jeudi 27 novembre 2008

A l'ombre des fromages qui fondent comme des oeufs


Eastern Kansai,
2008


Le compte à rebours a démarré. Dans trois semaines exactement, je m'aventurerai dans une voie que je n'avais jamais songé à explorer. Je pars avec le sac au dos et la volonté d'avancer sans me retourner. Ce sera dans les confins nippons, sur l'île d'Hokkaido, que je voudrais m'échouer. Je vais traverser le Kansai, Shikoku, la vallée d'Iya, la plaine de Honshu et atteindre le Nord. Un vaste parcours pour oublier ce que je suis. Une longue marche pour laisser derrière moi des pesanteurs. Un long périple pour apprendre à ignorer le regard du père que j'ai trop souvent cru à m'épier et me juger au dessus de ma tête tandis que je cherchais ma mère dans les bras des femmes. Cette fois-ci, les grands espaces seront miens : je n'ai personne à voir, personne à aimer, personne dont je doive me convaincre qu'il faut m'accrocher. Je veux encore me laisser surprendre par la vie, me laisser porter d'idylle en rataux.
J'ai longtemps cru qu'il me suffisait de me laisser surprendre, et d'attendre de l'être encore plus. Aujourd'hui je pense qu'il vaut mieux une surprise que j'aurai gâchée en essayant de la confronter à ce que je suis vraiment plutôt que de chercher à la préserver intacte en s'illusionnant toujours quant à son idéale compatibilité avec moi-même.
En regardant par dessus mon épaule, je commence soudain à comprendre : j'ai aimé tombé amoureux d'étrangères et j'ai aimé les gardé loin de moi. Voilà ce que j'ai fait ces quatre dernières années. Aujourd'hui je voudrai coucher avec des étrangères que j'aurai choisi parmi celle que le hasard aura mis sur mon chemin mais me laisser le temps de connaître celle qui pourrait me faire ralentir la course pour faire un bout de chemin avec elle. Autrefois j'aurai tracé la route en affirmant haut et fort ne pas me retourner, mais je serai revenu en douce pour épier les signes d'après mon passage. Cette fois je cours, et il faudra bien m'interdire d'y revenir.

Pour la première fois depuis que j'arpente l'archipel, je veux revenir du Japon sans avoir cette fichue envie d'en rapporter des regrets, des remords, ou pire encore, une relation qui n'est qu'une idée séduisante.
Il faut préparer le terrain. Ce Noël le Japon, dans trois mois l'Allemagne, dans six la Chine, dans sept et demi la Corée et peut être le Japon... Tokyo, Kyoto, Berlin... Les mots de Peter Falk dans Himmel Uber Berlin résonnent sans fin... "It's amazing how little I know about this part...Maybe we'll discover it during the shooting... One good costume and let's hit the battle... Grandma used to say "Spazier" !... " Je me fiche de savoir ce qui m'attends. Je sais juste que j'attends d'y être et cette idée, pour la première fois, se fait sans idée préconçue.



dimanche 9 novembre 2008

しんせかい (新世界)


"Shin sekai" (シンセカイ) signifie "Nouveau monde" en Japonais. C'est le nom d'un quartier délabré et "délibarré" d'Osaka Sud. En son centre, une tour de 102 mètre de hauts érigée dans les années 1920, lorsque le Japon s'éveillait à la modernité et dont l'architecture aujourd'hui complètement surannée et kitscho-futuriste incarnait les promesses. Fleuron de du progrès technique et prophétie pour le Japon sortant de la féodalité, le quartier de shin sekai regroupait alors ce qui se faisait de mieux ce que l'on croyait savoir de l'avenir. Aujourd'hui, à errer dans ces ruelles abandonnée, on se prend à penser qu'un morceau du temps est resté prisonnier entre les mur de quelques pâtés de maisons. Une foule interlope et marginale demeure à traîner dans ruelles où s'accumule gargotes mêlant le style jamaïcain et la nourriture asiatisante, les patchinko d'un autre âge et les hôtels au couleur et décoration intérieure surgis des limbes du design. Une place d'une autre époque. Un lieu qui ne fait plus rêver que les touristes, les Japonais nostalgiques... et moi.
A déambuler dans ces rues avec l'appareil au poing, j'ai repensé aux premières séries d'Araki (Satchin et son frère) et les images de ce Japon d'après la guerre. J'ai vu des scènes drôles et tristes qui sont les merveilles de la quotidianité nippone avant qu'elle ne perde son âme. J'ai croisé des trajectoires humaines qui me renvoyait à mes propres errances et je crois que j'ai enfin mis pied au Japon. Il fallait que ce fut dit. Il fallait en passer par le début avant de revenir sous les bruyantes arcades de la mode de Dotombori. Marcher dans ces rues m'a fait du bien : que l'univers que l'on vient trouver n'est pas au rendez vous après 13 heures d'avion, il est à jamais difficile de réprimer le sentiment que l'on a été floué. Le Japon m'a déçu il y a un an. Soyons honnête. Il a failli sortir de ma vie en peu de temps. J'y retourne dans un mois et demi et cette fois, je sais que je marche seul et avec mes propres attentes. Le nouveau monde existe aussi à l'Est...





vendredi 7 novembre 2008

Il ne s'est rien passé, ou si peu

octobre 2008,
Osaka, Kansai, Japan


It's been a very loooong time I didn't update this blog... I can't help but sending one more post since it's on it everything began... I guess everything is to end here also. I'm walkin' all by myself again. But I can't say tears are numerous. This time I chose. This time I could foresee which burden I was about to carry on my back. This time I spoke and the other one and I agreed on the same conclusions. May Buddha be praised.

Voilà presqu'un an que j'ai poussé avec curiosité la porte du Japon. Je croyais sincèrement n'y trouver que néons phosphorescents et loisir futuriste. J'y allais justement pour tenter d'y trouver des traces du passés, des souvenirs d'un Japon révolu, des indices d'une survivance kawabatienne.
Un an plus tard, je suis toujours là, prêt a partir pour entendre résonner les gongs du nouvel an. Cette fois ci, je n'ai plus de guide, et je crois que c'est mieux ainsi. A trop découvrir et voyager à travers des pays avec des gens pour nous épauler, on finit par en oublier ce que l'on aime. Il ne m'aura pas fallu moins de 3 séjours dans les îles pour comprendre que le Japon risquait de ne jamais m'appartenir si je continuais à me faire traîner par une main trop insouciante ou celle d'une mère d'adoption. Il y a certes de l'amertume dans ces mots, celle probablement d'une liaison discrète et intenable, celle d'une tentative sérieuse qui a échoué. Mais je m'aperçois avec soulagement que je regarde en arrière avec une nostalgie sans tristesse. Et le Japon est toujours là devant moi. J'ai fini par le trouver, par y trouver ma place aussi. Affirmer que c'était pour ces mêmes raisons que j'y suis allé et que je voulais un temps y rester serait un mensonge déloyal.

Une voix m'a récemment enseigné un peu de zen... Une autre me demandais "mais bon sang, comment différencier les projets qui sont l'essence même de la vie et ceux qui ne sont qu'une danse pour surtout ne rien changer ?" Je crois qu'à cette question j'ai enfin trouvé une réponse honnête : il suffit de se demander au fond, ce projet, c'est quoi ? Si la réponse que je formule commence par des digressions, des nuances, de guillemets et subtilités en tous genres, alors c'est qu'il ne doit pas m'appartenir tant que ça... Il est alors temps de tourner la page (sans forcément la déchirer) et de faire voile vers quelque chose de plus personnel. J'ai longtemps cru qu'il suffisait de personnaliser l'approche. Je sais aujourd'hui qu'il faut aussi prendre garde au contenu... Si le projet est solide mais construit sur des bases étrangères, il est périlleux et illusoire de s'imaginer qu'on pourra faire les aller-retour entre soi même et un autre soi qui serait de circonstances... Au fond, c'est peut être ça la difficulté réelle d'une relation à distance : l'énergie passée à combler le manque pour y mettre les formes, nous détourne souvent un peu trop du contenu.

Une séquence de ma vie s'achève : pendant longtemps j'ai seulement rêvé d'un vol dont j'ignorerai jusqu'au moment l'atterrissage, où il me mènerait. Pas nécessairement loin. Pas nécessairement pour toujours. Aujourd'hui j'aspire à un lieu précis et je voudrais que ce fût pour des raisons que j'aurai choisies, par des moyens que je me serai donné. La part du hasard et des accidents demeurerait la même... mais s'y ajouterait enfin, jusque dans l'amertume de mes défaites, le sentiment que j'ai vécu ce que j'ai traversé.

En route, enfant de Yam, la yourte est repartie.