Les instants de la vie des autres sont une chose merveilleuse. Sur les rouleaux, ils rayonnent, ils peinent, ils communiquent une joie et des émotions qui sont un carburant de ma propre existence. Je ne sais si l'on peut parler d'une vie par procuration. Je ne le crois pas. Tout commence par un mouvement de foule, à la sortie du métro ou par une belle journée ensoleillée, lorsqu'un visage se tourne en direction de l'oeil de l'appareil. Un rapide regard, un clin d'oeil consentant, un sourire ou une grimace mal à l'aise. Nul ne pourrait dire combien de fois nous avons croisé ce genre de situation. Nul ne saurait dire pourquoi il a ressenti un profond sentiment d'aliénation à cet instant précis. Et pourtant peu de gens savent combien il est difficile de saisir en vol la magie de cet instant. C'est une évidence, le naturel est quelque chose d'insaisissable. Depuis cet hiver, j'aime prendre mes clichés sans poser. Je remercie le numérique d'avoir mis entre mes mains un redoutable filet à papillon pour capturer ces échanges invisibles qui brassent l'air quotidien des semaines tranquilles de vacances.
A toutes ces inconnues que j'ai eu le courage d'affronter du regard pour leur demander du coin de l'oeil si je pouvais figer leur image sur mes circuits imprimés, je dis merci. Peut être le numérique effraie-t-il moins par son protocole plus simple. Son oeil est plus gros mais ce qu'il inspire est moins effrayant que la pesante présence d'une alchimie argentique surannée. Toujours est-il que je dis merci. Merci d'avoir enrichi mes errances et de leur avoir imprimé un peu de vos mystères.
La vie est merveilleuse.


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