des enseignes enterrees et accostent les passant dans la rue en Russe ou en Chinglish sans la moindre retenue ; SDF par centaines que la ville ne parvient plus a cacher malgre le discours de la municipalite qui refuse la realite post-maoiste et la faillitedu role social de l'Etat depuis la reforme de 1978 ; trafics en tous genres et contrebande de marchandises importees ou de contrefacons.
Le Heilongjiang cherche resolument l'ouverture, mais se laisse haper par ses contradictions. A cote des choix obvies et du sursaut nationaliste a l'approche des Jeux de Beijing, la capitale ne dissimule pas ses incoherentes options : un patrimoine naturel menace et l'envie de proteger cette nature n'empeche pas la ville de continuer a s'etendre versle Sud, en longeant la ligne haute tension qui relie les trois capitale de l'ancienne Mandchourie... La ville se veut la plateforme des echanges renouveles avec la Russie mais Haerbin n'a rien d'une metropole russe, la langue privilegiee demeure le chinois et les marchandises convoitees (parce que gage de bonne qualite et de savoir faire occidentaux) sont allemandes, japonaises et americaines.
Alors vers ou regarde le Heilongjiang ??
Une partie des reponses se trouve peut-etre plus au nord encore, en remontant a la source du probleme : la frontiere. Je prends aujourd'hui la route du fleuve, jusqu'a Heihe, petite ville chinoise face a l'orgueilleuse capitale de l'oblast russe de l'Amour Blagovechtchensk.
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