
Qu'est-ce qu'un retour d'expérience ? Tout simplement le fait de rouvrir un dossier du passé que l'on avait scellé pour toujours (du moins croyait-on). Qu'est-ce que ça coûte ? Beaucoup, souvent. Trop même. Mais je crois qu'il est temps d'admettre une chose : il y a des photos de choses qui appartiennent à un passé douloureux (portraits, décors, situations) mais dont le traitement a été conçu (plus ou moins consciemment, j'en conviens) dans une perspective qui dépassait dès l'origine, la simple vocation à rappeler un souvenir. De la même façon qu'il est plus convenable d'aborder une oeuvre littéraire sans tenir compte des idées, de la valeur humaine et des croyances de son auteur (voyez Céline), il est des photos qui n'appartiennent pas au monde des souvenir, mais au champ des essais tentés, des expériences réalisées sur le plan thématique et technique.
Ressortir ce dossier est délicat : voilà à peine un an, je faisais disparaître par le feu l'ensemble du dossier pictographique et matériel d'une femme. Pourtant, je suis bien forcé d'admettre que je ne puis, ni retrancher cette partie de ma vie sans amputer cette dernière d'une donnée constitutive de ma personnalité, et encore moins prétendre qu'elle n'a jamais eu lieu. Où vont les souvenirs et les expériences dont nous nions l'existence pour des raisons personnelles ? Ils restent en nous. Ils deviennent une forme de délicate excroissance avec laquelle nous refusons de vivre jusqu'à ce qu'éclose, les fleurs du mal, la frustration. Je crois et d'une fois sincère, que, quoi qu'il en coûte, il importe avant tout d'être au clair avec soi-même. Ce n'est pas en niant une expérience passée que l'on avance et que l'on se construit.
Je pense vraiment qu'il faut en passer, une fois le deuil accompli, par une phase de réinsertion, de réinvestissement : nous avons fait des choix, les assumer alors était facile car l'enjeu était alors vivace... savoir assumer des choix passés dont les enjeux ont désormais disparu est encore plus important : il ne s'agit pas de réécrire l'histoire, mais tout simplement de reconnaître que l'on doit parfois beaucoup à des choix qui nous apparaissent aujourd'hui erronés.
Que faire d'un retour d'expérience ? Je n'ai pas de réponse. Je consacre déjà beaucoup trop de temps à me demander comment insérer le temps présent à mon existence... comment pourrais-je avoir les moyens de travailler sur mon passé ? Par contre, du point de vue photographique, une évidence me frappe : je ne peux pas faire disparaître tous les clichés des femmes que j'ai fréquenté... Je ne sais pas ce que je dois faire, ce que je peux faire ou attendre de ces photos qui survivent au pilon, mais je sais, formellement, que certaines sont moins le produit d'une âme éprise, que celui d'un artiste qui se cherche - c'est pas la peine de venir m'emmerder avec le caractère prétentieux de cette dernière phrase, elle me fait aussi vomir et j'ai pas trouvé d'autre formulation.
Alors, oui. Oui au retour d'expérience. Oui au sauvetage honnête de la production formelle et technique au-delà du contenu et du sujet. Oui à la démarche constructive qui intègre au champ des expériences personnelles, celles dont la douleur n'efface pas la valeur. Oui à tout ceci à condition néanmoins d'éviter quelques écueil : la chambre des trophées (Hall of Fame), le révisionnisme, la mauvaise foi due au sursaut d'orgueil : avancer dans la vie ne signifie pas faire du chiffre quoi qu'il arrive, et le retour d'expérience ne peut réellement avoir lieu que lorsqu'un passé douloureux s'est mué en douleur passée.
Ressortir ce dossier est délicat : voilà à peine un an, je faisais disparaître par le feu l'ensemble du dossier pictographique et matériel d'une femme. Pourtant, je suis bien forcé d'admettre que je ne puis, ni retrancher cette partie de ma vie sans amputer cette dernière d'une donnée constitutive de ma personnalité, et encore moins prétendre qu'elle n'a jamais eu lieu. Où vont les souvenirs et les expériences dont nous nions l'existence pour des raisons personnelles ? Ils restent en nous. Ils deviennent une forme de délicate excroissance avec laquelle nous refusons de vivre jusqu'à ce qu'éclose, les fleurs du mal, la frustration. Je crois et d'une fois sincère, que, quoi qu'il en coûte, il importe avant tout d'être au clair avec soi-même. Ce n'est pas en niant une expérience passée que l'on avance et que l'on se construit.
Je pense vraiment qu'il faut en passer, une fois le deuil accompli, par une phase de réinsertion, de réinvestissement : nous avons fait des choix, les assumer alors était facile car l'enjeu était alors vivace... savoir assumer des choix passés dont les enjeux ont désormais disparu est encore plus important : il ne s'agit pas de réécrire l'histoire, mais tout simplement de reconnaître que l'on doit parfois beaucoup à des choix qui nous apparaissent aujourd'hui erronés.
Que faire d'un retour d'expérience ? Je n'ai pas de réponse. Je consacre déjà beaucoup trop de temps à me demander comment insérer le temps présent à mon existence... comment pourrais-je avoir les moyens de travailler sur mon passé ? Par contre, du point de vue photographique, une évidence me frappe : je ne peux pas faire disparaître tous les clichés des femmes que j'ai fréquenté... Je ne sais pas ce que je dois faire, ce que je peux faire ou attendre de ces photos qui survivent au pilon, mais je sais, formellement, que certaines sont moins le produit d'une âme éprise, que celui d'un artiste qui se cherche - c'est pas la peine de venir m'emmerder avec le caractère prétentieux de cette dernière phrase, elle me fait aussi vomir et j'ai pas trouvé d'autre formulation.
Alors, oui. Oui au retour d'expérience. Oui au sauvetage honnête de la production formelle et technique au-delà du contenu et du sujet. Oui à la démarche constructive qui intègre au champ des expériences personnelles, celles dont la douleur n'efface pas la valeur. Oui à tout ceci à condition néanmoins d'éviter quelques écueil : la chambre des trophées (Hall of Fame), le révisionnisme, la mauvaise foi due au sursaut d'orgueil : avancer dans la vie ne signifie pas faire du chiffre quoi qu'il arrive, et le retour d'expérience ne peut réellement avoir lieu que lorsqu'un passé douloureux s'est mué en douleur passée.
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